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mardi 6 août 2019

Vague de chaleur d’intensité exceptionnelle sur l’Europe de l’Ouest en juillet 2019

Après une première vague de chaleur du 24 au 30 juin 2019 (d’une intensité historique dans le sud de la France, avec à la clé un nouveau record national de chaleur), une seconde vague de chaleur a frappé la France et une bonne partie de l’Europe de l’Ouest du 21 au 26 juillet 2019.
Si, comme la première, cette nouvelle vague de chaleur a été relativement courte (6 jours), elle a atteint une intensité exceptionnelle et inédite sur la moitié nord de la France, le Benelux et l’Angleterre. Une multitude de stations ont battu ou pulvérisé (parfois de plusieurs degrés) leur record absolu de température au cours de cet épisode caniculaire et 5 pays européens ont enregistré un nouveau record national de chaleur le 25 juillet au terme d’une journée historiquement chaude.

Cette seconde vague de chaleur est la conséquence d’une puissante remontée d’air chaud en provenance d’Afrique du Nord associée à un dôme anticyclonique (structure en Omega typique de ces situations) qui s’est positionné au‑dessus de l’Europe de l’Ouest, à l’avant d’un système dépressionnaire sur l’Atlantique. Cette puissante advection d’air chaud en provenance du nord de l’Afrique a été favorisée par un ralentissement général du flux d’ouest au‑dessus de l’Atlantique depuis la fin avril 2019, comme l’indique l’indice remarquablement négatif de l’oscillation nord-atlantique sur toute la période. En effet, dans une telle configuration isobarique, la circulation d’ouest est plus faible et le courant-jet décrit des ondulations plus marquées, favorisant de puissantes advections d’air chaud en provenance du continent africain (comme ce fut le cas aussi sur la France lors de la première vague de chaleur en juin) entre deux coulées d’air plus froid sur le proche Atlantique et du nord de l’Europe à l’Europe de l’Est.


FRANCE
Cette seconde vague de chaleur, qui a touché la France du 21 au 26 juillet, a été relativement courte (6 jours) mais d’une intensité exceptionnelle, comme on peut le constater sur le diagramme à bulles ci-contre de Météo-France qui compare les vagues de chaleur survenues dans le pays depuis 1947.
Elle ponctue un mois de juillet 2019 particulièrement ensoleillé (en particulier dans l’Ouest) et chaud à l’échelle nationale, mais seulement le 3e plus chaud depuis 1900 avec un écart à la normale mensuelle de +2,4°C (comme en juillet 2018, contre +2,6°C en juillet 1983 et +3,6°C en juillet 2006 !).
À titre d’illustration, Paris-Montsouris n’a enregistré au cours de ce mois de juillet 2019 que 7 jours avec une température au moins égale à 30°C, contre 16 jours en juillet 2018 et juillet 2006.

Cartes des températures maximales en France du 23 au 25 juillet 2019
Source : Infoclimat
Cette vague de chaleur a débuté dans le sud-ouest de la France, avec à la clé des records absolus de température battus dans plusieurs villes dès le 23 juillet : 42,1°C à Brive, 42,0°C à Terrasson, 41,2°C à Bordeaux-Mérignac, ou encore 42,6°C à Bordeaux-Paulin (station implantée au cœur de la capitale girondine depuis 1952, dont l’environnement reste néanmoins relativement satisfaisant pour une station située en centre-ville [cf. la fiche signalétique de la station]).
La chaleur a atteint le même jour le centre-ouest de la France et s’est propagée rapidement vers le nord et le nord‑est les jours suivants, à la différence de celle du mois de juin 2019 qui avait épargné les régions de l’Île-de-France et des Hauts-de-France sous l’influence protectrice d’une masse d’air anticyclonique plus fraîche centrée plus au nord.
De nombreuses autres stations ont enregistré un nouveau record absolu de chaleur les 23 et 24 juillet (cf. la liste ci‑dessous), mais le jeudi 25 juillet a été de loin la journée la plus chaude de cet épisode caniculaire exceptionnellement intense. L’indicateur thermique national a atteint 29,4°C, soit une valeur record équivalente à celle du 5 août 2003, reléguant aux 3e et 4e rangs les journées du 27 juin 2019 (27,9°C) et du 28 juillet 1947 (27,8°C).
Plus de 40 stations synoptiques (soit près d’un quart du réseau principal de Météo-France) ont battu leur record absolu sur la seule journée du 25 juillet. Le mercure a atteint des valeurs jamais mesurées, tous mois confondus, dans de nombreuses villes, effaçant les records des vagues de chaleur de juillet 1947, juillet 1983 et août 2003. La barre des 40°C a été dépassée pour la première fois dans l’extrême nord du pays, comme à Dieppe (40,1°C), Lille (41,5°C) et même Dunkerque (41,3°C) !
La température est montée jusqu’à 42,6°C le 25 juillet à Paris-Montsouris qui pulvérise son ancien record absolu de chaleur depuis le début des mesures en 1872 (40,4°C le 28/07/1947) et détient désormais le record absolu pour les stations du réseau principal de la moitié nord de la France. La station se classe également au 3e rang du réseau principal à l’échelle nationale pour un mois de juillet (derrière Figari [Corse] avec 43,0°C le 23/07/2009 et Le Luc [Var] avec 42,7°C le 07/07/1982) et au 9e rang tous mois confondus (le record étant détenu par Nîmes-Courbessac avec 44,4°C le 28/06/2019) !
Hors réseau principal, la température a grimpé jusqu’à 43,6°C le 25 juillet à Saint-Maur-des-Fossés (une station implantée dans le parc St-Maur depuis 1872, qui a tendance néanmoins à surchauffer). Il s’agit non officiellement (mais possiblement) d’un nouveau record national de chaleur pour un mois de juillet, qui bat les 43,4°C du 23/07/2009 à Sartène (Corse) et 43,5°C le même jour à Sollacaro-Alziglione (mais cette station de Corse-du-Sud est de moins bonne qualité [cf. sa fiche signalétique]). On peut également signaler qu’on avait relevé jusqu’à 43,8°C le 31/07/1947 à Joyeuse (Ardèche), mais cette valeur est vraisemblablement surestimée.

Selon Météociel, 282 records absolus ont été battus en juillet (principalement sur la moitié nord de la France), contre 180 en juin (du sud-est de la France aux pays de la Loire). Comme on peut le voir aussi sur la carte ci-contre (établie par l’observatoire Keraunos à partir des données fournies par Météo-France), plus de 70 stations synoptiques (soit environ 40 à 50% du réseau) ont battu leur record absolu de chaleur durant les deux premiers mois de l’été 2019 [une étude complémentaire parue sur LeMonde.fr précise que 79 stations synoptiques ont d’ores et déjà battu leur record absolu depuis le début de l’année et que 83% des températures maximales ont été enregistrées après 2003]. L’ampleur de la vague de chaleur de juillet est saisissante sur la moitié nord de la France. Tout aussi renversant, Lille (41,5°C) et Dunkerque (41,3°C) par exemple comptent désormais un record absolu de température supérieur à ceux de Bordeaux-Mérignac (41,2°C), Agen (41,0°C), Biarritz (40,6°C), Tarbes (39,0°C), Lyon St-Exupéry (39,9°C), Clermont-Aulnat (40,9°C), Grenoble St-Geoirs (39,5°C), Nice (37,7°C), Toulon (40,1°C), ou encore Marseille-Marignane (40,6°C) ! Sans oublier Paris-Montsouris (42,6°C) qui devance désormais Perpignan-Rivesaltes (42,4°C) !

Le caractère le plus frappant de ces deux canicules de juin et juillet 2019 est l’écart qui existe entre les nouveaux records établis récemment et les anciens records historiques, comme on peut le voir sur cette carte proposée par Matthieu Sorel (ingénieur à Météo-France) via son compte Twitter. Certaines stations ont pulvérisé littéralement leur précédent record de plusieurs degrés, en particulier Dunkerque le 25 juillet (+3,0°C), Abbeville le 25 juillet (+3,5°C), Amiens le 25 juillet (+3,6°C), Lille le 25 juillet (+3,9°C), Nîmes-Garons le 28 juin (+4,2°C), Gallargues-le-Montueux le 28 juin (+5,3°C), Marsillargues le 28 juin (+5,4°C) et surtout Montpellier-Fréjorgues qui a pulvérisé le 28 juin de +5,8°C son précédent record depuis le début des mesures en 1946 (43,5°C contre 37,7°C le 04/08/2017) : un tel écart est même exceptionnel à l’échelle mondiale, car seule la station de Steele dans le Dakota du Nord a battu en juillet 1936 son précédent record absolu avec un plus grand écart (+6,1°C) ; toutefois, on peut considérer que la station de Montpellier a pratiquement égalé (voire battu) un record mondial, car les données de Steele contiennent une plus grande marge d’imprécision en raison de l’unité utilisée — le degré Fahrenheit (toujours arrondi à la valeur supérieure).

Stations ayant enregistré un record absolu de chaleur en juillet 2019 (classées par ordre décroissant des valeurs)
[liste non exhaustive] :
  • 43,6°C le 25 juillet à Saint-Maur-des-Fossés (94) [précédent record depuis 1872 : 42,2°C le 06/08/2003]
    = record pour la région Île-de-France
  • 42,9°C le 25 juillet à La Brosse-Montceaux (77) [précédent record depuis 1973 : 40,4°C le 24/07/2019]
  • 42,6°C le 25 juillet à Paris-Montsouris (75) [précédent record depuis 1872 : 40,4°C le 28/07/1947] 
  • 42,6°C le 25 juillet à Achères (78) [précédent record depuis 1990 : 40,2°C le 11/08/2003]
  • 42,6°C le 25 juillet à Chablis (89) [précédent record depuis 1951 : 41,8°C le 07/08/2003]
    = record pour la région Bourgogne Franche-Comté
  • 42,6°C le 23 juillet à Bordeaux-Paulin (33) [précédent record depuis 1952 : 41,0°C le 04/08/2003]
  • 42,5°C le 25 juillet à Nemours (77) [précédent record depuis 1990 : 41,1°C le 06/08/2003]
  • 42,5°C le 23 juillet à Montgivray (36) [précédent record depuis 1994 : 42,3°C le 18/08/2012]
  • 42,4°C le 25 juillet à Sens (89) [précédents records depuis 1956 : 40,6°C le 24/07/2019 et 40,2°C le 06/08/2003]
  • 42,3°C le 25 juillet à Fontainebleau (77) [précédent record depuis 1989 : 40,9°C le 12/08/2003]
  • 42,1°C le 25 juillet à Châtillon-sur-Seine (21) [précédent record depuis 1946 : 41,5°C le 19/08/2012]
  • 42,1°C le 25 juillet à Le Bourget (95) [précédent record depuis 1920 : 40,2°C le 12/08/2003]
  • 42,1°C le 25 juillet à Courdimanche (91) [précédent record depuis 1989 : 40,5°C le 12/08/2003]
  • 42,1°C le 23 juillet à Brive-Laroche (19) [précédent record depuis 1987 : 41,4°C le 16/07/2015] 
  • 42,0°C le 25 juillet à Brétigny (91) [précédent record depuis 1947 : 39,7°C le 06/08/2003]
  • 42,0°C le 25 juillet à Romorantin (41) [précédent record depuis 1921 : 41,2°C le 05/08/2003]
  • 41,9°C le 25 juillet à Melun (77) [précédent record depuis 1947 : 39,4°C le 01/07/2015]
  • 41,9°C le 25 juillet à Orly (94) [précédent record depuis 1921 : 40,0°C le 12/08/2003]
  • 41,8°C le 25 juillet à Troyes-Barberey (10) [précédent record depuis 1975 : 40,6°C le 12/08/2003]
  • 41,7°C le 25 juillet à Amiens (80) [précédent record depuis 1985 : 38,1°C le 10/08/2003]
  • 41,7°C le 25 juillet à Bourges (18) [précédents records depuis 1945 : 40,2°C le 24/07/2019, 39,9°C le 23/07/2019]
  • 41,7°C le 25 juillet à Châteaudun (28) [précédent record depuis 1953 : 39,3°C le 06/08/2003]
  • 41,6°C le 25 juillet à Auxerre (89) [précédent record depuis 1936 : 41,1°C le 06/08/2003]
  • 41,6°C le 25 juillet à Beauvais (60) [précédent record depuis 1944 : 39,0°C le 06/08/2003]
  • 41,6°C le 25 juillet à Creil (60) [précédent record depuis 1954 : 39,1°C le 12/08/2003]
  • 41,6°C le 25 juillet à Pontoise-Cormeilles (95) [précédent record depuis 1946 : 39,2°C le 12/08/2003]
  • 41,5°C le 25 juillet à Cambrai (59) [précédent record depuis 1954 : 38,2°C le 06/08/2003]
  • 41,5°C le 25 juillet à Lille-Lesquin (59) [précédent record depuis 1944 : 37,6°C le 27/07/2018]
  • 41,4°C le 25 juillet à Chartres (28) [précédent record depuis 1923 : 40,1°C le 28/07/1947] 
  • 41,4°C le 25 juillet à Châteauroux-Déols (36) [précédents records depuis 1893 : 41,2°C le 23/07/2019, 40,5°C le 02/08/1906 et 40,2°C le 28/07/1947]
  • 41,4°C le 25 juillet à Roissy CDG (95) [précédent record depuis 1974 : 39,0°C le 12/08/2003] 
  • 41,4°C le 25 juillet à Saint-Dizier (52) [précédents records depuis 1953 : 40,6°C le 24/07/2019 et 40,4°C le 12/08/2003]
  • 41,3°C le 25 juillet à Abbeville (80) [précédent record depuis 1944 : 37,8°C le 01/07/1952]
  • 41,3°C le 25 juillet à Dunkerque (59) [précédent record depuis 1917 : 38,3°C le 19/07/2006]
  • 41,3°C le 25 juillet à Orléans (45) [précédent record depuis 1946 : 40,3°C le 28/07/1947]
  • 41,3°C le 25 juillet à Rouen (76) [précédent record depuis 1968 : 38,1°C le 11/08/2003]
  • 41,3°C le 24 juillet à Vichy-Charmeil (03) [précédent record depuis 1941 : 41,2°C le 31/07/1983]
  • 41,2°C le 23 juillet à Bordeaux-Mérignac (33) [précédent record depuis 1920 : 40,7°C le 04/08/2003]
  • 41,1°C le 25 juillet à Reims (51) [précédents records depuis 1945 : 39,7°C le 24/07/2019 et 39,3°C le 12/08/2003]
  • 41,1°C le 23 juillet à Angers-Marcé (49) [précédent record depuis 1999 : 39,5°C le 10/08/2003]
  • 40,9°C le 25 juillet à Évreux (27) [précédent record depuis 1968 : 38,4°C le 11/08/2003]
  • 40,9°C le 25 juillet à Boigneville (91) [précédent record depuis 1979 : 39,7°C le 06/08/2003]
  • 40,9°C le 24 juillet à Avord (18) [précédents records depuis 1922 : 40,2°C le 24/07/2019 et 39,8°C le 06/08/2003]
  • 40,8°C le 25 juillet à Tours (37) [précédents records depuis 1959 : 40,2°C le 23/07/2019 et 39,8°C le 10/08/2003]
  • 40,8°C le 25 juillet à Toussus-le-Noble (78) [précédent record depuis 1965 : 39,3°C le 12/08/2003] 
  • 40,7°C le 25 juillet à Saint-Quentin (02) [précédent record depuis 1933 : 37,9°C le 12/08/2003]
  • 40,7°C le 23 juillet à Angers-Beaucouzé (49) [précédent record depuis 1937 : 39,8°C le 28/07/1947]
  • 40,7°C le 23 juillet à Le Mans (72) [précédent record depuis 1945 : 40,5°C le 06/08/2003]
  • 40,6°C le 25 juillet à Trappes (78) [précédent record depuis 1923 : 39,1°C le 06/08/2003]
  • 40,4°C le 23 juillet à Blois (41) [précédent record depuis 1990 : 39,5°C le 10/08/2003]
  • 40,3°C le 25 juillet à Villacoublay (78) [précédent record depuis 1946 : 38,8°C le 28/07/1947]
  • 40,3°C le 23 juillet à Cognac (16) [précédent record depuis 1945 : 40,1°C le 12/07/1949]
  • 40,1°C le 25 juillet à Dieppe (76) [précédent record depuis 1949 : 38,3°C le 01/07/2015] 
  • 40,1°C le 24 juillet à Nancy-Essey (54) [précédent record depuis 1927 : 39,3°C le 08/08/2003]
  • 40,1°C le 23 juillet à Rennes (35) [précédent record depuis 1945 : 39,5°C le 05/08/2003]
  • 39,8°C le 25 juillet à Alençon (61) [précédent record depuis 1946 : 39,0°C le 28/07/1947]
  • 39,7°C le 25 juillet à Caen (14) [précédent record depuis 1945 : 38,9°C le 05/08/2003]
  • 39,7°C le 24 juillet à Metz-Frescaty (57) [précédent record depuis 1940 : 39,5°C le 08/08/2003] 
  • 39,5°C le 24 juillet à Dijon (21) [précédent record depuis 1921 : 39,3°C le 12/08/2003]
  • 39,4°C le 25 juillet à Deauville (14) [précédent record depuis 1949 : 37,7°C le 10/08/2003]
  • 39,4°C le 24 juillet à Nevers (58) [précédent record depuis 1946 : 39,2°C le 11/08/2003]
  • 39,3°C le 25 juillet à Épinal (88) [précédents records depuis 1986 : 38,8°C le 24/07/2019 et 38,0°C le 09/08/2003]
  • 39,3°C le 25 juillet à Le Touquet (62) [précédent record depuis 1947 : 36,4°C le 11/08/2003]
  • 39,2°C le 25 juillet à Charleville-Mézières (08) [précédents records depuis 1990 : 38,2°C le 24/07/2019 et 37,0°C le 12/08/2003]
  • 39,1°C le 23 juillet à Cholet (49) [précédent record depuis 1965 : 38,4°C le 10/08/2003]
  • 38,9°C le 25 juillet à Strasbourg-Entzheim (67) [précédent record depuis 1923 : 38,8°C le 30/06/2019]
  • 38,8°C le 25 juillet à Langres (52) [précédents records depuis 1947 : 38,0°C le 24/07/2019 et 37,6°C le 12/08/2003]
  • 38,1°C le 25 juillet à Le Havre/Cap de la Hève (76) [précédents records depuis 1921 : 36,5°C le 23/07/2019 et 36,3°C le 10/08/2003]
  • 38,0°C le 25 juillet à Pontarlier (25) [précédent record depuis 1987 : 36,8°C le 13/08/2003]
  • 37,9°C le 23 juillet à Limoges-Bellegarde (87) [précédent record depuis 1973 : 37,3°C le 16/07/2015] 
  • 36,4°C le 25 juillet à Boulogne-sur-Mer (62) [précédent record depuis 1952 : 35,4°C le 01/07/2015]

Comme lors de la première vague de chaleur survenue en juin, la masse d’air était particulièrement chaude en altitude au cours de ce nouvel épisode caniculaire. Dans le massif du Mt Blanc, on a relevé jusqu’à 9,8°C le 23 juillet au col Major (un record absolu pour cette station récemment implantée à 4750 m d’altitude, devant les 9,3°C du 29/06/2019) et 12,3°C le même jour à l’observatoire Vallot (station installée à 4634 m d’altitude en aval du sommet du Mt Blanc, derrière les 12,4°C du 26/06/2019) ! Des valeurs remarquables mais vraisemblablement surestimées, bien supérieures à la température de la masse d’air révélée par les différents radiosondages (Payerne, Milan, Cuneo), l’isotherme 0°C se situant plutôt entre 4900 m et 5000 m d’altitude le 23 juillet. Comme c’est le cas pour la plupart des stations dans le monde situées au-dessus de 3500 m d’altitude, les capteurs enregistrent des hausses soudaines et exagérées de la température, soit en raison d’une irradiation excessive (réflexion de la neige sur le capteur) en l’absence de vent, soit sous l’influence de vents thermiques vigoureux (qui peuvent provoquer des ascendances exceptionnelles permettant aux parapentistes de se poser sur le toit de l’Europe comme le 26 juin 2019 et de voler jusqu’à 5500 m ! [cf. cette vidéo tournée au-dessus du Mt Blanc]). Le même phénomène a été observé le 6 juillet 2019 sur les pentes du Denali (Mt McKinley) en Alaska : la température est montée jusqu’à +8,3°C à Denali Foot Camp (4328 m), alors que le radiosondage effectué au-dessus d’Anchorage indiquait une température de -9,7°C à ~5500 m d’altitude (niveau 500 hPa). En revanche, la température au sommet du Denali (6190 m) a probablement atteint un maximum de -10°C, soit vraisemblablement un record.

En raison d’une masse d’air extrêmement chaude et solidement ancrée au-dessus de la France, les températures minimales nocturnes (amplifiées localement par l’effet de chaleur urbain) ont atteint des valeurs remarquables au cours de cette vague de chaleur. De nombreuses stations ont mesuré leur nuit la plus chaude (tous mois confondus) les 24 et 25 juillet 2019 (avec notamment une minimale nocturne exceptionnelle de 28,3°C le 25 juillet dans Paris intramuros relevée à la station de l’hôpital Lariboisière dans le 10e arrondissement) ; voici quelques exemples :
  • 25,4°C le 25 juillet à Bordeaux-Mérignac (33) [précédents records depuis 1920 : 24,8°C le 23/07/2019 et 23,5°C le 14/08/2003]
  • 25,0°C le 25 juillet à Langres (52) [précédent record depuis 1947 : 24,2°C le 02/07/1952]
  • 25,0°C le 25 juillet à Cognac (16) [précédent record depuis 1945 : 23,8°C le 27/06/2019]
  • 24,8°C le 24 juillet à Roissy CDG (95) [précédents records depuis 1974 : 24,8°C le 23/07/2019 et 24,0°C le 04/07/2015]
  • 24,8°C le 25 juillet à Toulouse-Francazal (31) [précédents records depuis 1922 : 24,6°C le 23/07/2019 et 24,2°C le 26/07/1990]
  • 24,4°C le 24 juillet à Clermont-Aulnat (63) [précédent record depuis 1923 : 23,3°C le 04/07/2015]
  • 24,4°C le 25 juillet à Orly (94) [précédent record depuis 1921 : 23,5°C le 11/08/2003]
  • 24,2°C le 25 juillet à Saintes (17) [précédent record depuis 1990 : 23,7°C le 09/07/2010]
  • 23,9°C le 24 juillet à Trappes (78) [précédent record depuis 1923 : 23,4 °C le 11/08/2003]
  • 23,4°C le 24 juillet à Jagny-sous-Bois (95) [précédent record depuis 1967 : 22,7°C le 02/07/2010]
  • 23,2°C le 25 juillet à Lille-Lesquin (59) [précédent record depuis 1944 : 22,5°C le 04/07/2015]
  • 23,1°C le 24 juillet à Radinghem (62) [précédent record depuis 1989 : 21,3°C le 20/07/2016] 
  • 22,0°C le 24 juillet à Sancoins (18) [précédent record depuis 1949 : 21,4°C le 28/06/2019]
  • 21,9°C le 24 juillet à Abbeville (80) [précédent record depuis 1922 : 21,4°C le 20/07/2016]

La chaleur s’est propagée ensuite à l’ensemble du Benelux, dont les trois pays ont dépassé chacun pour la première fois, et en de nombreuses stations, la barre des 40°C.

dimanche 25 février 2018

Douceur exceptionnelle au pôle Nord et dans l’extrême nord du Groenland

Les hautes pressions (associées à de l’air très froid) qui recouvrent l’Europe du Nord (plus de 1050 hPa localement le dimanche 25 février 2018 sur le nord de la Scandinavie) et s’étendent de l’Europe occidentale à l’Europe orientale depuis quelques jours forment une vaste barrière aérologique. Comme toujours dans pareille configuration isobarique, le flux perturbé atlantique (doux et humide) est dévié vers le nord en direction du pôle, entre Groenland et Scandinavie. Au fur et à mesure que l’air froid déferle sur l’Europe dans un vigoureux flux de nord-est, de l’air plus chaud est advecté dans un puissant flux de sud jusqu’au cœur du bassin arctique. Une belle illustration des échanges méridiens d’air et d’énergie entre le pôle et les tropiques.


Station de Cap Morris Jesup
© John Cappelen / DMI
L’anomalie chaude au cœur de l’Arctique atteint +20 à +35°C le dimanche 25 février avec des températures légèrement supérieures à 0°C au pôle Nord (une première en février depuis 1948 d’après les estimations du NCEP/NCAR Reanalysis Project [les 5 autres fois s’étant produites en décembre]).
Dans l’extrême nord du Groenland, les températures ont atteint des valeurs exceptionnelles pour un mois de février, des valeurs plus communément observées en période estivale !
Au cœur de la nuit polaire, on a relevé jusqu’à +6,2°C ce dimanche 25 février (à 1h UTC) à Cap Morris Jesup (voire plus doux au pas de temps infra-horaire) — la station terrestre la plus septentrionale du Groenland et de l’hémisphère nord —, soit juste derrière la plus haute température jamais enregistrée à la station depuis le début des mesures en 1981 et sur toute la côte septentrionale du Groenland en février et en hiver de manière plus générale (record : +7,8°C le 12/02/2011 à 17h, avec un taux d’humidité relative de 19% !). On ne connaîtra pas malheureusement la valeur maximale au pas de temps infra-horaire, car la station ne transmet des données que toutes les heures.
Notons toutefois que l’advection d’air chaud a été amplifiée localement par effet de foehn (comme en février 2011 notamment), l’air soulevé au-dessus de la calotte glaciaire groenlandaise redescendant sur la côte nord de l’île et entraînant une élévation de température par compression adiabatique à la station de Cap Morris*.
Cet effet orographique est moins marqué (voire même quasi absent) dans l’extrême nord-est du Groenland, où l’on a relevé le même jour (même heure) une valeur record pour un mois de février de +2,5°C à la station de Nord AWS (précédents records pulvérisés : +0,7°C le 05/02/2017 [valeur horaire], -1,5°C le 19/02/2007 [valeur tri-horaire]) et de +0,6°C dans le petit archipel de Henrik Krøyer Holme (précédent record : -0,1°C) [voire plus doux encore au pas de temps infra-horaire].

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* La station de Cap Morris Jesup a enregistré des températures positives à de nombreuses reprises entre le 16 et le 25 février 2018 (cf. graphique ci-dessous), avec une séquence inédite au cœur de l’hiver polaire de températures positives durant 23 heures consécutives entre le 24 février (14h UTC) et le 25 février 2018 (13h UTC) !
Températures maximales et minimales à Cap Morris Jesup (Groenland) du 27 janvier au 26 février 2018.
© Graphique de Michael Theusner
© DMI
Les températures ont été anormalement douces en février dans le nord-est du Groenland, de Aputiteeq à Cap Morris Jesup. Du nord au sud, les stations de Cap Morris Jesup, Nord, Danmarkshavn, Daneborg et Ittoqqortoormiit ont enregistré leur mois de février le plus doux (depuis le début des mesures en 1949 pour Danmarkshavn et Ittoqqortoormiit, depuis 1980 pour Cap Morris Jesup), tandis qu’à Aputiteeq seul le mois de février 2017 a été plus doux. En raison notamment de ce mois de février 2018 exceptionnellement doux dans le nord-est du Groenland (+14,4°C par rapport à la normale mensuelle 1981-2010 à Cap Morris Jesup), l’hiver 2017-2018 arrive en tête des hivers les moins froids à Cap Morris Jesup, à la station Nord et à Danmarkshavn (+7,7°C par rapport à la normale mensuelle 1981-2010 à Cap Morris Jesup).
> Plus d’infos sur le site du Danmarks Meteorologiske Institut (DMI).


mardi 4 juillet 2017

Record de froid pour un mois de juillet au Groenland et dans l’hémisphère nord

La température est descendue jusqu’à -33,0°C le 4 juillet 2017 au matin à la station groenlandaise de Summit, implantée à 3202 m d’altitude. Il s’agit de la plus basse température enregistrée au mois de juillet à la station, soit plus de 2°C en dessous du précédent record enregistré l’an dernier (-30,7°C le 31/07/2016).


La température est descendue plus bas encore dans la station voisine de GEO-Summit (équipée d’un capteur plus sensible et réactif) : -34,3°C à 4h20, soit la plus basse température en juillet au Groenland et dans tout l’hémisphère nord.


Les températures anormalement basses observées au Groenland depuis une quinzaine de jours (jusqu’à -4,5°C en dessous de la normale au centre de l’inlandsis) contribuent à réduire fortement la fusion estivale (2 fois moins importante que la normale pour un début juillet).

Si des records de chaleur ont été battus ces derniers jours au Moyen-Orient et dans le bassin oriental de la Méditerranée notamment, il est bon de rappeler que le réchauffement à l'échelle mondiale se réduit progressivement depuis février 2016 : comme le montre la courbe des anomalies thermiques mensuelles mesurées par satellite dans la basse troposphère, l’anomalie thermique mondiale est passée de +0,86°C en février 2016 à +0,21°C en juin dernier.
Certaines régions dans le monde enregistrent déjà depuis plusieurs semaines des températures anormalement basses, et en premier lieu les régions polaires. Depuis la mi-mai, l’Arctique enregistre une anomalie thermique négative persistante au-delà de 80° de latitude N (cf. graphique en bas à droite) — ou avec une plus grande fréquence si l’on inclut les régions situées entre 65° et 80° de latitude N (cf. graphique en haut à droite).
Quant à l’Antarctique, la courbe montre une anomalie négative particulièrement significative depuis le début du mois de juin (de l’ordre de -4°C actuellement).


Ce refroidissement des régions polaires se traduit par des advections d’air plus froid (ou plus frais) en direction des moyennes et basses latitudes, qui ont pour conséquence une intensification des échanges méridiens d’air et d’énergie.
Depuis le début du mois de juillet, des températures inférieures aux normales sont enregistrées au Groenland notamment, dans l’archipel norvégien du Svalbard (-4,6°C le 2 juillet à Karl XII-øya et le 3 juillet à Kvitøya, à 0,1°C du record mensuel national de froid pour une station de basse altitude), ou encore dans l’ouest et le sud-est de l’Australie (-10,0°C le 2 juillet à Goulburn Airport, en Nouvelle-Galles du Sud) avec plusieurs records de froid (mensuels et absolus), comme à East Sale Airport (Victoria) avec -7,0°C le 3 juillet (précédent record absolu depuis 1947 : -5,8°C le 28/07/1976).
Au Nunavut (territoire fédéral du nord du Canada), la température est descendue jusqu’à -7,0°C le 4 juillet à Cape Dyer (725 m), soit l’une des plus basses températures enregistrées en dessous de 1000 m d’altitude au Canada et dans tout l’hémisphère nord au mois de juillet. [Le record au Canada est toujours détenu par la station de Fox Five (584 m, sur l’île Broughton, Nunavut) avec -8,9°C les 03 et 04/07/1972.]
Plus près de chez nous, en Espagne, rappelons qu’il a neigé à la station de Puerto de Navacerrada (1894 m, communauté de Madrid) le 30 juin au matin (2 cm au sol), ce qui ne s’était jamais produit aussi tard dans l’année depuis au moins 1946 (et seulement à de rares occasions au mois de juin).