lundi 23 décembre 2013

L'endroit le plus froid de la planète

Station chinoise de Kunlun
À la recherche du meilleur site d’observation astronomique dans le monde, une équipe de chercheurs australiens et américains avait été en mesure en 2009 de localiser l’endroit à la fois le plus froid, le plus sec et le plus calme de la planète (cf. un précédent billet). À partir de modèles climatiques, de données satellitaires et de données issues de stations météorologiques, l’équipe scientifique avait retenu le site de Ridge A (4053 m d’altitude) sur le plateau antarctique, à proximité de la station polaire de Kunlun ; cette station a été construite en février 2009 par des glaciologues chinois (en collaboration avec des scientifiques australiens) à 4087 m d’altitude et à 7,3 km au sud-ouest du sommet du Dôme Argus (ou Dôme A, 4092,8 m), ce qui en fait désormais la station la plus élevée du continent antarctique.
Station automatique du Dôme Argus

Très récemment, des scientifiques américains du National Snow and Ice Data Center (NSIDC) ont révélé les résultats d’une campagne de mesures par satellite de la température radiométrique de surface du continent antarctique ; cette étude vient confirmer la précédente et apporter de nouvelles précisions. Elle révèle en particulier des températures inférieures à -90°C mesurées à plusieurs reprises au cours des hivers austraux 1997, 2001, 2003, 2004, 2010 et 2013, par temps clair et en l’absence totale de vent, le long d’une ligne de crêtes dans la partie orientale de l’inlandsis antarctique, qui s’étend du Dôme Fuji (au nord) au Dôme Argus (au sud). Comme on peut le constater sur la carte ci-dessous (ou sur l’animation proposée par la NASA), le satellite Landsat 8 a mesuré une température extrême de -93,2°C (-135,8°F) le 10 août 2010 au nord-ouest du Dôme Argus, mais également une température légèrement inférieure de -93,0°C (-135,3°F) le 31 juillet 2013 à proximité immédiate de la station sino-australienne ou encore de -91,2°C le 3 août 2004 à proximité de la station américano-japonaise du Dôme Fuji.


Suite à un communiqué de presse maladroitement rédigé par le NSIDC, il n’a pas fallu longtemps aux journalistes du monde entier pour s’emparer de l’information et la rumeur d’un nouveau record de froid mondial s’est malheureusement très vite propagée… Par conséquent, il est utile de rappeler ici encore que les mesures de température par satellite ne sont pas comparables avec les observations in situ, un rappel que j'avais déjà eu l’occasion de faire après la campagne de mesures par satellite réalisée par la NASA entre 2003 et 2009 visant à révéler l’endroit le plus chaud de la planète.
Station russe de Vostok
Les satellites ne mesurent pas la température de l’air comme le font les instruments placés à 1,50 m au-dessus du sol dans des abris ventilés et à l’abri du rayonnement direct, mais la température radiométrique de surface (ou la luminance spectrale du sol, un paramètre physique différent), c’est-à-dire le rayonnement émis par la surface du sol. Parce que l’air a une plus faible conductivité thermique que le sol (et quelle que soit la nature de celui-ci d’ailleurs), la température radiométrique de surface en plein hiver est bien inférieure à la température de l’air sus-jacent.
Par conséquent, rappelons que le record officiel de froid dans le monde est toujours détenu par la station russe de Vostok (station située à 3488 m d’altitude et à 600 km environ au sud du Dôme Argus) avec une température de -89,2°C le 21 juillet 1983. Depuis sa construction en 1957, la température est descendue en dessous de -85°C à 15 reprises, soit bien en dessous de la température de sublimation (i.e. passage de l’état solide à l’état gazeux) du dioxyde de carbone (-78,5°C) !

samedi 21 décembre 2013

Rendez-vous in Tornado Alley (saison 2) : la websérie événement revient !


Après une première série de 10 épisodes diffusés sur La Chaîne Météo de mars à mai 2012, Rendez-vous in Tornado Alley revient pour une deuxième saison en cette fin d'année 2013 avec 11 nouveaux épisodes pour le plus grand plaisir des passionnés de tornades et d'orages.

Cette websérie raconte l’histoire de quatre jeunes français (Christophe Asselin, Vincent Deligny, Tony Le Bastard et Julien Batard) amoureux de la nature et des conditions météorologiques extrêmes, qui vont parcourir plus de 30 000 kilomètres dans une douzaine d’États américains, armés de leurs appareils photos et caméras, en quête de la lumière idéale, de l’orage suprême et de la tornade parfaite.

Bande-annonce (trailer) de la saison 2 (2013) :

Le tournage de la saison 2 a eu lieu durant 6 semaines au printemps 2013 et la diffusion a débuté le 1er décembre 2013. Vous pouvez retrouver tous les dimanches soir un nouvel épisode sur le site web Chroniques chaotiques ou sur la chaîne YouTube.

Une campagne de financement participatif (crowdfunding) organisée via le site Ulule.com a permis de produire cette nouvelle série et d'en améliorer encore la réalisation : la qualité des images et du son a été grandement améliorée grâce à l'acquisition de caméras embarquées GoPro et de micros équipés de bonnettes anti-vent notamment, la durée des épisodes a été allongée (d'une vingtaine de minutes contre une douzaine lors de la saison 1), le scénario de chaque épisode est mieux construit et le rythme plus soutenu.
Tous les ingrédients d'une série documentaire réussie sont réunis : des images magnifiques, un choix musical parfait, une histoire bien construite, un montage très professionnel, une bonne dose de suspens, d'adrénaline et d'émerveillement, sans omettre une approche didactique des phénomènes météorologiques.
Bref, un cocktail savamment préparé par Christophe Asselin qui nous livre ici avec talent un road movie d'un nouveau genre !

À voir ou à revoir : la saison 1 tournée dans les grandes plaines américaines en 2011.

dimanche 8 décembre 2013

Les plus fortes rafales de vent dans le monde

Le super tyhon Yolanda qui a ravagé l’archipel des Philippines en novembre 2013 et la tempête Xaver qui a balayé l’Europe du Nord au début du mois de décembre 2013 nous donnent l’occasion de dresser un inventaire des plus fortes rafales de vent observées dans le monde (vitesses instantanées).

Selon le magazine Weatherwise (n° 3, vol. 61, mai-juin 2008, p. 18), le Dr Wurman et son équipe ont enregistré des rafales jusqu’à 512 km/h (318 mph) au cœur d’une tornade (F6 !) le 3 mai 1999 (6h54 PM) à Bridge Creek (Oklahoma, États-Unis) à une hauteur de 32 m au-dessus du sol, soit un record absolu (d’autres sources indiquent 484 km/h +/- 32 km/h [soit 516 km/h max !], ou 301 mph +/- 20 mph, ou encore 135 m/s +/- 8 m/s). Cette vitesse a été déterminée à partir de données DOW (Dopplers on Wheels), c’est-à-dire issues d’un radar météorologique mobile monté sur un camion.
Image des échos radar de la tornade de Bridge Creek – Moore (Oklahoma, États-Unis) le 3 mai 1999 à 6h57 PM.

Par le passé, d’autres vitesses tout à fait exceptionnelles ont été mesurées au cœur de violentes tornades, le plus souvent à partir d’un radar Doppler mobile :
— 476 km/h (296 mph ; 132 m/s) le 31 mai 2013 au cœur d’une tornade au sud d’El Reno (Oklahoma) ;
— 414 à 431 km/h (257 à 268 mph ; mais selon d’autres sources : 460 km/h ; 286 mph ; 128 m/s) le 26 avril 1991 dans une tornade près de Red Rock (Oklahoma).

D’autres valeurs approximatives ont été estimées à partir des dégâts occasionnés par les tornades, l’échelle de Fujita et l’échelle de TORRO en donnant une classification ; la liste est longue, en voici seulement deux exemples :
— 450 km/h (280 mph ; 125 m/s) le 2 avril 1958 dans une tornade à Wichita Falls (Texas, États-Unis) ;
— 396 à 522 km/h (110 à 145 m/s) le 20 juillet 1931 dans une tornade à Zemborzyce près de Lublin (Pologne).

L’Organisation météorologique mondiale (OMM) a homologué le 22 janvier 2010 le record de la plus violente rafale de vent (vitesse instantanée) réellement observée à la surface de la Terre (et hors tornade), à 408 km/h (253 mph ; 113 m/s) le 10 avril 1996 à Barrow Island (Australie, Australie-Occidentale), lors du passage du cyclone Olivia.
Signalons que le Joint Typhoon Warning Center (JTWC) a estimé les rafales maximales à 378 km/h (235 mph ; 105 m/s) juste avant le passage du super typhon Yolanda sur les îles de Samar et de Leyte (Philippines) le 8 novembre 2013 à 4h40 AM.
Lors du passage du super typhon Paka, il avait été relevé le 16 décembre 1997 sur l’île de Guam une rafale de 380 km/h (236 mph ; 105,5 m/s), mais cette valeur a ensuite été invalidée par la NOAA.