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mercredi 30 septembre 2020

Changement radical de temps en Europe de l’Ouest fin septembre 2020

En quelques jours seulement, l’Europe de l’Ouest est passée sans transition d’un temps franchement estival et anormalement chaud pour un mois de septembre à un temps anormalement froid et maussade à la fin du mois de septembre 2020. En provenance du Groenland, où la température a chuté à -48,1°C le 25 septembre au matin à la station américaine de GEO-Summit [Summit Camp] (l’une des plus basses températures mesurées au Groenland pour un mois de septembre*), de l’air particulièrement froid et humide a déboulé par le nord‑ouest sur l’Europe occidentale à partir du 25 septembre 2020, mettant fin brutalement aux conditions météorologiques estivales qui régnaient encore les jours précédents.

À titre d’illustration, la France a connu des températures extrêmement élevées du 11 au 20 septembre 2020, avec un pic de chaleur les 14 et 15 septembre et de nombreux records mensuels de chaleur (plus 230 records le 14 et plus de 70 le 15). Le pays est passé en 13 jours seulement de son après-midi de septembre le plus chaud jamais observé depuis 1947 avec un indicateur national de température maximale de 33,4°C le 14 septembre (soit +10,6°C par rapport à la normale quotidienne 1981-2010, devant les 32,6°C du 04/09/1949) à son 3e après-midi de septembre le plus froid avec un indicateur national de température maximale de 14,3°C le 27 septembre (soit -6,6°C par rapport à la normale), derrière les 14,0°C du 30/09/1974 et 14,2°C du 27/09/2007 ! Plusieurs stations ont d’ailleurs enregistré à quelques jours d’intervalle à la fois leur plus haute et leur plus basse températures maximales pour un mois de septembre. Parmi les stations les plus anciennes, ce fut le cas notamment de Nancy-Essey (début des mesures en 1927) avec seulement 9,5°C le 26 septembre au plus chaud de la journée (contre 9,6°C le 23/09/1931), 11 jours seulement après avoir établi un nouveau record mensuel de chaleur le 15 septembre avec 34,4°C (contre 33,7°C le 19/09/1947) ; mais également de Bourges (mesures depuis 1945) avec seulement 11,1°C le 27 septembre au plus chaud de la journée (contre 11,7°C le 22/09/1996), 13 jours seulement après un nouveau record mensuel de chaleur établi le 14 septembre avec 35,7°C (contre 35,1°C le 16/09/1961).

© MétéoSuisse

Même constat en Suisse où la chute des températures a été également particulièrement brutale dans tout le pays à partir du 25 septembre, comme on peut le voir sur le tableau ci-contre des anomalies de température à l’échelle journalière calculées par Météo Suisse pour plusieurs stations dans différentes régions. En une dizaine de jours seulement, le pays est passé de températures anormalement élevées — notamment en montagne — (+6 à +9°C au-dessus de la normale) les 14 et 15 septembre avec un isotherme 0°C situé vers 4760 m le 14 et un géopotentiel 500 hPa** à 5945 m (2e valeur la plus élevée mesurée en Suisse pour un mois de septembre depuis 1954, derrière les 5964,5 m du 13 septembre 2019 !), à des températures anormalement basses à partir du 25 septembre (-6 à -9°C en dessous de la normale, jusqu’à -10,6°C le 26 au Jungfraujoch [3580 m]).

Une fraîcheur remarquable dans toute l’Europe de l’Ouest, localement exceptionnelle

Après une 2e décade de septembre la plus chaude depuis au moins 1947, les températures sont passées très nettement sous les normales en France à partir du 25 septembre. Plusieurs stations disposant d’une série de mesures de plus de 50 ans ont enregistré dès le 26 septembre leur plus basse température maximale pour un mois de septembre, comme Cognac avec 13,5°C (précédent record depuis 1945 : 13,6°C le 29/09/1988), Phalsbourg avec 7,6°C (précédent record depuis 1946 : 8,5°C le 28/09/1993), Pauillac avec 12,3°C (précédent record depuis 1962 : 13,0°C le 22/09/1979), ou encore Nancy-Ochey avec 8,4°C (précédent record depuis 1966 : 9,0°C le 29/09/1974).
À l’échelle nationale, l’après-midi du 27 septembre se place au 3e rang des après-midi les plus froids en France pour un mois de septembre avec une température moyenne de 14,3°C, derrière les 14,0°C du 30/09/1974 et 14,2°C du 27/09/2007. De nombreuses autres stations ont également enregistré ce jour-là leur plus basse température maximale pour un mois de septembre ; parmi les stations disposant de longues séries de mesures, on peut retenir les suivantes :

  • Bastia : 15,7°C (précédent record depuis 1945 : 16,6°C le 29/09/1955) ;
  • Bourges : 11,1°C (précédent record depuis 1945 : 11,7°C le 22/09/1996) ;
  • Gourdon : 10,1°C (précédent record depuis 1961 : 10,9°C le 02/09/1965) ;
  • Mâcon : 9,9°C (précédent record depuis 1943 : 10,5°C le 23/09/1931) ;
  • Dijon : 9,7°C (précédent record depuis 1921 : 9,8°C le 22/09/1931) ;
  • Lyon St-Exupéry : 9,7°C (précédent record depuis 1975 : 10,0°C le 27/09/2007) ;
  • Limoges-Bellegarde : 8,9°C (précédent record depuis 1973 : 9,5°C le 24/09/2002) ;
  • Grenoble-St-Geoirs : 8,8°C (précédent record depuis 1941 : 9,4°C le 23/09/1979) ;
  • Ambérieu : 8,8°C (précédent record depuis 1941 : 9,7°C le 30/09/1988) ;
  • Lons-le-Saunier : 8,6°C (précédent record depuis 1972 : 9,8°C le 24/09/2002).

À noter également que la température n’a pas excédé 10,3°C le 27 septembre au plus chaud de la journée à Lyon‑Bron, soit la 2e plus basse température maximale pour un mois de septembre depuis le début des relevés à la station en 1920, derrière les 9,6°C du 28/09/1939 ! Il en est de même à Besançon avec seulement 8,7°C dans l’après-midi du 27 septembre, soit la plus basse température maximale pour un mois de septembre depuis 1902 (8,6°C le 29/09/1902), juste derrière le record de 7,6°C remontant au 28/09/1885 ! Une fraîcheur inhabituelle régnait encore dans le sud de la France le 29 septembre avec seulement 6,3°C au matin à l’aéroport de Béziers-Vias (record mensuel de froid depuis 1994) et 4,0°C à Béziers-Courtade (plus basse température à la station en septembre depuis les 3,9°C du 21/09/1977).

Plusieurs stations ont également enregistré un nouveau record mensuel de froid le 27 septembre, comme Barcelonnette avec une température minimale de -5,4°C (précédent record depuis 1927 : -4,3°C le 20/09/2017), Tignes avec -7,6°C (contre -6,3°C le 18/09/2001), Porquerolles avec 9,7°C (contre 10,0°C le 21/09/1977), ou encore l’île du Levant avec 9,9°C (contre 10,6°C le 29/09/1974).

La chute des températures a également été brutale dans la plupart des pays de l’Europe de l’Ouest. En Italie, la température n’était que de 7°C le 25 septembre à midi à Varèse (localité située à moins de 400 m d’altitude dans le nord de la Lombardie), où une telle valeur à la mi-journée n’avait pas été observée en septembre depuis 1936. Autre exemple, la température n’a pas dépassée 12,2°C le 27 septembre à Grosseto (dans le sud de la Toscane), soit plus de 2°C en dessous de la plus basse température maximale jamais enregistrée en septembre dans cette station située à 5 m d’altitude au bord de la mer Tyrrhénienne. En montagne, la température est descendue à -22,0°C*** le 26 septembre au matin à la Capanna Regina Margherita (4560 m), ce qui constitue la plus basse température jamais enregistrée en Italie et dans toute l’Europe continentale pour un mois de septembre ; il s’agit néanmoins d’une station assez récente et située à très haute altitude, ce qui rend ce record finalement peu significatif sur le plan climatique, ni représentatif d’un pays ou même d’un continent. Toutefois, signalons que la station de Pian Rosa située à 3480 m d’altitude et disposant d’une plus longue série de données a enregistré sa plus basse température maximale pour un mois de septembre avec -14,2°C le 26 au plus « chaud » de la journée [-13,0°C sur 24h], battant de presque 3°C son précédent record.

En suisse, les températures moyennes journalières ont atteint des valeurs particulièrement basses et rarement observées à cette époque de l’année. La station de Nyon / Changins, par exemple, a mesuré sa plus basse température maximale pour un mois de septembre depuis le début des mesures en 1965 avec seulement 8,1°C le 27 septembre au plus chaud de la journée, juste 10 jours après avoir connu sa première nuit tropicale en septembre (température minimale de 20,1°C le 17 septembre).
Des températures particulièrement basses pour une fin septembre ont été relevées en montagne : jusqu’à -15,9°C le 26 septembre à la station du Jungfraujoch (3580 m) qui enregistre à cette occasion la 5e valeur la plus basse en septembre depuis 1959 et la plus basse depuis le 30/09/1974 (-16,6°C).

L’arrivée de cet air froid par le nord-ouest s’est également traduit par une chute des températures du 24 au 27 septembre dans les îles Britanniques (jusqu’à -5,0°C le 24 à Altnaharra en Écosse), notamment en Irlande du Nord où un nouveau record mensuel national de froid a été enregistré le 27 septembre avec -3,7°C à Katesbridge (précédent record : -3,6°C le 29/09/2018 à Katesbridge) !
Même constat en Irlande (Eire) où la température est descendue jusqu’à -2,1°C le 26 septembre à Markree Castle (à plus de 1°C encore du record mensuel national de froid : -3,5°C le 08/09/1972 à Offaly) et certaines stations ont enregistré leur plus basse température minimale pour un mois de septembre : c’est le cas notamment à Mullingar avec -1,7°C le 27 septembre (précédent record mensuel de froid depuis 1944 : -0,1°C le 18/09/1952), ou encore à l’aéroport de Casement avec -0,7°C le même jour (précédent record mensuel de froid depuis 1958 : -0,3°C le 08/09/1972).

Des chutes de neige abondantes et exceptionnellement précoces en montagne

Cet important afflux d’air polaire a engendré au contact des principaux reliefs des chutes de neige exceptionnelles par leur précocité et leur abondance surtout en moyenne montagne, généralement au-dessus de 1300 m d’altitude, mais également à plus basse altitude localement. Les chutes de neige les plus abondantes en France se sont produites sur les Pyrénées et les Alpes du Nord, mais il a également neigé quelques centimètres sur les plus hauts sommets des Vosges et du Jura, dans le Massif Central (au-dessus de 1300 m), y compris sur le relief corse le 27 septembre à partir de 1400 m d’altitude. Pour la première fois en septembre depuis les années 1930, il a même légèrement neigé le 27 septembre sur le Bruncu Spina (1830 m), un des deux sommets principaux du massif de Gennargentu dans la partie centre-orientale de la Sardaigne !
Dans les Pyrénées, il est tombé 30 à plus de 40 cm au-dessus de 2000 m d’altitude les 25-26 septembre, au moins 30 cm à 1800 m et une quinzaine de cm à 1500 m. Il s’agit des chutes de neige les plus abondantes dans les Pyrénées pour un mois de septembre depuis plusieurs décennies et avant la mi-octobre depuis 1998.

Neige à Chamrousse (Savoie) le 26/09/2020.
© Photos de Jérôme Narcy pour meteo-chamrousse.com
Dans les Alpes du Nord, des hauteurs de neige exceptionnelles pour un mois de septembre ont été mesurées dans plusieurs stations, comme à la station des Aiguilles Rouges (2365 m, Haute-Savoie) avec 39 cm le 26 septembre (record depuis l’ouverture de la station en 1983) ou de Rochilles (2450 m, Savoie) avec 34 cm le même jour (record depuis l’ouverture de la station en 1983 également). On a également relevé jusqu’à 73 cm à La Plagne (2120 m, Savoie), 41 cm à Bonneval (2720 m, Savoie), 33 cm à l’Alpe-d’Huez (1860 m, Isère), 29 cm à Chamrousse (1730 m, Isère), 26 cm au col des Saisies (1660 m, Haute-Savoie), 11 cm au Pleynet (1515 m, Haute-Savoie) et 10 cm au col de Porte (1325 m, dans le massif de la Chartreuse) où ce n’est que la 3e fois depuis le début des mesures en 1960 que l’on relève de la neige au sol en septembre (le record à la station nivologique étant de 15 cm le 26/09/1974).
Au col du Glandon (~1900 m, Savoie) où il n’y avait pas eu autant de neige en septembre depuis 1974, 7000 moutons et leur berger sont restés bloqués par 50 cm de neige du 25 au 27 septembre, ce qui a nécessité une opération de secours et d’acheminement par hélicoptère de nourriture pour le troupeau.

© SLF
Dans les Alpes suisses, la limite des chutes de neige s’est abaissée jusque vers 1000 m, voire plus bas encore localement par isothermie, jusque vers 700 m dans le nord des Grisons notamment. Du 25 au 27 septembre, il est tombé entre 40 et 60 cm de neige fraîche dans les Alpes glaronaises, le nord des Grisons et dans la partie occidentale du versant nord des Alpes suisses. On a relevé jusqu’à 63 cm de neige fraîche à Val Miez (2191 m) le 26 septembre (9h), 61 cm à Ortstock Matt (1824 m) le même jour à 10h du matin, 61 cm à Chüebodensee (2058 m) le 27 septembre (0h) et 58 cm à Gruppen (1632 m) le même jour à 0h30. Dans le Valais notamment, l’enneigement en moyenne montagne (en dessous de 1850 m d’altitude) n’avait pas été aussi important au mois de septembre depuis 1931 ! À Montana (Valais), l’épaisseur de neige fraîche le 26 septembre au matin a atteint 25 cm, battant ainsi les précédents records pour un mois de septembre de 22 cm le 25/09/1974 et 15 cm le 28/09/1936.

Dans les Alpes autrichiennes, la neige a même fait son apparition dans certaines vallées à partir de 550 m d’altitude avec 2 cm de neige fraîche relevés le 26 septembre à Bischofshofen, ce qui est particulièrement rare à cette altitude pour cette époque de l’année. Selon le ZAMG, il n’a été mesuré de la neige en dessous de 600 m d’altitude qu’à 3 autres reprises en septembre depuis le début des observations dans le pays : 6 cm le 23/09/1931 à Kufstein, 5 cm le 22/09/1979 à Feldkirch et 5 cm le 22/09/1979 à Bürs.

La neige a fait également son apparition dans les Alpes italiennes, mais également en Slovénie où l’on a relevé jusqu’à 60 cm de neige au sol le 28 septembre (dès 20h) à Kredarica (2514 m) : une telle hauteur de neige n’a été atteinte à la station slovène qu’à 4 autres reprises en septembre depuis le début des mesures en 1954, en 2017 (80 cm), 2002 (65 cm), 1989 (75 cm) et 1988 (95 cm).

Si un certain nombre d’épisodes de neige précoce se sont déjà produits par le passé au mois de septembre (dont le plus récent du 14 au 21 septembre 2017), il faut remonter à septembre 1974 pour trouver des chutes de neige aussi abondantes et à une altitude moyenne aussi basse dans les Alpes du Nord, associées à des conditions synoptiques comparables qui avaient également provoqué du 23 au 26 septembre 1974 un changement radical du temps. En Suisse par exemple, on avait relevé 102 cm de neige au sol le 25 septembre 1974 à La Chaux-de-Fonds, 147 cm à Montana et jusqu’à 207 cm à Leysin ! Cette arrivée précoce de l’hiver en 1974 avait d’ailleurs été suivie par le mois d’octobre le plus froid en Suisse depuis le début des mesures en 1864, à égalité avec octobre 1905…

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* La plus basse température pour un mois de septembre au Groenland est de -55,5°C et a été enregistrée par la station automatique de Barber (3170 m) le 22 septembre 1994.
** C’est-à-dire l’altitude à laquelle la pression atteint 500 hPa.
*** La valeur horaire relevée à 7h du matin était de -21,9°C ; la température est finalement descendue à -22,0°C le 26 septembre à la Capanna Margherita (et n’a pas excédé -16,6°C au cours de la journée), et probablement plus bas encore au col Major (4760 m) dont la station météo ne fonctionne plus malheureusement depuis le printemps dernier.


mercredi 26 août 2020

Vague de froid en Amérique du Sud : le front froid austral franchit l’équateur !

L’Amérique du Sud a connu une vague de froid particulièrement remarquable par son intensité et son étendue géographique du 19 au 23 août 2020, c’est-à-dire durant la seconde partie de l’hiver météorologique austral qui s’achève à la fin de ce mois.
Cet épisode froid est intervenu alors que l’hémisphère sud enregistre un déficit thermique significatif depuis le début du mois d’août et une tendance à la baisse de la température moyenne sur les 5 derniers mois. Dans ce contexte climatique, plusieurs coups de froid se sont produits dans l’hémisphère sud depuis le début de l’hiver, notamment en Australie au début du mois d’août avec un record absolu de froid enregistré par l’État insulaire de Tasmanie le 7 août (-14,2°C à Liawenee) et des chutes de neige abondantes au centre de l’île le 5 août (les plus importantes à Launceston depuis la tempête de neige du 31 juillet 1921), en Afrique australe à plusieurs reprises durant l’hiver, dans le sud-ouest de l’océan Indien en août, dans plusieurs archipels de l’Océanie (en Polynésie française en juin et début juillet, en Nouvelle-Calédonie à la mi-juillet), ou encore dans le sud de l’Argentine dès la fin du mois de juin avec -20,0°C le 27 juin à l’aéroport de Perito Moreno en Patagonie qui enregistre à cette occasion sa plus basse température pour un mois d’août depuis 1961 (précédent record : -18,2°C le 21 juin 2002), puis durant la première quinzaine de juillet avec des températures anormalement basses en Patagonie qui enregistre son 4e mois de juillet le plus froid depuis 1961 et d’abondantes chutes de neige à basse altitude en Patagonie et sur les reliefs andins (en particulier dans la province de Mendoza où il n’avait pas autant neigé depuis plus de 15 ans et jamais autant sur une période de 10 jours).

Une vague de froid plus intense et de plus grande ampleur a touché l’Amérique du Sud à partir du 19 août 2020, avec des températures particulièrement basses en Argentine les 20 et 21 août : plusieurs stations dans le centre et le nord du pays ont enregistré un record mensuel de froid, comme Villa Reynolds (-13,1°C le 20), Santa Rosa de Conlara (-12,0°C le 20), Río Cuarto (-5,0°C le 20), Córdoba (-6,5°C le 21), Presidencia Roque Sáenz Peña (-6,1°C le 21) et Corrientes (-1,7°C le 21).


Le front froid a progressé vers le nord, accompagné de chutes de neige dans le sud du Brésil, notamment sur les hauteurs du Cânion da Ronda (1200-1400 m d’altitude) dans l’État de Santa Catarina, avec des températures minimales et maximales anormalement basses : on ne relevait que 9,3°C le 21 août à 15h locales à la station de Mirante de Santana à São Paulo, soit la plus basse température observée en plein après-midi dans la capitale de l’État le plus riche et le plus peuplé du Brésil depuis les 8,8°C du 19 août 1987.

Clichés pris par Guih Tavares le 22 août 2020 (16h25) sur les hauteurs du Cânion da Ronda à Bom Jardim da Serra
(État de Santa Catarina, Brésil), après les chutes de neige survenues la veille. (Via compte Instagram)

L’air froid a gagné le Paraguay (-3,7°C le 22 à la base militaire de Teniente Esteban Martínez), la Bolivie et toute la moitié sud du Brésil (jusqu’à -8,6°C le 21 à Morro da Igreja [Urubici, 1810 m], -5,7°C le 22 à General Carneiro [1018 m]), avant d’atteindre les régions plus septentrionales du continent sud-américain, notamment les États brésiliens du Mato Grosso, de Rondônia, d’Amazonas et d’Acre, mais aussi l’est du Pérou, le sud de la Colombie et l’est de l’Équateur où l’instabilité atmosphérique et l’air froid et humide au contact des contreforts de la Cordillère orientale ont provoqué d’importantes chutes de neige le 21 août à Papallacta notamment.
L’arrivée de cet air plus froid (atténué après un voyage de plusieurs milliers de km depuis les hautes latitudes australes) s’est néanmoins traduite par une baisse sensible des températures dans les régions équatoriales : à Iquitos, capitale du Loreto située dans le département d’Amazonie péruvienne (dans le nord-est du Pérou) par 3°47’ de la latitude S, la température au plus chaud de la journée est passée de 34,7°C le 20 août à 26,1°C le 21 et seulement 20,3°C le 22, ce qui constitue la plus basse température maximale à la station pour un mois d’août (et vraisemblablement tous mois confondus) depuis au moins 1973 ! À l’aéroport international Alfredo-Vásquez-Cobo situé dans la municipalité de Leticia dans l’extrême sud de la Colombie, par 4°10’ de latitude S au milieu de la forêt amazonienne, la température a chuté de plus de 20°C en moins de 36 heures, pour atteindre seulement 14,8°C le 22 août, soit tout près du record absolu de froid à la station (14,0°C les 20-21 juillet 1975 et 15-16 août 1978). La température au plus chaud de la journée est passée de 35,9°C le 20 août à seulement 20,7°C le 23, alors que la moyenne mensuelle des températures maximales est de 30,6°C !
Des baisses tout aussi spectaculaires ont été observées dans les États du nord-ouest du Brésil, comme à l’aéroport de Porto Velho (8°46’S, État de Rondônia) où la température a chuté à 12,9°C le 22 août et n’a pas dépassé au plus chaud de la journée 19,3°C le 21 août contre 34,5°C la veille (soit 15°C en dessous de la moyenne mensuelle des températures maximales). Une baisse sensible des températures a également été enregistrée dans l’État d’Amazonas le 22 août, notamment à Manicoré (5°49’S), Manaus (3°07’S, capitale de l’État), Fonte Boa (2°32’S), Barcelos (0°59’S) et São Gabriel da Cachoeira (0°08’S, à proximité de la frontière avec le Venezuela) !

Grâce à l’imagerie satellitaire et malgré le peu d’observations météorologiques effectuées in situ et disponibles dans la partie septentrionale de l’Amérique du Sud, il est possible d’affirmer que l’air plus frais en basse couche a atteint finalement l’extrême sud du Venezuela et la frontière sud du Guyana le 22 août en fin de journée, et a donc franchi l’équateur géographique !


Le transport en masse de l’air froid polaire vers l’équateur avec une composante méridienne aussi marquée est un événement peu commun en Amérique du Sud. De l’air en provenance des hautes latitudes australes associé à un front froid n’a atteint l’équateur géographique qu’à de rares occasions, principalement lors des vagues de froid de juillet 1955, juillet 1973, juillet 1975, août 1978 et juillet 2011.
L’événement le plus remarquable et unique dans l’histoire s’est produit en juillet 1975 lorsqu’une puissante masse d’air froid (canalisée sur son flanc ouest par la cordillère des Andes) s’est écoulée du 13 au 21 juillet sur toute l’Amérique du Sud jusque sur les côtes de la mer des Caraïbes, à plus de 10° de latitude N et après un voyage de près de 10 000 km ! Au cours de cet événement (relativement bien documenté*), le front froid austral a donc franchi très nettement l’équateur géographique. Plus surprenant, l’air froid (plus lourd) en basse couche a franchi l’équateur météorologique (ou « zone de convergence intertropicale » où convergent des masses d’air chaudes et humides anticycloniques provenant des tropiques et advectées par les alizés des deux hémisphères), et ce malgré le brassage et l’ascendance convective de l’air chaud et humide qui prédominent au sein de cette zone de basses pressions quasi permanentes qui ceinturent la Terre**.

Illustrations extraites de F. C. Parmenter, « A Southern Hemisphere Cold Front Passage at the Equator », Bulletin of the American Meteorological Society (BAMS), 1976, vol. 57, n° 12, p. 1435-1440 : https://doi.org/10.1175/1520-0477(1976)057<1435:ashcfp>2.0.CO;2

À titre d’illustration, cet air plus froid a atteint la Guyane française à partir du 20 juillet 1975, faisant plonger les températures minimales et surtout maximales de plusieurs degrés sous les moyennes mensuelles (ce qui n’est pas anodin sous un climat chaud et humide de type équatorial où la température varie très peu tout au long de l’année) : la température a chuté à 18,0°C le 22 juillet à Saül (3°37’N, 219 m) et n’a pas excédé 27,1°C au plus chaud de la journée le 20 juillet ; à Maripasoula (3°38’N, 106 m) et à Camopi (3°10’N, 63 m), la température minimale a atteint respectivement 20,0°C et 19,4°C le 22 juillet, alors que la température maximale n’a pas dépassé respectivement 25,4°C le 20 juillet (7°C sous la moyenne mensuelle des Tmax) et 28,5°C le 21.

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À l’image de cet hiver 2020 tout au long duquel plusieurs épisodes chauds et froids ont alterné rapidement et favorisé de forts contrastes thermiques (mais aussi des disparités pluviométriques importantes) sur l’ensemble du continent sud-américain, les températures sont fortement remontées ce mardi 25 août dans le nord de l’Argentine (38,4°C à Las Lomitas) et au Paraguay (jusqu’à 39,3°C à Filadelfia) avant l’arrivée attendue d’une nouvelle masse d’air froid la première semaine de septembre qui pourrait réserver encore quelques surprises…
Prévisions des anomalies thermiques en Amérique du Sud et dans le monde pour le 1er septembre 2020.


____________________
* Signalons en particulier l’article fort intéressant de Frances C. Parmenter, « A Southern Hemisphere Cold Front Passage at the Equator », paru dans Bulletin of the American Meteorological Society (BAMS), 1976, vol. 57, n° 12, p. 1435-1440 : https://doi.org/10.1175/1520-0477(1976)057<1435:ashcfp>2.0.CO;2
** Rappelons ici que la trace au sol de l’équateur météorologique varie en latitude en fonction des saisons — vers le sud en hiver boréal (ou été austral) et vers le sud en hiver boréal (ou été austral) — et tend à suivre le mouvement apparent du Soleil de manière plus marquée sur les continents que sur les océans, avec un retard de l’ordre de 6 à 8 semaines qui correspond au laps de temps nécessaire à l’ensemble terre-atmosphère pour fournir une réponse thermique moyenne aux variations méridiennes du maximum de la source énergétique solaire.


dimanche 3 mai 2020

Extension de la banquise arctique dans la région du Svalbard et enneigement remarquable dans l’extrême nord de l’Europe

L’extension de la banquise dans l’Arctique au cours de l’hiver 2019-2020 a été la plus importante depuis 2013. Si elle s’est maintenue en dessous de la moyenne 1981-2010 à l’échelle de l’Arctique, elle a connu au contraire un accroissement tout à fait singulier dans la région du Svalbard* à compter du mois de mars.
Fin avril-début mai 2020, l’extension de la glace de mer autour de l’archipel norvégien est même une des plus importantes depuis la fin des années 1960 (au 6e rang le 29/04 et au 7e rang le 30/04). La banquise est également très présente autour de l’île aux Ours (Bjørnøya) à l’extrémité sud de l’archipel du Svalbard, ce qui est particulièrement rare à cette époque de l’année.

L’englacement a été favorisé et s’est intensifié à partir du mois de mars sous l’influence constante de masses d’air en provenance du nord et du nord-ouest du bassin arctique qui ont maintenu les températures quotidiennes en dessous des normales dans l’archipel du Svalbard. Le mois de mars 2020 a d’ailleurs été plus froid que la normale au Svalbard avec une température moyenne mensuelle de -16,2°C à Longyearbyen, soit 0,5°C en dessous de la normale mensuelle. Il s’agit même du 1er mois plus froid que la normale depuis novembre 2010, après 111 mois consécutifs avec des températures moyennes mensuelles supérieures aux normales !
L’englacement autour de l’archipel du Svalbard s’est maintenu favorablement par inertie thermique, même si le mois d’avril 2020 affiche un excédent thermique de +3,3°C à Longyearbyen, bien moindre cependant qu’en avril 2019 (+8,3°C).


Des températures inférieures aux normales en mars et en avril 2020 dans l’extrême nord de l’Europe continentale, associées à plusieurs passages perturbés, ont contribué également à un enneigement excédentaire.
Le 1er mai 2020, la couche de neige à Sodankylä Tähtelä (Finlande) atteignait encore 102 cm, soit un record absolu pour un début mai à la station depuis le début des mesures en 1911 !
L’enneigement est également remarquable en ce début mai 2020 dans le comté norvégien de Troms og Finnmark, en particulier à Tromsø, Bones-i-Bardu et Kautokeino.

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* La région maritime du Svalbard se situe à l’interface de plusieurs grands courants océaniques et aérologiques qui peuvent complexifier l’analyse et brouiller le signal en engendrant des rétroactions.
Le détroit de Fram entre la côte est du Groenland et l’archipel du Svalbard est notamment le point de rencontre entre le courant du Groenland oriental issu de la dérive transpolaire qui transporte de l’eau plus froide vers le sud et le courant du Spitzberg occidental issu du courant de Norvège et de la dérive nord-atlantique qui transporte de l’eau plus chaude et saline vers le nord. Plus au sud, l’île de Jan Mayen se situe au contact de ces deux courants de densité différente qui tentent de se mélanger en formant un courant hybride (gyre) qui tourne dans le sens contraire des aiguilles d’une montre.
Si la température et la salinité des eaux de surface du courant du Spitzberg occidental covarient imparfaitement, on observe toutefois une hausse sensible de la température depuis le début des années 1970 et une légère tendance à la hausse de la salinité, en raison d’un transport plus important vers le nord des eaux subtropicales chaudes de l’Atlantique conjointement à des advections d’air chaud plus puissantes lors des phases positives de l’oscillation nord-atlantique. Lorsque la région maritime du Svalbard est soumis à un régime de vent de secteur nord à nord-ouest (comme ce fut le cas durant tout le mois de mars 2020 en particulier), les apports en eau douce par la dérive transpolaire et les courants associés tendent à s’intensifier et la banquise à s’étendre davantage vers le sud.

> Plus d’infos sur la température et la salinité de l’eau dans le détroit de Fram sur : www.mosj.no/en/climate/ocean/temperature-salinity-fram-strait.html
Le site du MOSJ analyse également d’autres paramètres intéressants (épaisseur et extension de la glace de mer, apport en eau douce, hauteur du niveau de la mer) : cf. www.mosj.no/en/climate/ocean/


jeudi 10 octobre 2019

Fort contraste thermique entre le nord-ouest et le sud-est des États-Unis

De l’air anormalement froid a gagné le nord-ouest des États-Unis à la fin du mois septembre 2019, associé à des chutes de neige exceptionnellement intenses pour la saison du 27 au 30 septembre sur les contreforts orientaux des Rocheuses. Il est tombé notamment jusqu’à 132 cm en un peu plus de 3 jours à Babb (Montana), 49 cm en 2 jours à Great Falls (Montana) le 27-29 septembre (2e plus fort cumul de neige en 2 jours à la station tous mois confondus), dont 45 cm en 24h (record absolu en 24h tous mois confondus depuis le début des mesures à la station).
Dans le Montana, la température est descendue jusqu’à -17,2°C le 1er octobre 2019 à Browning et -12,8°C à Great Falls, où il n’avait jamais fait aussi froid si tôt dans la saison depuis le début des mesures en 1892 (précédent record de froid précoce : -12,2°C le 24/09/1926) !


A contrario, dans une grande moitié sud-est des États-Unis, on a observé un effet de balancier avec une masse d’air anormalement chaude et une puissante advection d’air chaud en direction du nord-est (avec des températures particulièrement élevées jusque dans le sud-est du Canada, avec notamment un nouveau record mensuel de 31,8°C enregistré le 1er octobre à l’aéroport international de Toronto).
Après un mois de septembre exceptionnellement chaud dans le sud des États-Unis (le plus chaud notamment à Austin, Dallas, Memphis, Miami, St Louis…), 80 stations du sud et de l’est du pays ont battu ou égalé leur record de chaleur pour un mois d’octobre (souvent plusieurs jours consécutivement et parfois de plus de 2°C).
Pas moins de 12 ÉTATS AMÉRICAINS + le DISTRICT DE COLUMBIA ont battu ou égalé leur record mensuel de chaleur entre le 1er et le 4 octobre 2019, soit autant qu’en décembre 1998 et mai 1934, mais davantage qu’en février 2018, août 1936, avril 1925 et mai 1911 (9 États à chaque fois). Pour trouver un nombre plus important d’États ayant battu un record mensuel de chaleur au cours d’un même mois, il faut remonter à novembre 1950 qui détient le record absolu (19 États), devant juillet 1936 (17) et mars 1907 (15).

RECORDS MENSUELS DE CHALEUR DANS 12 ÉTATS + le DISTRICT DE COLUMBIA :
  • ALABAMA : 41,1°C le 3 octobre à Manchester (précédent record : 39,4°C le 05/10/1954 à Troy)
    [à noter 40,6°C les 1er, 2 et 3 octobre à Marion / Vaiden Field Airport] ;
  • MARYLAND : 38,3°C le 2 octobre à St Inigoes / Webster NOLF Airport (précédent record : 37,2°C à plusieurs reprises dans différentes stations) ;
  • DELAWARE : 36,7°C le 2 octobre à Wilmington Airport (précédent record : 36,1°C les 05 et 06/10/1941 à Bridgeville) ;
  • DISTRICT DE COLUMBIA : 36,7°C le 2 octobre à Washington DC (précédent record : 35,6°C le 05/10/1941) ;
  • NEW JERSEY : 36,1°C le 2 octobre à Millville / Municial Airport = record mensuel de l’État égalé (36,1°C le 05/10/1941 à Flemington et à Tuckertown) ;
  • NEW YORK : 35,0°C le 2 octobre à La Guardia et à JFK Airports = record mensuel de l’État égalé (35,0°C le 02/10/1927 à Danville) ;
  • MISSISSIPPI : 40,0°C le 3 octobre à Columbus [38,9°C le 2 octobre] (précédent record : 38,3°C le 01/10/2019 à Meridian Regional Airport et à d’autres reprises dans 6 autres stations)
    [à noter 38,9°C les 2 et 3 octobre à Meridian Regional Airport (Key Field)] ;
  • TENNESSEE : 37,8°C les 2 et 3 octobre à Chattanooga / Lovell Airport et le 2 octobre à Dayton (précédent record : 37,2°C à 3 reprises dans différentes stations)
    [à noter 40,0°C le 4 octobre à Woodbury 1 WNW, mais cette valeur paraît suspecte] ;
  • FLORIDE : 38,3°C le 3 octobre à Crestview / Bob Sikes Airport (précédent record : 37,8°C le 01/10/1904 à Molino, les 01 et 02/10/1904 à Orange City) ;
  • CAROLINE DU SUD : 40,6°C* les 3 et 4 octobre à Pelion 0.8 NW [39,4°C le 2 octobre] (précédent record : 39,4°C le 05/10/1954 à Little Mountain) [* valeur néanmoins suspecte qui reste à confirmer] ;
  • KENTUCKY : 39,4°C les 3 et 4 octobre à Nolin River Lake (précédent record : 36,7°C à 3 autres reprises dans différentes stations) ;
  • GÉORGIE : 39,4°C le 4 octobre à Macon / Lewis Wilson Airport = record mensuel de l’État égalé (39,4°C le 05/10/1954 à Louisville) ;
  • VIRGINIE : 38,9°C le 4 octobre à South Boston (précédent record : 38,3°C le 06/10/1941 à Walkerton).

Notons que l’État de Caroline du Nord a également été tout près d’égaler son record mensuel de chaleur avec 38,3°C le 4 octobre à Laurinburg (contre 38,9°C le 06/10/1954 à Albemarle).

Plus globalement, après un mois de septembre 2019 extrêmement chaud à l’échelle mondiale (le plus chaud depuis le début des mesures, devant septembre 2016), ce début de mois d’octobre est marqué par de fortes anomalies thermiques dans l’hémisphère nord : de très nombreux records mensuels de chaleur ont été battus sur des zones géographiques remarquablement étendues, avec une dizaine de records mensuels nationaux battus ou égalés au cours des 4 premiers jours du mois ! (Cf. liste des records mensuels nationaux en 2019)
L’hémisphère nord a notamment enregistré un nouveau record de chaleur pour un mois d’octobre avec 47,6°C le 1er octobre à Al-Wafra, dans le sud du Koweït (précédent record : 47,2°C le 02/10/1980 à Mecca [sud de la Californie, États-Unis]) ! Il s’agit également de la 2e plus haute température jamais enregistrée dans le monde en octobre derrière le record de 48,4°C du 27/10/2015 à Vredendal (Afrique du Sud).
Les plus fortes anomalies thermiques positives ont été observées dans les régions arctiques, en particulier dans le nord du Groenland et l’extrême nord du Nunavut (Canada) où l’on a relevé jusqu’à 4,9°C le 1er octobre à Alert par plus de 82° de latitude N, une valeur située plus de 15°C au dessus des normales, la deuxième plus forte température jamais enregistrée en octobre (derrière les 5,3°C du 18/10/2006).

vendredi 10 mai 2019

Un déficit thermique persistant sur une grande partie de l’Amérique du Nord

En raison d’un afflux incessant d’air froid en provenance de l’Arctique à l’est des Rocheuses, des températures anormalement basses sont enregistrées depuis le début de l’année 2019 sur une large moitié sud du Canada et le nord des États-Unis, sur les Prairies canadiennes et les Grandes Plaines nord-américaines en particulier.


Les plus fortes anomalies négatives sont observées dans les États américains du Montana, du Dakota du Nord et du Dakota du Sud. À l’échelle de la région climatique du nord des Rocheuses et des Grandes Plaines (Northern Rockies and Plains, cf. figure ci-dessus), il n’avait pas fait aussi froid en moyenne depuis 1982 sur les 4 premiers de l’année, depuis 1979 sur les 3 premiers mois de l’année, ou encore depuis 1936 sur la période février-mars ! Depuis le début des mesures en 1895, la période février-avril se place au 4e rang des plus froides dans la région, au 3e rang pour la période février-mars et le mois de février 2019.
Le déficit thermique est particulièrement significatif dans l’État du Montana puisque la période février-mars 2019 se classe au 3e rang des plus froides depuis 1895 (comme dans le Dakota du Sud) — mais la plus froide depuis 1936 —, avec une température moyenne de -9,3°C (soit 5,7°C en dessous de la moyenne 1901-2000), contre -10,9°C en 1936 et -11,2°C en 1899. Certaines stations du Montana ont d’ailleurs enregistré leur plus basse moyenne thermique sur la période février-mars depuis le début des mesures, comme Missoula avec -5,0°C (précédent record depuis 1894 : -4,6°C en 1936), Billings avec -7,0°C (précédent record depuis 1935 : -6,7°C en 1936), Helena avec -9,9°C à Helena (précédent record depuis 1939 : -8,2°C en 1989), ou encore Bozeman avec -10,3°C (précédent record depuis 1942 : -9,8°C en 1979).

Après une vague de froid particulièrement sévère durant la seconde moitié du mois de janvier sur l’Amérique du Nord et le nord des États-Unis en particulier — au cours de laquelle l’État de l’Illinois a enregistré un nouveau record absolu de froid —, le mois de février 2019 a été particulièrement froid à l’est des Rocheuses, dans les Grandes Plaines et les Prairies canadiennes (provinces de l’Alberta et du Saskatchewan) : il se classe au 2e rang des plus froids depuis 1895 dans le Montana (2e rang dans le Dakota du Nord, 3e rang dans le Dakota du Sud) avec une température moyenne mensuelle de -14,9°C, derrière février 1936 (-19,9°C). Il se classe notamment au 2e rang des plus froids à Cut Bank depuis 1903 avec une Tm de -19,9°C (contre une normale mensuelle de -4,3°C), à Great Falls depuis 1891 avec -17,9°C (normale mensuelle de -2,6°C), à Havre depuis 1889 avec -21,1°C (normale mensuelle de -5,4°C), à Lewistown depuis 1896 avec -16,8°C (normale mensuelle de -3,5°C), mais au 1er rang à Dillon depuis 1939 avec une Tm de -12,3°C (normale mensuelle de -3,2°C).
Les anomalies thermiques mensuelles ont atteint dans certaines stations du Montana des valeurs rarement observées dans le monde (voire inédites en ce qui concerne les anomalies négatives) : les stations de Great Falls, Cut Bank et Havre ont enregistré respectivement un écart à la normale mensuelle de -15,3°C, -15,6°C et -15,7°C en février 2019. Le contraste est saisissant avec les anomalies thermiques positives observées le mois en suivant dans le nord-ouest du Canada : on a relevé notamment un écart à la normale mensuelle (1981-2010) de +14,4°C* à Inuvik Airport (Territoires du Nord-Ouest) en mars 2019, ce qui constitue un record absolu à la station (précédent record : +12,7°C en janvier 1981) et la plus forte anomalie positive pour un mois de mars à l’échelle nationale (précédent record : +11,3°C en mars 1958 à Mistassisi Post [Québec]) !

Au Canada, l’aéroport international de Calgary (Alberta) a connu son mois de février le plus froid depuis 1936 avec une température moyenne mensuelle de -18,2°C, battant février 1979 (-16,8°C). Depuis le début des mesures en 1885 (et avec les réserves d’usage concernant la fiabilité des données avant 1945), il s’agit du 4e mois de février le plus froid à Calgary derrière février 1904 (-18,4°C), février 1887 (-20,1°C) et février 1936 (-24,5°C).
Légèrement plus au nord, l’aéroport international d’Edmonton (Alberta) a connu son 2e mois de février le plus froid depuis le début des mesures en 1961 avec une température moyenne mensuelle de -22,5°C, seulement devancé par février 1979 (-22,9°C).
Des températures particulièrement basses ont été enregistrées durant la première décade du mois de février 2019 dans le sud et le centre du Saskatchewan : on a relevé notamment jusqu’à -46,5°C le 8 février à Coronach (756 m), soit la plus basse température jamais enregistrée à la station depuis 1971, ou encore -42,5°C le 6 février à Saskatoon SRC qui enregistre ainsi un nouveau record mensuel de froid (précédent record : -41,1°C le 06/02/1976).

Une nouvelle vague de froid est intervenue au début du mois de mars 2019, avec à la clé un nouveau record mensuel de froid pour l’État du Montana : la température est descendue jusqu’à -43,3°C le 4 mars à Elk Park, battant le précédent record de -42,8°C enregistré le 12/03/1897 à Glasgow Number 2 et en mars 1906 à Fort Logan. Des températures glaciales ont été observées les 2, 3 et 4 mars dans le centre nord et le sud-ouest du Montana, en particulier dans la région de Great Falls, avec des températures ressenties proches de -50 (notamment à Malta et à Jordan le 2 mars).
La température est descendue à -39,4°C le 4 mars à Logan Landfill et surtout à l’aéroport international de Bozeman Yellowstone (Gallatin Field Airport) qui pulvérise son précédent record mensuel de froid depuis le début des mesures en 1892 (-32,8°C le 10/03/1932), tout en le battant consécutivement à deux autres reprises (-35,6°C le 3 mars et -36,1°C le 5 mars) !
D’autres stations ont battu ou égalé leur record mensuel de froid, comme Lewistown Airport avec -36,7°C le 3 mars qui pulvérise son précédent record mensuel de froid depuis le début des mesures en 1896 (-33,3°C à plusieurs reprises), ou encore Great Falls Airport avec -35,6°C le même jour, égalant le record mensuel de froid officiel depuis le début des mesures en 1886 (-35,6°C le 10/03/1932 ; record mensuel non officiel : -39,4°C le 03/03/1891).

Le froid a perduré sur le nord du Canada au mois d’avril et ce jusqu’au début de ce mois de mai 2019 : le froid s’est attardé notamment sur le Québec. On relevait encore -31,1°C le 8 avril à l’aéroport de Schefferville, -20,3°C le même jour à Sept-Îles [-22,2°C à l’aéroport de Sept-Îles] (les -20°C les plus tardifs toutes stations confondues à Sept-Îles depuis 1945) et -22,6°C le 1er mai à l’aéroport Radisson La Grande Rivière, la station pulvérisant à cette occasion son record mensuel de froid depuis le début des mesures en 1977 (-14,4°C le 01/05/2003) !
Enfin, à Montréal les températures moyennes mensuelles sont restées inférieures aux normales mensuelles 1981-2010 durant 7 mois consécutifs (d’octobre 2018 à avril 2019 ; seul le mois de décembre a égalé la normale mensuelle) ; la température n’a atteint les 20°C à Montréal qu’à partir du 5 mai, une première aussi tardivement depuis 1989.




Des températures anormalement basses associées à des précipitations excédentaires


Les précipitations hivernales ont été particulièrement abondantes dans l’Upper Midwest (au 5e rang depuis 1895 sur la période janvier-avril, mais au 1er rang sur la période janvier-février), en particulier en raison d’un mois de février 2019 particulièrement humide. Eau Claire (dans le Wisconsin) a notamment enregistré en février 2019 son mois le plus neigeux tous mois confondus avec un cumul de 136,4 cm.
Les précipitations hivernales ont également été excédentaires plus à l’ouest, en particulier dans le Montana où il est tombé 464,8 mm en février 2019 à Black Bear, ce qui constitue un record mensuel pour l’État du Montana (précédent record : 438,2 mm à Poorman Creek en février 1979) !
Les précipitations se sont produites le plus souvent sous forme neigeuse, notamment à Great Falls (cumul mensuel de 82 cm, jusqu’à 107 cm au sud de la ville) et à Bozeman (mois de février le plus neigeux à l’aéroport international de Bozeman Yellowstone).

Bref, un mois de février particulièrement humide dans le Montana mais aussi à l’échelle nationale (au 2e rang depuis 1895), qui ponctue l’hiver météorologique le plus humide depuis le début des mesures à l’échelle des États-Unis contigus avec un cumul moyen national de 228,9 mm (soit un excédent de +33% par rapport à la moyenne), juste devant l’hiver 1997-1998 avec 228,3 mm.

Notons par ailleurs que les États-Unis ont enregistré la plus forte pluviométrie à l’échelle des 48 États contigus sur une période glissante de 12 mois, de mai 2018 à avril 2019 : le cumul moyen national s’élève à 919,5 mm (précédent record : 908,8 mm d’avril 2015 à mars 2016).
Ce record s’inscrit dans une tendance à la hausse de la pluviométrie dans le pays à l’échelle annuelle depuis 1895. Selon l’US National Assessment, les précipitations annuelles ont augmenté de 4% sur la période 1901-2015 à l’échelle nationale (Alaska et Hawaï compris).

On notera enfin que les précipitations ont également été excédentaires sur les 4 premiers mois de l’année 2019 dans tout l’ouest des États-Unis, en particulier en février (qui se classe au 3e rang des mois de février les plus humides depuis 1895), avec notamment d’importantes chutes de neige au début du mois sur la Sierra Nevada : il est tombé (non officiellement) jusqu’à 183 cm (72 inches) de neige fraîche en 24h à la station de ski de June Mountain le 2-3 février 2019 (9h-9h AM), le record officiel pour l’État de Californie étant de 170 cm (67 inches) le 05/01/1982 à Echo Summit (au sud du lac Tahoe).









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* Une des plus fortes anomalies thermiques positives observées à l’échelle mensuelle dans le monde. Le record est vraisemblablement détenu par la station russe Ostrov Vize avec une anomalie de +14,8°C en janvier 2016 par rapport à la moyenne mensuelle calculée depuis 1945, mais qui s’élève à +17,3°C par rapport à la normale mensuelle calculée sur la période 1961-1990 !

samedi 19 janvier 2019

Cumuls de neige remarquables en Autriche et sur le versant nord de l’arc alpin

Dans un flux de nord à nord-ouest particulièrement vigoureux et durablement établi, de fortes chutes de neige se sont produites durant la première quinzaine du mois de janvier 2019 sur le versant nord de l’arc alpin (parfois plus de 2 m en seulement quelques jours), des Alpes franco-suisses aux Carpates orientales (la chaîne des Tatras notamment).
Ces précipitations dites « de barrage » (c’est-à-dire par effet orographique) sur le versant nord des Alpes ont atteint une intensité remarquable sur les Alpes autrichiennes, notamment dans les régions (Land) du Tyrol, de Salzbourg, de Haute-Autriche et de Styrie où les chutes de neige cumulées sur 15 jours ont atteint localement des records, avec des durées de retour parfois supérieures à 100 ans.
À titre d’exemples, il est tombé du 1er au 15 janvier 2019 :
  • 451 cm à Hochfilzen (Tyrol) = record absolu en 15 jours depuis le début des mesures en 1971 et une durée de retour > 100 ans ;
  • 283 cm à Seefeld (Tyrol) = record absolu en 15 jours depuis 1895 et une durée de retour > 100 ans ;
  • 270 cm à Bad Mitterndorf (Styrie) = record absolu en 15 jours depuis 1971 et une durée de retour de 100 ans ;
  • 240 cm à Abtenau (Salzbourg) = record absolu en 15 jours depuis 1964 et une durée de retour > 100 ans ;
  • 168 cm à Kufstein (Tyrol) = record absolu en 15 jours depuis 1923 et une durée de retour > 100 ans.


Les risques d’avalanche sont extrêmes dans les Alpes autrichiennes, les hauteurs de neige atteignant des valeurs remarquables au-dessus de 1500 m d’altitude. On a relevé notamment 360 cm le 14 janvier (matin) à Alpinzentrum Rudolfshuette (2317 m, parc national des Hohe Tauern), 439 cm le 15 janvier (matin) à Seegrube (1921, Tyrol, station surplombant la ville d’Innsbruck), 470 cm le 14 janvier (soir) à la station de Rettenbachferner (2970 m, Tyrol) et plus de 5 m depuis le 10 janvier dans le massif Mort [Totes Gebirge] situé en limite de la Styrie et la Haute-Autriche (530 cm le 15 janvier à la station de ski de Loser-Altaussee à 1800 m d’altitude et 250 cm à 800 m [502 cm le 10 janvier à 1573 m !]).
Hauteurs de neige relevées dans la station autrichienne de Loser-Altaussee (à 800 et 1800 m d’altitude)
du 21 décembre 2018 au 19 janvier 2019.
[Source : www.skigebiete-test.de/schneehoehe/skigebiet/loser-altaussee.html#snow-history]
Comme on peut le voir aussi sur cette vidéo tournée le 16 janvier 2019 depuis un hélicoptère, le refuge de Reichenstein sur la commune d’Eisenerz, situé à 2316 m d’altitude dans les Alpes d’Ennstal (Styrie, Autriche) a quasiment disparu sous une épaisse gangue de neige :
 

Les hauteurs de neige ont atteint aussi localement des valeurs remarquables à plus basse altitude : on a relevé notamment une épaisseur de neige au sol de 190 cm le 12 janvier à Lackenhof am Ötscher (809 m, Basse-Autriche), un record depuis 1923, juste derrière le record absolu pour un mois de janvier depuis le début des mesures en 1919-1920 (210 cm en janvier 1923) !



mercredi 9 janvier 2019

L’hiver au cœur de l’été dans le sud du Chili

Avec l’arrivée d’une masse d’air polaire en plein cœur de l’été sur le sud de l’Amérique du Sud ces derniers jours, les températures ont sensiblement baissé sous les normales en Argentine et au Chili, notamment dans les régions chiliennes de Los Ríos, de l’Araucanie et de Los Lagos. Dans ces régions situées dans la partie sud du pays les températures sont descendues localement en dessous de 0°C jusqu’à très basse altitude. Selon la Direction météorologique du Chili, plusieurs stations ont même enregistré le 10 janvier leur plus basse température minimale pour un mois de janvier depuis plus de 60 ans, en particulier Valdivia (18 m, Los Ríos) avec -0,4°C, Temuco (114 m, Araucanie) avec -0,2°C, Osorno (Los Lagos) avec -0,2°C et Puerto Montt (85 m, Los Lagos) avec 0,8°C. Plus à l’intérieur des terres dans la province de Valdivia, la température est même descendue le même jour jusqu’à -1,5°C à Paillaco.


Selon le climatologue Maximiliano Herrera, la température minimale (-0,4°C) relevée le 10 janvier à Valdivia (39° de latitude S) constitue un record de froid plus remarquable encore : c’est la première fois que l’on observe une température négative au niveau de la mer en dessous de 40° de latitude au cœur de l’été, aussi bien en janvier dans l’hémisphère sud qu’en juillet dans l’hémisphère nord !

Le froid a gagné aussi les régions centrales du Chili : on a relevé le 10 janvier au petit matin seulement 9,0°C à Santiago/Quinta Normal (520 m), soit la plus basse température dans la capitale au mois de janvier depuis près de 15 ans. La veille, la température n’avait pas dépassé les 20,9°C au plus chaud de la journée dans la capitale, un record de fraîcheur diurne pour un mois de janvier depuis plus de 20 ans.

Ce froid très inhabituel au cœur de l’été austral s’est accompagné également de chutes de neige jusqu’à moyenne altitude sur les reliefs du sud de l’Amérique du Sud, notamment dans le nord de la Patagonie en Argentine comme on peut le voir sur cette vidéo tournée le 8 janvier sur les pentes du Cerro Otto sur la commune de San Carlos de Bariloche : https://twitter.com/SMN_Argentina/status/1082763699755065349


vendredi 2 novembre 2018

Première offensive hivernale en Europe de l’Ouest et au Maghreb fin octobre 2018

Après un temps exceptionnellement chaud, sec, ensoleillé et anticyclonique dans la continuité du mois de septembre 2018, les conditions météorologiques ont radicalement changé dans l’ouest de l’Europe à la fin du mois d’octobre avec l’arrivée d’une masse d’air froid en provenance directe de l’Arctique, qui s’est traduite par une chute brutale des températures, des chutes de neige précoces sur les principaux massifs (y compris jusqu’à basse altitude) et un temps extrêmement perturbé dans les régions de Méditerranée occidentale avec des épisodes pluvio-orageux particulièrement intenses accompagnés de fortes rafales de vent.

L’intensité de cette descente massive d’air polaire maritime sur toute l’Europe de l’Ouest et le proche Atlantique jusqu’au Maghreb était prévisible au regard des pressions extrêmement élevées observées les jours précédents au-dessus du Groenland. Ces hautes pressions (supérieures à 1060 hPa le 26 octobre au centre de l’inlandsis groenlandais) étaient associées à de l’air extrêmement froid : la température est descendue jusqu’à -55,4°C ce jour-là à la station danoise de Summit (3202 m), qui a battu à cette occasion de 0,2°C son précédent record mensuel de froid, à un peu plus de 2°C de la plus basse température jamais enregistrée au Groenland au mois d’octobre (-57,8°C à NorthGRIP).

La fin du mois d’octobre 2018 a été marquée par un contraste thermique saisissant, entre l’ouest de l’Europe et le Maghreb sous l’influence directe d’un puissant flux de nord avec froid et neige et un grand tiers sud-est du continent européen sous l’influence d’un flux de sud chaud et anticyclonique. À titre d’illustration, on relevait une température minimale nocturne de 17,6°C le 30 octobre au matin à Nowy Sącz (292 m) dans le sud de la Pologne et 18,1°C à Elek (94 m) dans le sud-est de la Hongrie, contre seulement 6,5°C à Gabès (120 m) sur la côte sud-orientale de la Tunisie !
Notons que les températures sont restées anormalement élevées au début du mois de novembre 2018 dans le centre et l’est de l’Europe, toujours sous l’influence d’un flux de sud anticyclonique. La Hongrie a d’ailleurs enregistré un nouveau record de chaleur pour un mois de novembre avec 25,8°C le 1er novembre à Körösszakál dans l’est du pays (précédent record : 25,5°C le 08/11/1997 à Debrecen).

D’une chaleur estivale tardive à un froid hivernal précoce

Toute l’Europe de l’Ouest est passée sans transition de conditions franchement estivales (avec de nombreux records de chaleur tardive, voire localement des records mensuels de chaleur) à des conditions hivernales.
En France par exemple, la moyenne quotidienne nationale des températures maximales n’avait jamais été mesurée à un niveau aussi élevé aussi tard le 13 octobre et à un niveau aussi bas aussi tôt le 29 octobre (sur la période 1947-2018). La moyenne de 25,8°C du 13 octobre constitue un record de chaleur pour une mi-octobre (précédent record : 25,0°C le 16/10/2017), alors que la moyenne de 7,9°C du 29 octobre égale le record mensuel de froid des 31/10/1974 et 31/10/1956 ! Ce 29 octobre, les températures ont atteint des valeurs inférieures de 10 à 14°C aux moyennes d’une fin octobre, même légèrement inférieures aux moyennes d’un mois de janvier dans le Sud-Ouest notamment, où la station de Bordeaux-Mérignac a enregistré une séquence inédite depuis 1921 de 2 jours consécutifs avec une température maximale quotidienne inférieure à 7°C (6,9°C le 28 octobre et 6,3°C le 29). Même si la plus basse température maximale pour un mois d’octobre n’a pas été battue à la station bordelaise (4,0°C le 27/10/1931), il fallait remonter à octobre 1985 pour trouver une température maximale plus basse en octobre (6,0°C le 29/10/1985).
© Étienne Kapikian via Twitter
De nombreuses autres stations françaises ont enregistré leur plus basse température maximale pour un mois d’octobre, notamment le 29 octobre, comme Millau avec 1,4°C (contre 2,3°C le 31/10/1966), Rodez avec 1,9°C (contre 2,0°C le 29/10/1974), Limoges avec 3,3°C (contre 3,6°C le 24/10/2003), Niort avec 5,3°C (contre 5,9°C le 28/10/2003), La Roche-sur-Yon avec 5,6°C (contre 6,8°C le 28/10/2003), ou encore Sète avec 7,6°C (contre 7,9°C le 26/10/2003). À Sète (Hérault) en particulier, on est passé d’une température maximale de 27,1°C le 24 octobre (record de chaleur pour la 2e décade du mois d’octobre [précédent record : 26,6°C le 29/10/2006], proche de la normale de juillet) à une température maximale de 7,6°C le 29 octobre (Tx la plus basse en octobre depuis le début des mesures à la station [précédent record : 7,9°C le 26/10/2003], inférieure à la normale de janvier [10,8°C]) !

D’autres pays européens ont connu une chute brutale des températures dans les derniers jours du mois d’octobre 2018. C’est le cas notamment de la Suisse, seulement quelques jours après avoir enregistré un nouveau record national de chaleur pour un mois d’octobre le 24 octobre dans le canton du Tessin, où la température est montée par effet de foehn de nord jusqu’à 30,8°C à Ascona et 30,5°C à Locarno-Monti (des valeurs d’autant plus remarquables pour une fin octobre que le précédent record mensuel national avait été enregistré au tout début du mois d’octobre 1997 avec 29,9°C le 1er à Grono dans le canton des Grisons). À Locarno-Monti, la température maximale est passée de 30,5°C le 24 octobre à 17,9°C le 26 puis 13,2°C le 29.

Les îles Britanniques n’ont pas échappé à cette baisse brutale des températures. Alors qu’on relevait jusqu’à 26,5°C le 13 octobre à Donna Nook dans le comté de Lincolnshire en Angleterre (Tx la plus élevée jamais observée aussi tard au Royaume-Uni), la température n’a pas dépassé au Royaume-Uni au plus chaud de la journée les 10,4°C le 27 à Langdon Bay (comté de Kent, Angleterre) [et seulement 8,3°C à Donna Nook]. La nuit du 29 au 30 octobre a été la plus froide avec des températures minimales négatives sur une grande partie du Royaume-Uni où l’on a relevé jusqu’à -7,3°C à Sennybridge (au pays de Galles) et à Shap (dans le nord-ouest de l’Angleterre).
En Irlande, la température est descendue jusqu’à -4,3°C le 30 octobre à l’aéroport de Dublin dans l’est du pays, qui enregistre à cette occasion sa plus basse température pour un mois d’octobre depuis le début des mesures à la station en 1939 !

Le froid a touché également la péninsule Ibérique et l’Espagne en particulier, du nord du pays jusqu’en Andalousie dans le sud, avec des températures anormalement basses les 28 et 29 octobre et quelques records mensuels de froid en prime. On a relevé notamment une température minimale de 2,9°C le 28 octobre et 2,3°C le 29 à Pontevedra en Galice (nord-ouest de l’Espagne), qui améliore à deux reprises son précédent record mensuel de froid depuis le début des mesures à la station en 1985 (4,2°C le 29/10/2012). En Andalousie, où l’on a relevé jusqu’à -1,3°C le 29 octobre à Láujar de Andarax (1518 m) et -1,1°C le même jour à l’aéroport de Grenade (567 m), Jaén a enregistré sa plus basse température minimale depuis le début des mesures en 1983 avec seulement 4,2°C le 28 octobre (précédent record : 4,4°C le 28/10/2012).
Plusieurs stations espagnoles ont également enregistré leur plus basse température maximale pour un mois d’octobre au cours de la journée du 28 octobre, comme Teruel (communauté autonome d’Aragon) avec seulement 5,3°C (contre 6,4°C en octobre 1992), Lugo (Galice) avec 6,6°C (contre 9,3°C en octobre 2003), l’aéroport des Asturies (principauté éponyme) avec 8,2°C (contre 9,9°C en octobre 2003), Jaén (Andalousie) avec 9,1°C (contre 10,0°C en octobre 1992) et l’aéroport de Cordoue (Andalousie) avec 13,8°C (contre 14,4°C en octobre 1988).

L’air froid a gagné des latitudes plus méridionales et atteint le Maghreb.
À Melilla, enclave espagnole sur la côte septentrionale du Maroc, la température est descendue à 9,4°C le 28 octobre, égalant ainsi le record mensuel de froid à la station depuis le début des mesures en 1970 (9,4°C le 31/10/1974). Plus à l’ouest, dans la cité espagnole autonome de Ceuta sur la côte nord de l’Afrique dans le détroit de Gibraltar, la température est descendue à 9,0°C le même jour.
En Tunisie, après un coup de sirocco le 29 octobre, l’air froid a envahi le pays par le nord-ouest le lendemain. La température est descendue notamment à 6,5°C le 30 octobre à Gabès (120 m) sur la côte sud-orientale du pays, ce qui constitue un record mensuel de froid à la station depuis le début des mesures (fiables) en 1957 (le précédent record étant a priori de 8,2°C le 23/10/1996).
En Algérie, le fléchissement des températures a été ressenti jusque dans le centre du pays : on a relevé 5,9°C le 30 octobre à Ouargla (141 m, 31°55’N), 6,0°C le 30 à Hassi-Messaoud (142 m, 31°40’N), 6,5°C le 30 à El Golea (397 m, 30°34’N), 7,0°C le 30 à Tindouf (449 m, 27°42’N) et 9,5°C le 1er novembre à In-Salah (269 m, 27°14’N).


Un temps très perturbé dans le sud-ouest de l’Europe et au Maghreb

L’irruption par le nord-ouest d’un air sensiblement plus froid au-dessus des eaux plus chaudes de la Méditerranée s’est traduite par une forte instabilité aérologique et un temps très perturbé dans le bassin occidental de la Méditerranée et en mer Ligure notamment.
Dans un fort courant de sud-est à l’avant de la masse d’air froid, de l’air doux et humide est remonté en direction du littoral méditerranéen français, du nord-ouest de l’Italie jusqu’au versant sud des Alpes. Une profonde dépression baptisée "Adrian" s’est creusée rapidement le 29 octobre entre les Baléares et la Corse, avant de remonter vers le nord-est en direction du golfe de Gênes. Comme on peut l’observer sur l’image satellite du canal vapeur d’eau (ci-contre, en bas à droite), cette dépression s’est creusée en sortie gauche d’un puissant courant-jet : l’intrusion d’air sec associée à l’anomalie de basse tropopause et au violent courant-jet est très nettement visible sur l’image.
Au passage de la tempête, la pression atmosphérique est descendue en Corse à 979 hPa à Calvi, ce qui constitue la plus basse pression observée sur l’île de Beauté au mois d’octobre, non loin du record absolu (975 hPa au cap Corse le 05/03/2009). Estimé à 974 hPa le 29 octobre à 19h au large de Nice par Météociel, le minimum dépressionnaire est passé tout près d’Imperia en Ligurie (Italie), où une station du réseau MeteoNetwork sur la commune de San Bartolomeo al Mare (20 m) a enregistré une pression minimale de 972,3 hPa, avant de faire un bond de +9,7 hPa en 30 minutes. Il s’agit sans aucun doute d’une des plus basses pressions observées dans le golfe de Gênes, voire un record absolu.
En raison du fort gradient de pression, des vents très violents ont balayé la Corse le 29 octobre en fin d’après-midi (l’île de Beauté ayant été placée en vigilance rouge par Météo France quelques heures plus tôt, avant de gagner la Côte d’Azur et le sud des Alpes en soirée. Les rafales ont généralement été comprises entre 100 et 130 km/h, localement 150 à 190 km/h sur les côtes avec 176 km/h à Marignana (Corse-du-Sud), 188 km/h au cap Corse et à L’Île Rousse (Haute-Corse), et jusqu’à 189 km/h au cap Pertusato (Corse-du-Sud) [une rafale qui surpasse celle relevée au cap Corse (188 km/h) lors de la tempête du 28/10/2012]. À Ajaccio (Corse-du-Sud), les rafales ont atteint 117 km/h. Depuis le début des mesures en 1981, cette valeur n’avait été dépassée que lors de la tempête du 28/12/1999 avec une rafale à 122 km/h.
De violentes rafales tornadiques ont causé des dégâts aux habitations et à la végétation dans les secteurs d’Aléria (dans l’est de l’île) et de Porto-Vecchio (en Corse-du-Sud), tandis que la mer déchaînée a semé le chaos dans la baie d’Ajaccio.

La profonde dépression Adrian est remontée en direction de la Côte d’Azur, où de violentes rafales de vent (associés à une tornade) ont provoqué de gros dégâts sur la commune de Tanneron dans le Var. De fortes pluies se sont abattues sur le littoral qui ont causé d’importantes inondations dans le Var et les Alpes-Maritimes. Cet épisode pluvio-orageux vient ponctuer un mois d’octobre particulièrement arrosé dans les régions méditerranéennes : à titre d’exemple, Le Luc a enregistré un record de pluviométrie tous mois confondus depuis 1946 avec un cumul mensuel de 552,5 mm (précédent record : 527,0 mm en novembre 2014 ; précédent record en octobre : 360,6 mm en 1976), dont 167 mm en l’espace de 36 heures (soit l’équivalent en moyenne de 51 jours de précipitations).
Plus à l’est, les intempéries ont fait plus d’une dizaine de victimes dans le nord de l’Italie et d’importants dégâts dus aux glissements de terrain et aux fortes rafales de vent. De nombreux arbres ont été abattus sous la violence du vent, notamment dans le Trentin-Haut-Adige dans le nord-est du pays (comme on peut le voir sur ces photos) et dans le parc national des Dolomites Bellunesi en Vénétie (cf. cette vidéo), mais également à Rome sur la côte tyrrhénienne (comme on peut le constater sur cette vidéo). La mer déchaînée a causé également la désolation dans le golfe de Gênes (cette vidéo réalisée par Rodrigo Contreras Lopez montre l’étendue des dégâts à Rapallo dans la ville métropolitaine de Gênes).
Pont au-dessus du Piave le 30 octobre 2018
© Meteo Da Correggio

En Vénétie, le niveau du Piave est monté de 10 m (cf. photos ci-contre) à la suite des fortes précipitations dans le nord-est de l’Italie les 23-30 octobre, causant d’importantes inondations. Comme on peut aussi l’observer sur l’image satellite Sentinel-2 du 31 octobre, les fleuves du nord-est de l’Italie ont déversé de grandes quantités de sédiments dans le golfe de Venise situé à l’extrémité nord de la mer Adriatique, entre le delta du Po et la péninsule d’Istrie. On remarque en particulier, au nord-est de Venise, le panache turbiditique (en brun) généré par la crue du Piave à son embouchure.
Par ailleurs, la cité lacustre de Venise a été inondée à près de 70% le 29 octobre en raison d’un intense phénomène d’acqua alta provoqué par le fort vent du sud conjugué aux fortes marées. Le niveau de l’eau à la station de mesure de Punta della Salute a atteint 156 cm, égalant le niveau atteint le 1er décembre 2008. La cité a enregistré des niveaux supérieurs seulement 3 fois depuis 1872 : 158 cm le 01/02/1986, 166 cm le 22/12/1979 et 194 cm le 04/11/1966.
Notons que le niveau est qualifié d’exceptionnel lorsqu’il atteint 140 cm (la cité étant alors inondée à 55%) : il a été atteint seulement 1 fois entre 1872 et 1950, 1 fois tous les 5 à 10 ans à la fin du vingtième siècle et 10 fois (en comptant l’événement récent) au cours des deux dernières décennies.

Avec l’abaissement des températures, la neige est tombée sur les principaux massifs français, en particulier sur les Alpes et le Massif Central, jusqu’à basse altitude, notamment à Saint-Étienne-Bouthéon (à 400 m) où l’on a relevé 17 cm le 29 octobre au soir (un record pour un mois d’octobre à la station). Les importantes chutes de neige en Haute-Loire et dans la Loire ont paralysé le trafic routier dans la nuit du 29 au 30 octobre : un millier de personnes ont été bloquées par la neige sur l’autoroute A89 et la RN88 et sur certaines routes du réseau secondaire. Au-dessus de 500 m dans le Massif Central, l’épaisseur de neige a atteint généralement 8 à 15 cm (9 cm à Aurillac, 12 cm au Puy-en-Velay), 15 à 20 cm par endroits (17 cm à Ségur dans l’Aveyron), voire plus localement. Au-dessus de 1000 m d’altitude, il est tombé 20 à 45 cm et plus de 50 cm sur le Pilat et les monts du Vivarais.
Les précipitations neigeuses se sont étendues plus au nord et ont gagné progressivement les monts du Lyonnais (au moins 20 cm le 29 au soir à Saint-Martin-en-Haut à 750 m), le Dauphiné, la Bourgogne (18 cm à Château-Chinon dans la Nièvre) et la Champagne-Ardenne.

Le couloir dépressionnaire d’altitude présent au-dessus de l’Europe de l’ouest à partir du 27 octobre a occasionné de très abondantes précipitations de barrage le long du versant sud des Alpes. La profonde dépression qui s’est creusée sur la Méditerranée le 29 octobre est remontée en direction de l’arc alpin et a entraîné une intensification des précipitations sur le versant sud des Alpes suisses, ainsi que sur le Haut-Valais. Ces précipitations étaient parfois orageuses et accompagnées de rafales de vent tempétueuses. Dans un flux de sud-est particulièrement vigoureux, les rafales ont atteint jusqu’à 181,1 km/h le 29 octobre (21h) au Piz Martegnas (2670 m) et 213,1 km/h le 30 octobre (2h) au Gütsch ob Andermatt (2283 m).
Les fortes rafales de vent (amplifiées localement par effet Venturi) ont causé des dommages considérables aux forêts de montagne (qui rappellent ceux engendrés par la tempête Lothar en décembre 1999) et quelques dégâts matériels (pylones électriques détruits, toitures arrachées), notamment près du col de l’Albula dans la Haute-Engadine (cf. ces images).

Sur le versant sud des Alpes, il est tombé en 3 jours de 200 à 300 mm de pluie, avec des valeurs atteignant 300 à plus de 400 mm dans le Tessin. Il est tombé notamment jusqu’à 541,2 mm en 72h à Càmedo (Tessin) du 27 octobre (13h UTC) au 30 octobre (13h UTC) et 520,6 mm à Sambughetto-Valstrona (dans l’extrême nord du Piémont italien) sur la même période.
Plus à l’est, dans le canton des Grisons, la station de Segl-Maria (1804 m) a enregistré un cumul de 224,6 mm du 27 au 29 octobre, soit un record pluviométrique sur 3 jours depuis le début des mesures en 1864 (précédent record : 223 mm en novembre 2002).
Sur le versant nord des Alpes, la limite pluie-neige s’est abaissée jusque vers 500 m, notamment dans les Grisons où il est tombé 40 à 70 cm de neige fraîche au-dessus de 1200 m, voire plus localement. Une couche de 72 cm de neige fraîche a été mesurée le 28 octobre au matin à Arosa (1845 m) [dont l’essentiel tombé en l’espace de 18h], ce qui constitue un record pour un mois d’octobre depuis le début des mesures à la station en 1890 ! Il était tombé plus de 50 cm de neige en 1 jour à Arosa au mois d’octobre qu’à deux reprises auparavant, en 1972 (68 cm) et 1917 (65 cm).
Les cumuls de neige les plus importants dans les Alpes suisses ont été enregistrés dans la région du Simplon, sur le nord du Tessin et dans les Grisons. L’enneigement à 2500 m d’altitude a atteint le 2 novembre au matin des valeurs tout à fait remarquables pour la saison : la couche a dépassé souvent les 2 mètres dans le sud des Alpes suisses, notamment au Bortelsee (2517 m, Haut-Valais) avec 239 cm (alors que le sol était encore nu le 27 octobre au matin) et à Cavanna (2450 m, Tessin) avec 289 cm !

Le temps perturbé n’a pas épargné également le Maghreb où la neige est tombée en dessous de 1000 m d’altitude le 29 octobre sur les reliefs de l’Atlas, dans le nord du Maroc (jusqu’à 700 m d’altitude localement) et de l’Algérie notamment, comme à Tiaret (978 m) et à Médéa (981 m), ou encore dans la wilaya de Tissemsilt entre 800 et 900 m, ce qui est rare à cette période de l’année.

Étendue de la couverture neigeuse en Europe et au Maghreb le 30 octobre 2018
© Earth Observation Group at CBK PAN