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jeudi 31 mai 2018

Un mois de mai et un printemps 2018 exceptionnellement chaud en Europe

Le début du mois de mai 2018 a marqué la fin officielle de l’épisode El Niña (qui avait débuté en août 2017) et l’entrée progressive dans une phase neutre dont la durée reste encore incertaine à ce jour.
D’après les données publiées par le Copernicus Climate Change Service, mai 2018 se classe au 3e rang des mois de mai les plus chauds à l’échelle mondiale depuis le début des relevés météorologiques avec un excédent thermique de +0,40°C par rapport aux normales 1981-2010, derrière mai 2016 (+0,59°C) et mai 2017 (+0,56°C).
Les plus fortes anomalies thermiques ont été observées dans le centre de l’Antarctique, aux États-Unis (mois de mai le plus chaud à l’échelle nationale depuis 1895) et en Europe en particulier, tandis que des températures plus froides que la normale ont été enregistrées dans le nord et l’est du Canada, dans le nord-ouest de l’Afrique, en Sibérie occidentale et au Groenland où la station Summit (située à 3202 m d’altitude au centre de l’inlandsis groenlandais) a enregistré un record mensuel de froid le 9 mai avec -46,9°C [une température minimale légèrement inférieure à -49°C relevée le même jour à la base américaine GEO-Summit, soit tout près du record mensuel de froid pour le Groenland et l’hémisphère nord (-49,8°C à GISP2)].

Carte des anomalies de température en surface dans le monde en mai 2018
© Météo France (carte extraite de sa synthèse climatique mensuelle)

Avec une anomalie de +2,5°C (selon Copernicus ECMWF), ce mois de mai 2018 est le plus chaud en Europe depuis le début des relevés, devant mai 2003 (+1,6°C/normale). Il survient tout juste après un mois d’avril 2018 déjà exceptionnellement chaud (le plus chaud en moyenne sur l’Europe) et revêt même un caractère historique dans certains pays d’Europe centrale et en Europe du Nord où l’anomalie thermique atteint +4,2°C en Norvège à l’échelle nationale, soit 1,5°C au-dessus du précédent record enregistré en mai 2013 !

Cartes des anomalies de température, de pluviométrie et d’ensoleillement en Europe en mai 2018

Le contexte aérologique explique parfaitement cette chaleur inhabituelle, tout au moins en grande partie. La persistance de hautes pressions au-dessus de la Scandinavie ou de la Finlande une grande partie du mois a eu pour effet le blocage du courant atlantique d’ouest, la déviation du flux perturbé et le rejet du jet polaire très au nord, tandis que des gouttes froides ont surtout affecté la péninsule Ibérique et l’ouest du Bassin méditerranéen.
Ainsi, la péninsule Ibérique et le Maroc ont connu un mois de mai frais et plutôt humide. Plus au nord, l’Islande a connu un passage incessant de perturbations : il a plu tous les jours du mois à Reykjavik, ce qui n’est arrivé que 4 fois dans la capitale islandaise tous mois confondus (la dernière fois en février 2012) ; il est tombé jusqu’à 495,7 mm à Nesjavellir au cours du mois, soit le 4e plus important cumul pluviométrique enregistré en mai dans le pays. Avec un cumul mensuel de 128,8 mm (soit 3 fois la moyenne mensuelle), Reykjavik enregistre un record de pluviométrie pour un mois de mai depuis 1920 (précédent record : 126,0 mm en mai 1989), tandis que la station de Stykkishólmur établit un nouveau record mensuel (avec 113,2 mm) depuis le début des mesures en 1875 (précédent record : 96,9 mm en mai 1934) !
En revanche, la Scandinavie et la Finlande ont vécu un mois de mai historiquement chaud et ensoleillé, en raison de la persistance de pressions élevées une grande partie du mois. La moyenne mensuelle des pressions est même la plus élevée pour un mois de mai dans le Götaland et le Svealand (les deux régions historiques du sud de la Suède) depuis mai 1947 : à Visby (Götaland) par exemple, la pression moyenne mensuelle s’élève à 1021,5 hPa, soit la 3e plus forte valeur en mai depuis le début des mesures à la station en 1890, derrière mai 1947 (1022,4 hPa) et mai 1919 (1022,1 hPa). Conséquence de ces hautes pressions persistantes, la station de Visby affiche un déficit pluviométrique record pour un mois de mai : il est tombé seulement 1,7 mm de pluie, soit le plus faible cumul en mai depuis le début des mesures en 1859 (précédent record : 2,8 mm en mai 1866) !



Bilan climatique mensuel par pays
et records de chaleur en Europe (liste non exhaustive)

mardi 4 juillet 2017

Record de froid pour un mois de juillet au Groenland et dans l’hémisphère nord

La température est descendue jusqu’à -33,0°C le 4 juillet 2017 au matin à la station groenlandaise de Summit, implantée à 3202 m d’altitude. Il s’agit de la plus basse température enregistrée au mois de juillet à la station, soit plus de 2°C en dessous du précédent record enregistré l’an dernier (-30,7°C le 31/07/2016).


La température est descendue plus bas encore dans la station voisine de GEO-Summit (équipée d’un capteur plus sensible et réactif) : -34,3°C à 4h20, soit la plus basse température en juillet au Groenland et dans tout l’hémisphère nord.


Les températures anormalement basses observées au Groenland depuis une quinzaine de jours (jusqu’à -4,5°C en dessous de la normale au centre de l’inlandsis) contribuent à réduire fortement la fusion estivale (2 fois moins importante que la normale pour un début juillet).

Si des records de chaleur ont été battus ces derniers jours au Moyen-Orient et dans le bassin oriental de la Méditerranée notamment, il est bon de rappeler que le réchauffement à l'échelle mondiale se réduit progressivement depuis février 2016 : comme le montre la courbe des anomalies thermiques mensuelles mesurées par satellite dans la basse troposphère, l’anomalie thermique mondiale est passée de +0,86°C en février 2016 à +0,21°C en juin dernier.
Certaines régions dans le monde enregistrent déjà depuis plusieurs semaines des températures anormalement basses, et en premier lieu les régions polaires. Depuis la mi-mai, l’Arctique enregistre une anomalie thermique négative persistante au-delà de 80° de latitude N (cf. graphique en bas à droite) — ou avec une plus grande fréquence si l’on inclut les régions situées entre 65° et 80° de latitude N (cf. graphique en haut à droite).
Quant à l’Antarctique, la courbe montre une anomalie négative particulièrement significative depuis le début du mois de juin (de l’ordre de -4°C actuellement).


Ce refroidissement des régions polaires se traduit par des advections d’air plus froid (ou plus frais) en direction des moyennes et basses latitudes, qui ont pour conséquence une intensification des échanges méridiens d’air et d’énergie.
Depuis le début du mois de juillet, des températures inférieures aux normales sont enregistrées au Groenland notamment, dans l’archipel norvégien du Svalbard (-4,6°C le 2 juillet à Karl XII-øya et le 3 juillet à Kvitøya, à 0,1°C du record mensuel national de froid pour une station de basse altitude), ou encore dans l’ouest et le sud-est de l’Australie (-10,0°C le 2 juillet à Goulburn Airport, en Nouvelle-Galles du Sud) avec plusieurs records de froid (mensuels et absolus), comme à East Sale Airport (Victoria) avec -7,0°C le 3 juillet (précédent record absolu depuis 1947 : -5,8°C le 28/07/1976).
Au Nunavut (territoire fédéral du nord du Canada), la température est descendue jusqu’à -7,0°C le 4 juillet à Cape Dyer (725 m), soit l’une des plus basses températures enregistrées en dessous de 1000 m d’altitude au Canada et dans tout l’hémisphère nord au mois de juillet. [Le record au Canada est toujours détenu par la station de Fox Five (584 m, sur l’île Broughton, Nunavut) avec -8,9°C les 03 et 04/07/1972.]
Plus près de chez nous, en Espagne, rappelons qu’il a neigé à la station de Puerto de Navacerrada (1894 m, communauté de Madrid) le 30 juin au matin (2 cm au sol), ce qui ne s’était jamais produit aussi tard dans l’année depuis au moins 1946 (et seulement à de rares occasions au mois de juin).

samedi 4 février 2017

Fortes précipitations et inondations dans le nord-ouest du Pérou

Des cumuls de pluie anormalement élevés sont enregistrés depuis une dizaine de jours au Pérou, en particulier dans le nord-ouest du pays, dans les provinces littorales de Tumbes, Piura et Lambayeque notamment, au climat désertique ou semi-aride. Il est tombé jusqu’à 256,5 mm en 3 jours à Jacanya (province de Lambayeque) du 31 janvier au 2 février [dont 120,8 mm le 1er février] et jusqu’à 218,3 mm en 4 jours à Olmos (province de Lambayeque) du 31 janvier au 3 février [dont 196,7 mm en 48h (1-2 février) et 101,2 mm le 2 février, alors que la moyenne mensuelle de février n’est que de 28,2 mm]. Légèrement plus au nord, il est tombé jusqu’à 283,7 mm en 10 jours à Matapolo (province de Tumbes) du 25 janvier au 3 février, dont 67,8 mm en 13h le 1er février. On a également relevé jusqu’à 59,4 mm en 1h le 31 janvier à Puente Ñacara (province de Piura).


Ces fortes précipitations ont entraîné d’importantes inondations (fort ruissellement, crues soudaines et brutales) dans des régions désertiques ou semi-arides, notamment à Chulucanas (province de Piura), Chiclayo (province de Lambayeque), Trujillo (province de La Libertad), y compris plus au sud dans les provinces de Lima (la capitale) et d’Ica. De telles conditions météorologiques sont généralement observées lors d’un intense épisode El Niño, ce qui n’est officiellement pas le cas à l’heure actuelle. Cependant, l’intensité des précipitations de ces derniers jours excède celle enregistrée lors du dernier épisode El Niño 2015-2016 qui s’est officiellement achevé en juin dernier. Si l’on observe attentivement les anomalies thermiques des eaux de surface dans le Pacifique oriental, on remarque que les eaux sont anormalement chaudes au large des côtes péruviennes surtout depuis la mi-janvier : en d’autres termes, on assiste à un retour des conditions El Niño dans les zones 1 et 2 (et de manière plus marquée que lors du dernier pic d’intensité il y a un an), susceptibles de s’étendre dans les prochaines semaines ou prochains mois aux zones 3 et 4 situées plus à l’ouest dans le Pacifique.

Anomalies thermiques des eaux de surface océaniques le 3 février 2017.
Rappelons que l’invasion d’eaux chaudes sur les côtes péruviennes (associées au contre-courant équatorial) en remplacement des eaux fraîches (riches en éléments nutritifs) associées à l’upwelling a des conséquences néfastes en termes de ressources halieutiques. "El Niño" désignait d’ailleurs à l’origine ce courant côtier saisonnier chaud au large du Pérou et de l'Équateur qui mettait fin à la saison de pêche. Il désigne aujourd’hui par extension un phénomène climatique de plus grande ampleur et une conséquence régionale d’une modification dans la circulation atmosphérique générale entre les pôles et l’équateur.
Le décalage vers le sud du contre-courant équatorial (chaud) s’opère conjointement avec le glissement vers le sud de l’équateur météorologique. Les fortes précipitations dans le nord-ouest du Pérou sont la conséquence d’un décalage vers le sud plus marqué que la normale de l’équateur météorologique. Le décalage de cette structure pluviogène est favorisé par le renforcement de l’alizé franchissant l’isthme américain et une position plus méridionale que la normale de l’anticyclone dit "de Pâques" (responsable notamment de la sécheresse persistante et des températures anormalement élevées observées dans le centre du Chili ces dernières semaines).
Quand on sait qu’entre 4°N (Buenaventura, Colombie) et 4°S (Chiclayo, Pérou) les hauteurs moyennes annuelles de pluie diminuent de l’ordre de 750 mm par degré de latitude, on comprend pourquoi un très faible déplacement de l’équateur météorologique vers le sud peut avoir des conséquences catastrophiques en termes de pluviosité dans des régions habituellement très peu arrosées ! La situation actuelle est donc à surveiller : les cumuls de pluie pourraient encore s’aggraver si les conditions météorologiques persistent au cours des prochaines semaines. Rappelons qu’au cours du plus puissant épisode El Niño de 1997-1998, il était tombé jusqu’à 1095,2 mm en 2 mois à Chulucanas (province de Piura) en février-mars 1998, jusqu’à 192,6 mm en 1 jour à Los Cedros (province de Tumbes) le 09/02/1998 [185,6 mm le 14/02/1998] et 182,8 mm le 14/02/1998 à Ferreñafe (province de Lambayeque) alors que la normale mensuelle n’est que de 2,3 mm !

Notons enfin que les températures sont anormalement élevées au Pérou depuis plusieurs semaines (39,1°C le 2 février à Chulucanas [province de Piura], 39,6°C les 23 et 27 janvier à Quillabamba [province de Cusco]), en particulier les températures minimales : à titre d’exemple, la température n’est pas descendue en dessous de 25,1°C le 28 janvier et 25,3°C le 29 à Lima-Callao, ce qui constitue un record absolu à la station (précédent record : 25,0°C en 1998).

dimanche 30 mars 2014

Des flux de S-SW plus fréquents sur l’Europe occidentale

Comme je l'avais déjà évoqué dans un précédent post en mars 2007, la fréquence toujours plus importante des flux de S à SW semble expliquer en grande partie la hausse des températures observée sur toute l’Europe de l’Ouest depuis plus d’un siècle.
Carte de localisation
(Cliquez pour agrandir)
Après un automne 2006 puis un hiver 2006-2007 exceptionnellement chauds sur la majeure partie de l’Europe, j’avais saisi l’occasion de cet événement pour présenter le graphique ci-dessous, dont je propose aujourd'hui une mise à jour. On constate sur ce graphique une formidable corrélation (ou covariation) entre le nombre de jours avec un vent moyen de secteur S à SW et la température moyenne à De Bilt (Pays-Bas) sur la période automne-hiver. La tendance à la hausse conjointe de la fréquence des flux de S-SW et de la température moyenne depuis au moins 1905 perdure toujours, tandis que l'on enregistre sur la dernière période un record de 119 jours avec un vent de secteur S à SW (précédent record : 106 jours en 1924-1925).


Sept ans plus tard, une grande partie de l’Europe a connu à nouveau un hiver 2013-2014 particulièrement doux. Comme on peut le voir sur le deuxième graphique ci-dessous, la température moyenne sur la saison hivernale à De Bilt atteint +6,1°C, comme au cours de l’hiver 1989-1990, soit juste derrière le record détenu par l'hiver 2006-2007 (+6,6°C).
Mais l’événement majeur de cet hiver 2013-2014 est le nombre exceptionnellement élevé de jours avec vent de secteur S à SW : 74 jours sur 90 (soit 4,1 jours sur 5), contre seulement 60 jours au cours de l’hiver 1989-1990 !


Sur le 3e graphique ci-dessous, on constate que l’hiver 2013-2014 a été surtout marqué par une hausse spectaculaire du nombre de jours avec un vent de secteur S : 49 (dont 19 en janvier 2014, soit un record absolu tous mois confondus depuis 1905), contre 31 en 1924-1925 !
Cet événement était d'autant moins prévisible qu'il s'inscrit plutôt paradoxalement dans une tendance à la baisse en hiver de la fréquence des flux de S au profit d'une hausse de la fréquence des flux de SW.



Le tableau ci-dessous présente de manière synoptique un comparatif climatologique de 4 hivers remarquables observés à la station néerlandaise de De Bilt.

On constate tout d'abord le caractère très dépressionnaire de l'hiver 2013-2014 : une pression moyenne de 1008,5 hPa, soit la 8e plus basse valeur à la station depuis 1850 (record : 1004,7 hPa durant les hivers 1914-1915 et 1935-1936) ; un fait qui n'est pas isolé puisqu'on relève par exemple à Brest (France) une moyenne de 1007,9 hPa, soit le 3e hiver le plus dépressionnaire à la station depuis 1950 (records : 1006,9 hPa en 1965-1966 et 1007,3 hPa en 1978-1979). Notons que les mois de janvier et février 2014 ont été particulièrement dépressionnaires : 1004,2 hPa à Brest en janvier (un record mensuel depuis 1949), 1005,5 hPa en janvier à De Bilt (8e plus basse valeur en janvier depuis 1849) et surtout 1003,1 hPa en février (2e plus basse valeur en février depuis 1849, ex æequo avec février 1879, le record datant de février 1937 avec 1002,7 hPa).
Carte synoptique de surface du 27/01/1963 pour l’Europe
On constate également conjointement au caractère dépressionnaire de l'hiver 2013-2014 la prédominance exceptionnelle des flux de S-SW, contrairement à l'hiver 1962-1963 (qui concentre d'ailleurs à lui seul une bonne partie des valeurs extrêmes de ce tableau) au cours duquel on avait enregistré des températures exceptionnellement basses en présence de masses d'air plus stable et anticyclonique et d'un flux de N-NE très marqué (45 jours contre 13 jours avec vent de secteur S-SW).
Par ailleurs, en raison d'un courant perturbé bien établi tout au long de l'hiver 2013-2014 et du passage successif de plusieurs grosses tempêtes sur la façade atlantique, le vent a atteint une vitesse moyenne de 4,63 m/s à De Bilt (une des plus élevées depuis les années 1960), contrairement à l'hiver 1962-1963 marqué par une plus grande stabilité de l'air et des conditions plus anticycloniques (cf. carte ci-contre).
Notons aussi que les hivers les plus chauds (1989-1990, 2006-2007 et 2013-2014) ont été enregistrés à chaque fois quand l'indice NAO était positif, contrairement à l'hiver le plus froid de l'histoire (1962-1963) qui est intervenu dans un contexte de NAO remarquablement négative.
Champ de pression moyen en surface
en Europe en février 2014

Notons enfin que l'hiver 2006-2007 a été plus chaud que l'hiver 2013-2014, en raison notamment d'une nébulosité plus importante (un record même depuis le début des années 1950) qui s'est traduite par des températures minimales moyennes plus élevées. De plus, le contexte aérologique était sensiblement différent : durant l'hiver 2006-2007 De Bilt était située plus souvent sur la façade ouest d'une masse anticyclonique centrée sur l'Europe centrale qui dirigeait un flux de S-SW sur les Pays-Bas (tout comme durant l'hiver 1989-1990), contrairement à l'hiver 2013-2014 qui a été marqué par un flux de S-SW associé principalement à un puissant courant perturbé provenant de l'Atlantique.



Conclusion : une piste de réflexion à approfondir…
Les causes du réchauffement observé en Europe de l'Ouest paraissent identifiables par une analyse de la dynamique aérologique et de la nébulosité notamment. Plutôt que d'invoquer sans cesse l'effet de serre anthropique, il serait sans doute plus pertinent de s'interroger sur l'origine des phénomènes et sur les mécanismes qui régissent la dynamique aérologique, à toutes les échelles de temps et d'espace...


NB : cet article sera complété ultérieurement.
Source des données : KNMI

samedi 30 avril 2011

Avril 2011 : un record de tornades aux États-Unis

Selon le rapport préliminaire du 30 avril 2011 de la NOAA, le nombre de tornades est déjà supérieur à la moyenne, alors que nous ne sommes pas encore en mai ou en juin (mois les plus propices à la formation des tornades aux États-Unis).
On dénombre 1041 tornades depuis le début de l'année (la moyenne pour un 30 avril étant de 466), dont 875 en avril (426 tornades en 4 jours, au moins 2 tornades de catégorie 5 sur l'échelle de Fujita) : il s'agit d'un record à cette période de l'année et d'un record pour un mois d'avril.
Si l'on s'en tient au rapport préliminaire, le mois d'avril 2011 dépasserait d'ores et déjà les précédents records remontant à mai 2003 (543) et mai 2004 (509).


Le 27/04/2011, on a dénombré 160 tornades en 24h, soit un record en 24h pour un mois d'avril ; le précédent record datait du 03/04/1974 avec 148 tornades.
Au cours de la dernière semaine du mois d'avril 2011, les tornades ont frappé 21 États américains, du Mississippi à la côte atlantique : cette vague de tornades meurtrière s'est donc abattue sur une étendue plus vaste qu'en avril 1974 (13 États).


Comme on peut l'observer sur le graphique ci-dessous, le mois d'avril 2011 s'inscrit dans une évolution à la hausse du nombre de tornades depuis 1950 :


L'année 2011 démarre donc en "trombe" !
Rappelons que le record sur une année est détenu par l'année 2004 avec 1819 tornades : ces tornades avaient provoqué la mort de 36 personnes. Depuis le début de l'année 2011, on déplore d'ores et déjà 348 victimes, dont 346 en avril. Mais ce bilan est tout à fait provisoire, puisqu'à l'issue de la terrible journée du 27/04/2011 où pas moins de 160 tornades ont été recensées, on a dénombré 315 victimes, dont 250 dans le seul État de l'Alabama, soit plus que le 03/04/1974 (307 morts) et le 11/04/1965 (260 morts). L'Alabama est l'État le plus touché par la pire vague de tornades depuis 60 ans. Les villes de Tuscaloosa et Rainwille en Alabama ont été également les plus touchées : on y dénombre respectivement 36 et 26 morts, et plusieurs centaines de blessés.
Il s'agit d'ores et déjà de la pire catastrophe naturelle aux États-Unis depuis l'ouragan Katrina en 2005. Rappelons enfin que le pire Tornado Outbreak de l'histoire remonte au 18 mars 1925 avec 695 morts (le célèbre "Tri-State Tornado").
Généralement, les tornades se développent plus à l'ouest, dans une zone que l'on appelle Tornado Alley, constituée de prairies et de larges espaces. Cela n'a pas été le cas au cours de ce mois d'avril 2011 : les tornades se sont développées plus à l'est et ont touché des régions plus densément peuplées.
Même si l'on a acquis une meilleure connaissance de ces phénomènes et si l'on dispose d'instruments de plus en plus sophistiqués, les alertes météo restent encore insuffisamment précises. Elles sont données en moyenne seulement 13 minutes à l'avance et sont fausses dans 75 % des cas, si bien que les habitants n'y croient pas et attendent de voir la tornade avant de prendre la situation au sérieux ; malheureusement, il est souvent trop tard…
Le passage de tornades dans les banlieues des grandes villes comme Atlanta ou Saint-Louis constituerait le pire des scénarios : on estime qu'une tornade pourrait provoquer plus de 1 000 morts.

(D'autres photos sur le blog Meteorology News.)

Des photos et plusieurs vidéos à voir sur le site norvégien NRK :
http://www.yr.no/nyheter/1.7611595
http://www.nrk.no/nyheter/verden/1.7607787
http://www.nrk.no/nyheter/verden/1.7611156
http://www.nrk.no/nyheter/verden/1.7600907
http://www.nrk.no/nyheter/verden/1.7597784

À consulter : Cartes annuelles des tornades des États-Unis de 1950 à 2009
La NOAA a répertorié sur une carte des États-Unis toutes les tornades pour chaque année de 1950 à 2009, en les classant par intensité suivant l'échelle de Fujita, tout en distinguant le nombre de tornades pour chaque État.

lundi 11 février 2008

Des températures anormalement basses au Nunavut (Canada)

Le territoire canadien du Nunavut enregistre ces derniers jours des températures anormalement basses, en particulier dans la partie orientale où la température est descendue jusqu'à -50,5°C le 08/02/2008 à Hall Beach Climate.

À titre d'illustration, voici les Tn relevées dans 2 autres stations depuis le début du mois de février 2008 :

Clyde Airport (Terre de Baffin) :
-48,5°C le 08/02/2008,
-48,1°C le 09/02/2008,
soit les 3e et 4e Tn les plus basses relevées à Clyde Airport depuis au moins 1946.
Tn les plus basses à Clyde Airport depuis au moins 1946 :
-50,2°C le 17/01/1987
-50,1°C le 08/02/1990
-48,5°C le 08/02/2008
-48,1°C le 09/02/2008
-47,8°C le 04/03/1991
-47,7°C le 17/02/1992

Hall Beach Airport (Presqu’île de Melville) :
-49,2°C les 05 et 06/02/2008
-49,7°C le 07/02/2008
-50,1°C le 08/02/2008
-50,2°C le 09/02/2008

Tn les plus basses à Hall Beach Airport en février depuis 1957 :
-54,1°C le 12/02/1979
-54,0°C le 11/02/1979
-52,9°C le 13/02/1979
-52,6°C le 16/02/1979
-51,3°C le 14/02/1979
-51,1°C le 15/02/1979
-50,9°C le 09/02/1981
-50,2°C les 05/02/1979 et 09/02/2008
-50,1°C le 08/02/2008
-49,7°C le 07/02/2008


Les températures anormalement basses relevées à Clyde Airport ces derniers jours ne constituent pas un événement isolé dans le temps. Elles s'inscrivent dans une tendance à la baisse des températures depuis au moins 1943, à l'échelle annuelle comme à l'échelle saisonnière. On l'observe d'ailleurs très clairement sur le graphique ci-dessous qui montre une tendance au refroidissement en hiver de près de 1,5°C depuis les années 1940.


À titre d'information, voici également une autre vision de l'évolution climatique dans les hautes latitudes de l'hémisphère nord...
Écart entre la température moyenne sur la période 1996-2005 et la température moyenne sur la période 1930-1939 (O. Humlun, 2006) :

vendredi 26 octobre 2007

Le mont Blanc a gagné 2,15 m en deux ans

Des membres de la Chambre départementale des géomètres experts de la Haute-Savoie, soutenus par l’Ordre national des géomètres, l’Institut national géographique (IGN) et Leica Geosystems, ont effectué les 15 et 16 septembre 2007 l’ascension du mont Blanc, afin de réaliser des mesures par GPS de son altitude. Au cours de cette opération, qui se déroule tous les deux ans depuis 2001, plusieurs centaines de relevés ont permis de modéliser en 3 dimensions la calotte glaciaire sommitale et suivre ainsi son évolution.


Au cours de leur assemblée générale qui s’est tenue à Chamonix le 13 octobre 2007, les géomètres experts de la Haute-savoie ont annoncé que le mont Blanc culminait désormais à 4810,90 m, contre 4808,75 m en 2005, soit un gain de 2,15 m en deux ans. Le mont Blanc n’aurait donc jamais été aussi haut et dépasse de 50 cm l’altitude atteinte en 2001 (4810,4 m).

Pour mémoire, rappelons que le sommet rocheux du mont Blanc a été mesuré à 4792 m en mai 2004 (à l’aide d’instruments radar et de carottages) et est décalé de 40 m à l’ouest par rapport au sommet. Par ailleurs, le volume de neige a considérablement augmenté depuis 2005, passant de 14 300 m3 à 24 100 m3.

Selon le météorologue chamoniard Yan Giezendanner, il n’y a globalement pas d’augmentation du volume des précipitations sur les Alpes, mais on enregistre ces dernières années une plus grande fréquence des vents d’ouest qui amènent de la pluie avec des températures plus élevées. En été, cela se traduit par de la neige collante au-dessus de 4000 m d’altitude qui a la propriété de se fixer sur le sommet et d’augmenter plus rapidement la hauteur et le volume du mont Blanc. Avec le réchauffement climatique que l’on observe dans tout l’arc alpin et l’élévation de la limite pluie-neige notamment, on constate que les glaciers d’altitude grossissent alors que ceux situés à plus basse altitude rétrécissent.

samedi 3 mars 2007

Hiver 2006-2007 : le plus doux depuis 1950 en France

La majeure partie de l'Europe a connu un automne 2006 puis un hiver 2006-2007 exceptionnellement chauds : au final, la période automne-hiver a été la plus chaude en France depuis au moins 1950, mais également en Suisse depuis 1864, en Belgique depuis 1832 ou encore aux Pays-Bas depuis 1706.

La fréquence toujours plus importante des flux de S à SW explique en grande partie la hausse des températures observée sur toute l'Europe de l'Ouest depuis plus d'un siècle. À titre d'exemple, on peut observer cette formidable corrélation (ou covariation) sur le graphique ci-dessous : sur la période automne-hiver, le nombre de jours avec un vent moyen de secteur S à SW tend à augmenter à De Bilt (Pays-Bas) depuis au moins 1905, conjointement à la hausse des températures moyennes.
Alors que De Bilt vient d'enregistrer la température moyenne la plus élevée sur la période automne-hiver depuis au moins 1905 (+10,0°C), la station néerlandaise a enregistré 105 jours avec un vent de secteur S à SW, comme en 2000-2001, soit juste derrière le record établi en 1924-1925 (106 jours).
Les causes du réchauffement observé en Europe de l'Ouest sont clairement identifiables par une analyse de la dynamique aérologique et de la nébulosité. Plutôt que d'invoquer sans cesse l'effet de serre anthropique, il serait peut-être temps de s'interroger sur l'origine des phénomènes et sur les mécanismes qui régissent la dynamique aérologique, à toutes les échelles de temps et d'espace...

mardi 31 août 2004

Amundsen-Scott (pôle Sud) : un hiver record

La station américaine Amundsen-Scott, située en Antarctique à 2835 m d'altitude, a enregistré son hiver le plus froid depuis le début des observations en 1957.

La température moyenne (Tx+Tn/2) pour cet hiver 2004 (juin, juillet, août) a atteint -63,4 °C.
On note en particulier un mois de juillet particulièrement froid, le plus froid depuis 1957, tant sur le plan de la température moyenne mensuelle (-67,2 °C), de la température maximale moyenne (-63,5 °C) que de la température minimale moyenne (-70,9 °C).

Cet événement s'inscrit dans une tendance à la baisse des températures en hiver depuis 1957.

Au cours de cet hiver 2004, la station d'Amundsen a également enregistré la pression moyenne saisonnière (juin-juillet-août) la plus basse depuis 1957, soit 670,2 hPa.
La pression moyenne mensuelle pour juillet 2004 est de 664,0 hPa, ce qui place juillet 2004 juste derrière juillet 1985 (avec 663,2 hPa). Toujours au cours de ce mois, on note une pression moyenne journalière de 642,4 hPa le 19/07/2004, soit la 2e valeur moyenne journalière la plus basse depuis celle enregistrée le 25/07/1985 avec 641,7 hPa.

On constate également une tendance significative à la baisse de la pression atmosphérique en hiver depuis 1957.