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mercredi 27 mai 2020

Inversion rapide des anomalies thermiques en Méditerranée orientale

Il y a près d’une semaine seulement, les pays du bassin méditerranéen oriental subissaient une vague de chaleur particulièrement intense sous l’effet d’une puissante remontée d’air chaud et sec en provenance d’Afrique, avec des températures exceptionnellement élevées pour un mois de mai (amplifiées localement par effet de foehn).


Après avoir touché d’abord le sud de l’Italie et surtout la Sicile du 13 au 16 mai 2020 (jusqu’à 40,3°C le 14 à Patti et dans l’agglomération de Palerme sur la côte septentrionale de la Sicile), la chaleur a gagné les Balkans avant de se décaler progressivement vers l’est les jours suivants.
En Albanie, la température a atteint 36,5°C dès le 14 mai à Tirana, établissant un nouveau record mensuel de chaleur pour la capitale albanaise, à 0,7°C du record mensuel national.
En Grèce, le record mensuel national a été battu à deux reprises consécutives : jusqu’à 40,7°C le 15 mai à Sparte et à Kato Tithorea, jusqu’à 41,8°C le 16 mai à Plora (près de Gortyne en Crète) [précédent record : 40,6°C le 13/05/2017 à Argos/Pyrgela et le 13/05/1988 à Astros]. Des températures maximales de plus de 40°C ont été enregistrées en Crète durant 3 jours consécutifs (à Gortyne du 16 au 18 mai). Dans la région d’Athènes, la barre des 40°C a été franchie pour la première fois en mai, avec 40,6°C le 16 mai à Nea Filadelfia (en périphérie nord de la capitale). Sur l’île de Rhodes, la température n’est pas descendue en dessous de 30,1°C le 17 mai à Emponas (il faisait encore 30,7°C à 3h dans la nuit du 16 au 17), ce qui constitue la température minimale (nocturne et sur 24h) la plus élevée jamais enregistrée en Europe au printemps !
La chaleur a touché également l’île de Chypre du 16 au 21 mai, avec des valeurs maximales de plus de 41°C durant 6 jours consécutifs. On a relevé jusqu’à 42,5°C le 17 mai à l’aéroport international de Paphos, 43,1°C à Tymbu/Nicosie et 43,7°C le 19 mai à Athalassa et jusqu’à 44,4°C le même jour à Astromeritis (près de Morphou) qui établit à cette occasion un nouveau record mensuel de chaleur pour l’île de Chypre (partie nord-est de l’île sous occupation turque comprise).
En Turquie, la chaleur a atteint une intensité totalement inédite pour un mois de mai, avec des valeurs maximales supérieures ou égales à 43°C du 16 au 20 mai, et plus de 44°C le 17 mai : 44,2°C à Bayındır et jusqu’à 44,5°C à Tire (région d’Izmir) qui surclasse de 1,7°C le précédent record mensuel national datant seulement de l’an dernier (42,8°C le 30/05/2019 à Kırıkhan) ! De nombreuses stations ont battu ou pulvérisé leur record mensuel de chaleur — comme Antalya avec 43,0°C le 17 mai (soit 4,3°C de plus que les 38,7°C du 26/05/1945) —, parfois même plusieurs jours d’affilée, comme Muğla qui bat son précédent record du 30/05/1932 (36,0°C) à 6 reprises (36,4°C le 15 mai, 39,0°C le 16, 39,3°C le 17, 39,4°C les 18 et 19, 36,2°C le 20) !
Cette intense vague chaleur a touché également d’autres pays du Proche-Orient, en particulier les pays bordant la vallée du Jourdain du 16 au 21. Du côté israélien, la température est montée jusqu’à 47,6°C le 19 mai à Ein Gedi (près de la frontière israélo-jordanienne), soit tout près de la plus haute température enregistrée (de façon fiable) au mois de mai en Israël (48,0°C le 24/05/2019 à Ein Gedi). On a relevé également 47,4°C le 17 mai à Ein Gedi, 47,1°C le même jour dans le kibboutz de Gilgal, 47,5°C le 19 mai à Argaman (47,0°C les 17 et 18). Côté jordanien de la vallée du Jourdain, la température est montée à 46,8°C le 17 mai et 46,7°C le 20 à Ghor El Safi, soit tout près du record mensuel national (47,2°C).

Température maximale (en rouge)
à Khatanga (Russie) du 1er au 27 mai 2020.
© www.pogodaiklimat.ru
Durant toute cette période, de l’air plus froid s’est écoulé en masse au nord de la chaîne du Caucase, du nord-est de l’Europe à la mer Caspienne et l’Asie centrale. Il a même neigé dans la région de Moscou le 21 mai, ainsi qu’à proximité de la frontière biélorusse ! L’étalement et la progression de la masse d’air froid vers l’Asie centrale a favorisé sur son flanc est une puissante remontée d’air chaud en direction du nord de la Sibérie et notamment de la péninsule de Taïmyr. À Khatanga (71°98'N) notamment, la température est montée jusqu’à 25,4°C le 22 mai, pulvérisant ainsi de 5°C le record mensuel de chaleur de la station (20,4°C le 31/05/2011 [début des mesures en 1928]) ! Plus au nord, on a relevé 11,1°C le 21 mai sur l’île Dikson (73°30'N) baignée par la mer de Kara, soit la plus haute température pour un mois de mai à la station depuis le début des mesures en 1936 (précédent record : 10,4°C le 24/05/1941). À noter également que la température a atteint 30,5°C le 24 mai à Yarol’in par 67° de latitude N, une valeur totalement inédite à une telle latitude au mois de mai dans cette région.

À compter des 22 et 23 mai 2020, cet air plus frais a gagné aussi la Méditerranée orientale, faisant chuter brutalement les températures dans les Balkans et au Proche-Orient. Des chutes de neige extrêmement tardives pour la saison se sont même produites sur le relief libanais à partir de 1600 m d’altitude.
Les températures maximales ont chuté de 15 à 20°C en moins de 2 jours. En l’espace de 5 jours, les anomalies thermiques se sont totalement inversées dans les Balkans et au Proche-Orient : la carte du 24 mai (ci-dessus) est en quelque sorte le négatif de celle du 19 mai.
En Grèce par exemple, la température est passée de 30,0°C le 20 mai à 17,1°C le 21 au plus chaud de la journée à Florina (650 m), et de 37,8°C le 20 mai à 21,8°C le 22 à l’aéroport d’Heraklion en Crète.
En Turquie, il ne faisait plus que 25,5°C le 23 mai au plus chaud de la journée à Tire (région d’Izmir), contre 43,0°C le 20 mai et 44,5°C le 17 mai.
À Chypre, la température n’a pas dépassé 25,4°C le 24 mai à Athalassa, alors qu’il y faisait 43,7°C le 19 mai et encore 42,8°C le 21. 
En Israël, on ne relevait par exemple plus que 29,0°C le 24 mai à Argaman, contre 43,0°C le 22.
La baisse des températures a également été significative en Égypte (où l’on a mesuré jusqu’à 47,2°C le 21 mai à Kharga) : on ne relevait plus que 26,6°C le 24 mai à l’aéroport du Caire contre 42,4°C le 21 et 43,3°C le 20, ou encore 24,0°C le 24 mai à l’aéroport d’Alexandrie contre 41,2°C le 20.
Cet air plus frais a gagné aussi les jours suivants le nord de l’Arabie. La baisse des températures s’est fait ressentir jusque dans le sud de l’Irak (36,8°C le 25 mai à l’aéroport international de Bassorah, contre 47,4°C la veille) et au Koweït (48,3°C le 23 mai à Mitribah, contre 37,5°C le 25).

Au fur et à mesure que l’air plus froid a progressé vers l’est, à la fois au nord et au sud du Caucase et des reliefs iraniens, de l’air plus chaud (amplifié localement et régionalement par effet de foehn) est remonté vers le nord en direction des pays d’Asie centrale (Kazakhstan, Ouzbékistan, Turkménistan) et le sud de la Sibérie où la température est montée jusqu’à 37,9°C le 26 mai à Kulunda (52°33'N, krai de l’Altaï), à 0,4°C du record mensuel de chaleur pour la Russie asiatique (38,3°C le 26/05/1980 à Slavgorod).
Buzaubaj (Ouzbékistan) a battu à 4 reprises le record mensuel national de chaleur avec 44,3°C le 26 mai, 44,7°C le 27, 44,0°C le 28 puis encore 44,3°C le 31 (précédent record : 43,9°C en mai 1961 à Buzaubaj). Plusieurs stations ont battu à cette occasion leur record mensuel, comme Kungrad avec 43,1°C le 27 mai, Chimbaj avec 42,4°C le 27 mai, 42,2°C le 26 et 41,5°C le 28 (précédent record depuis 1937 : 41,1°C le 23/05/1974), ou encore Jaslyk qui a pulvérisé son précédent record (39,8°C le 27/05/1987) à 6 reprises avec 42,6°C le 26 mai, 42,1°C le 27, 42,0°C le 28, 42,2°C le 29, 43,4°C le 30 et encore 42,3°C le 31 !
Même constat au Kazakhstan où un nouveau record mensuel national a été enregistré le 27 mai avec 43,1°C à Cirik-Rabat et le 30 mai à Sam (précédents records : 42,8°C le 16/05/2001 à Cirik-Rabat et 41,4°C le 21/05/1999 à Kyzylorda). Plusieurs stations ont enregistré un nouveau record mensuel, comme Astana [ou Nur-Sultan] (la capitale) avec 36,1°C le 26 mai (contre 35,7°C le 19/05/1961 [début des mesures en 1881]) ; certaines d’entre elles ont même pulvérisé leur précédent record de plusieurs degrés, comme Sam avec 42,3°C le 26 mai et 43,1°C le 30 (soit 3,1°C de plus que son précédent record relevé en mai 1980).


vendredi 6 mars 2020

Nouvelle poussée de fièvre au cours du dernier trimestre (déc. 2019 à fév. 2020)

Le constat est sans appel : le dernier trimestre (déc-jan-fév) 2019-2020 a été le 2e plus chaud à l’échelle mondiale, mais le plus chaud en Russie et en Europe (notamment en France, en Finlande ou encore en Pologne).


Selon le programme européen Copernicus, l’anomalie thermique à l’échelle globale atteint +0,77°C et place ce trimestre au 2e rang des plus chauds derrière celui de 2015-2016. Le mois de février 2020 en particulier a été anormalement chaud, comme le montrent les données satellitaires UAH : l’anomalie de la température dans la basse troposphère atteint +0,76°C (contre +0,57°C en janvier 2020) ; il s’agit de la 3e plus forte anomalie mensuelle depuis le début début des mesures en 1979, derrière les mois de février 2016 (+0,86°C) et mars 2016 (+0,77°C), tous deux associés à un fort épisode El Niño (contrairement à cet hiver).

À l’échelle de l’Europe et de la Russie, l’hiver météorologique 2019-2020 a été le plus doux depuis le début des mesures, loin devant l’hiver 2015-2016. Selon les données de Copernicus Climate Change Service, l’anomalie en Europe a atteint une valeur exceptionnelle de +3,39°C par rapport à la moyenne 1981-2010, pulvérisant de 1,38°C le précédent record de l’hiver 2015-2016. L’anomalie de température dépasse même les +4°C par rapport à l’ère pré-industrielle (1850-1900) ! En France, cet hiver a également été le plus chaud jamais enregistré avec une température moyenne nationale supérieure de 2,7°C à la normale saisonnière, devant l’hiver 2015-2016 (anomalie de +2,6°C).
Même constat en Russie : l’hiver 2019-2020 a été le plus chaud depuis le début des mesures en 1891, battant de 1,3°C le précédent record remontant à l’hiver 2015-2016.

jeudi 31 octobre 2019

Contrastes thermiques exceptionnels aux États-Unis en octobre 2019

Les États-Unis ont connu un mois d’octobre 2019 particulièrement singulier sur le plan climatologique : outre le fait qu’il s’agit du mois d’octobre le plus froid depuis 2009 et le 21e plus froid depuis 1895 à l’échelle des États-Unis contigus (avec un déficit thermique de -1°C par rapport à la moyenne mensuelle 1901-2000, à bonne distance toutefois du mois d’octobre 1925 qui détient le record avec un écart à la moyenne de -2,9°C), ce mois d’octobre 2019 a été marqué par des contrastes thermiques remarquables à l’échelle des moyennes mensuelles et tout au long du mois entre le nord-ouest du pays, soumis à un régime d’air froid bien établi et précoce sous l’effet de descentes d’air polaire répétées, et le sud-est du pays, soumis à un régime d’air chaud advecté en direction du nord-est par effet de balancier.
La partie nord des Rocheuses (l’Idaho en particulier) a connu son mois d’octobre le plus froid jamais observé, alors que la péninsule de Floride (sud de l’État) a connu son mois d’octobre le plus chaud depuis le début des mesures en 1895. Pour trouver un contraste thermique plus marqué au mois d’octobre entre des températures anormalement froides dans le nord-ouest et des températures anormalement chaudes dans le sud-est des États-Unis, il faut remonter à octobre 1919 qui détient le record absolu. La configuration météo était vraisemblablement la même en octobre 1919 et un siècle plus tard, favorisant d’énormes contrastes thermiques entre l’Idaho et la Floride, comme on peut le constater à partir des courbes de la température moyenne mensuelle observée à l’échelle de ces deux États.


De l’air anormalement froid a gagné le nord-ouest des États-Unis dès la fin du mois de septembre, avec pour conséquence une puissante advection d’air chaud du sud-est au nord-est du pays. Pas moins de 12 États + le district de Columbia ont battu ou égalé leur record mensuel de chaleur entre le 1er et le 4 octobre 2019 (cf. article relatif à cet événement).

Une nouvelle descente d’air froid, plus puissante et massive, s’est produite du 9 au 12 octobre sur le nord-ouest des États-Unis avant de gagner une plus grande partie du territoire (cf. cette animation), accompagnée d’une chute brutale des températures en quelques heures, notamment dans le nord du Colorado à Fort Collins/Loveland (-27,8°C en 5 heures 30 minutes le 9 octobre entre 3h30 PM et 9h PM) et à l’aéroport international de Denver dans le nord du Colorado où le thermomètre a perdu 34,4°C en 15 heures entre le 9 octobre (28,3°C à 15h) et le 10 octobre (-6,1°C à 6h) [dont -30,5°C en 10 heures, mais également -35,5°C en 17 heures 30 minutes et -38,9°C en 34 heures].
À cette occasion, Denver a d’ailleurs enregistré sa plus grande variation thermique en 1 jour et en 2 jours pour un mois d’octobre, tout en égalant sa 2e plus grande variation thermique en 2 jours tous mois confondus depuis 1872 !
Le froid a également gagné le sud du pays le 11 octobre, notamment le Texas où la chute des températures a été brutale : -26,6°C en 18 heures 26 minutes à Del Rio, -27,8°C en 20 heures à Austin / Bergstrom International Airport, -28,9°C en 20 heures 45 minutes à Austin / Camp Mabry !

Mais le fait le plus marquant est intervenu en fin de mois avec une troisième invasion d’air polaire par le nord-ouest du pays, avec à la clé un nouveau RECORD MENSUEL DE FROID pour les États-Unis contigus (hors Alaska) et pour 9 États américains !

  • CALIFORNIE : -26,1°C le 29 octobre à Bridgeport (précédent record : -23,3°C le 27/10/1970 à Bodie)
    [* à noter toutefois qu’une station de recherche située à 3801 m d’altitude près du sommet du White Mountain Peak a enregistré une Tmin de -28,9°C le 29/10/1961] ;
  • UTAH : -29,4°C le 30 octobre à Randolph = record mensuel de froid pour l’Utah [hors dolines] (précédent record : -26,7°C le 31/11/1972 à Woodruff)
    -43,4°C
    le 30/10/2019 à Peter Sinks (doline située à 2488 m) = record mensuel de froid à la station (précédent record : -37,2°C en octobre 2002) et nouveau record mensuel national de froid non officiel pour les États-Unis contigus (hors Alaska qui détient toujours le record avec -44,4°C le 31/10/1975 à Clearwater) !
  • WYOMING : -36,7°C le 30 octobre à Daniel Fish Hatchery (2238 m) [-36,1°C le 30 à Rock River] (précédent record : -36,1°C le 29/10/1917 à Soda Butte)
    = RECORD MENSUEL DE FROID POUR LES ÉTATS-UNIS CONTIGUS (hors Alaska ET hors dolines d’altitude) !
  • COLORADO : -31,1°C le 31 octobre à Harbison Meadow [-30,6°C le 30 octobre] = record mensuel de froid pour le Colorado (précédent record : -28,9°C le 28/10/1917 à Westcliffe) ;
  • IDAHO : -27,8°C le 30 octobre à Island Park (précédent record : -26,7°C le 29/11/1917 à Big Springs) ;
  • NEBRASKA : -26,7°C les 30 et 31 octobre à Harrison 9 NE (1228 m) (précédent record : -26,1°C le 28/11/1925 à Hay Springs) ;
  • NEVADA : -26,7°C le 30 octobre à Austin (précédent record : -23,3°C le 27/10/1970 à Mountain City Ranger Station), une valeur d’autant plus remarquable pour cette période de l’année qu’elle n’a pas été mesurée sur un sol enneigé !
  • OKLAHOMA : -17,8°C le 31 octobre à Kenton (1322 m) (précédent record : -14,4°C à Kenton le 30/10/1993) ;
  • TEXAS : -14,4°C le 31 octobre à Stratford 4 WNW (précédent record : -13,3°C le 30/10/1993 à Stratford).

À noter que seuls les mois d’octobre 1925, décembre 1917 et février 1899 comptabilisent un plus grand nombre d’États ayant battu un record mensuel de froid au cours d’un même mois (respectivement 10, 10 et 16 États).

Bien qu’assez modestement médiatisé, cet événement n’est pas pour autant anodin : il ponctue de manière magistrale un mois d’octobre exceptionnellement froid dans le nord-ouest des États-Unis (avec une année 2019 globalement plus froide sur les 10 premiers mois), en particulier dans l’État de l’Idaho qui enregistre son mois d’octobre le plus froid depuis 1895, mais également dans les États de Washington, du Wyoming et de l’Utah (2e rang), du Montana (3e rang), de l’Oregon et du Colorado (4e rang) !
7696 records quotidiens de froid ont été battus ou égalés au cours du mois sur le territoire américain (Tnn et Txn cumulées), contre 4717 records quotidiens de chaleur (Txx et Tnx cumulées), portant le total sur les 10 premiers mois de l’année 2019 à 35512 records quotidiens de froid contre 40246 records quotidiens de chaleur (soit un delta finalement assez faible dans le contexte climatique actuel, qui paraît moins probant encore au regard des anomalies thermiques observées depuis le début de l’année sur le territoire américain [cf. carte ci-contre]).
En fin de mois, de nombreuses stations américaines ont battu leur record mensuel de froid, pulvérisant parfois de plusieurs degrés leur précédent record. Citons deux exemples frappants : Pocatello / Regional Airport (dans l’Idaho) bat de 7,2°C son précédent record depuis le début des mesures en 1939 avec une température minimale de -21,1°C le 30 octobre contre -13,9°C le 31/10/2003 et Daniel Fish Hatchery (dans le Wyoming) pulvérise de 15,6°C son précédent record mensuel de froid depuis le début des mesures en 1989 avec une température minimale record de -36,7°C le 30 octobre [-35,6°C le 31] contre -21,1°C le 30/10/1991 [avant 2019, la température n’étant descendue en dessous de -17°C qu’à 3 reprises en octobre] !!!


jeudi 10 octobre 2019

Fort contraste thermique entre le nord-ouest et le sud-est des États-Unis

De l’air anormalement froid a gagné le nord-ouest des États-Unis à la fin du mois septembre 2019, associé à des chutes de neige exceptionnellement intenses pour la saison du 27 au 30 septembre sur les contreforts orientaux des Rocheuses. Il est tombé notamment jusqu’à 132 cm en un peu plus de 3 jours à Babb (Montana), 49 cm en 2 jours à Great Falls (Montana) le 27-29 septembre (2e plus fort cumul de neige en 2 jours à la station tous mois confondus), dont 45 cm en 24h (record absolu en 24h tous mois confondus depuis le début des mesures à la station).
Dans le Montana, la température est descendue jusqu’à -17,2°C le 1er octobre 2019 à Browning et -12,8°C à Great Falls, où il n’avait jamais fait aussi froid si tôt dans la saison depuis le début des mesures en 1892 (précédent record de froid précoce : -12,2°C le 24/09/1926) !


A contrario, dans une grande moitié sud-est des États-Unis, on a observé un effet de balancier avec une masse d’air anormalement chaude et une puissante advection d’air chaud en direction du nord-est (avec des températures particulièrement élevées jusque dans le sud-est du Canada, avec notamment un nouveau record mensuel de 31,8°C enregistré le 1er octobre à l’aéroport international de Toronto).
Après un mois de septembre exceptionnellement chaud dans le sud des États-Unis (le plus chaud notamment à Austin, Dallas, Memphis, Miami, St Louis…), 80 stations du sud et de l’est du pays ont battu ou égalé leur record de chaleur pour un mois d’octobre (souvent plusieurs jours consécutivement et parfois de plus de 2°C).
Pas moins de 12 ÉTATS AMÉRICAINS + le DISTRICT DE COLUMBIA ont battu ou égalé leur record mensuel de chaleur entre le 1er et le 4 octobre 2019, soit autant qu’en décembre 1998 et mai 1934, mais davantage qu’en février 2018, août 1936, avril 1925 et mai 1911 (9 États à chaque fois). Pour trouver un nombre plus important d’États ayant battu un record mensuel de chaleur au cours d’un même mois, il faut remonter à novembre 1950 qui détient le record absolu (19 États), devant juillet 1936 (17) et mars 1907 (15).

RECORDS MENSUELS DE CHALEUR DANS 12 ÉTATS + le DISTRICT DE COLUMBIA :
  • ALABAMA : 41,1°C le 3 octobre à Manchester (précédent record : 39,4°C le 05/10/1954 à Troy)
    [à noter 40,6°C les 1er, 2 et 3 octobre à Marion / Vaiden Field Airport] ;
  • MARYLAND : 38,3°C le 2 octobre à St Inigoes / Webster NOLF Airport (précédent record : 37,2°C à plusieurs reprises dans différentes stations) ;
  • DELAWARE : 36,7°C le 2 octobre à Wilmington Airport (précédent record : 36,1°C les 05 et 06/10/1941 à Bridgeville) ;
  • DISTRICT DE COLUMBIA : 36,7°C le 2 octobre à Washington DC (précédent record : 35,6°C le 05/10/1941) ;
  • NEW JERSEY : 36,1°C le 2 octobre à Millville / Municial Airport = record mensuel de l’État égalé (36,1°C le 05/10/1941 à Flemington et à Tuckertown) ;
  • NEW YORK : 35,0°C le 2 octobre à La Guardia et à JFK Airports = record mensuel de l’État égalé (35,0°C le 02/10/1927 à Danville) ;
  • MISSISSIPPI : 40,0°C le 3 octobre à Columbus [38,9°C le 2 octobre] (précédent record : 38,3°C le 01/10/2019 à Meridian Regional Airport et à d’autres reprises dans 6 autres stations)
    [à noter 38,9°C les 2 et 3 octobre à Meridian Regional Airport (Key Field)] ;
  • TENNESSEE : 37,8°C les 2 et 3 octobre à Chattanooga / Lovell Airport et le 2 octobre à Dayton (précédent record : 37,2°C à 3 reprises dans différentes stations)
    [à noter 40,0°C le 4 octobre à Woodbury 1 WNW, mais cette valeur paraît suspecte] ;
  • FLORIDE : 38,3°C le 3 octobre à Crestview / Bob Sikes Airport (précédent record : 37,8°C le 01/10/1904 à Molino, les 01 et 02/10/1904 à Orange City) ;
  • CAROLINE DU SUD : 40,6°C* les 3 et 4 octobre à Pelion 0.8 NW [39,4°C le 2 octobre] (précédent record : 39,4°C le 05/10/1954 à Little Mountain) [* valeur néanmoins suspecte qui reste à confirmer] ;
  • KENTUCKY : 39,4°C les 3 et 4 octobre à Nolin River Lake (précédent record : 36,7°C à 3 autres reprises dans différentes stations) ;
  • GÉORGIE : 39,4°C le 4 octobre à Macon / Lewis Wilson Airport = record mensuel de l’État égalé (39,4°C le 05/10/1954 à Louisville) ;
  • VIRGINIE : 38,9°C le 4 octobre à South Boston (précédent record : 38,3°C le 06/10/1941 à Walkerton).

Notons que l’État de Caroline du Nord a également été tout près d’égaler son record mensuel de chaleur avec 38,3°C le 4 octobre à Laurinburg (contre 38,9°C le 06/10/1954 à Albemarle).

Plus globalement, après un mois de septembre 2019 extrêmement chaud à l’échelle mondiale (le plus chaud depuis le début des mesures, devant septembre 2016), ce début de mois d’octobre est marqué par de fortes anomalies thermiques dans l’hémisphère nord : de très nombreux records mensuels de chaleur ont été battus sur des zones géographiques remarquablement étendues, avec une dizaine de records mensuels nationaux battus ou égalés au cours des 4 premiers jours du mois ! (Cf. liste des records mensuels nationaux en 2019)
L’hémisphère nord a notamment enregistré un nouveau record de chaleur pour un mois d’octobre avec 47,6°C le 1er octobre à Al-Wafra, dans le sud du Koweït (précédent record : 47,2°C le 02/10/1980 à Mecca [sud de la Californie, États-Unis]) ! Il s’agit également de la 2e plus haute température jamais enregistrée dans le monde en octobre derrière le record de 48,4°C du 27/10/2015 à Vredendal (Afrique du Sud).
Les plus fortes anomalies thermiques positives ont été observées dans les régions arctiques, en particulier dans le nord du Groenland et l’extrême nord du Nunavut (Canada) où l’on a relevé jusqu’à 4,9°C le 1er octobre à Alert par plus de 82° de latitude N, une valeur située plus de 15°C au dessus des normales, la deuxième plus forte température jamais enregistrée en octobre (derrière les 5,3°C du 18/10/2006).

samedi 3 août 2019

Plus de 80 jours consécutifs avec un indice NAO négatif : une séquence inédite !

+ Animation du 26/04 au 11/07/2019
L’indice de l’oscillation nord-atlantique (ONA, ou North Atlantic Oscillation en anglais – NAO), calculé à partir de la différence de pression entre l’Islande et les Açores, affiche des valeurs négatives depuis le 26 avril dernier. Après avoir atteint cette année une valeur négative record (-2,62) pour un mois de mai, avec des pressions anormalement élevées au pôle Nord, en Islande et dans l’Arctique plus largement depuis plus de trois mois, l’indice NAO reste toujours négatif en ce début de mois d’août 2019 et aucun changement notable n’est attendu avant la mi-août selon les dernières prévisions.

Au niveau 500 hPa (soit ~5500 m d’altitude), on a comptabilisé une série de 88 jours consécutifs avec un indice NAO négatif du 26 avril au 22 juillet 2019, ce qui constitue la plus longue séquence jamais observée depuis 1950 (précédent record : 68 jours du 6 juin au 12 août 2011) ! On remarquera d’ailleurs que 6 des 10 plus longues périodes ont été observées depuis 2010.
Après des valeurs très légèrement positives du 23 au 25 juillet, l’indice NAO au niveau 500 hPa est redevenu négatif les jours suivants.


En surface, la série s’est interrompue le 18 juillet avec une valeur légèrement positive (+0,11), après 83 jours consécutifs avec un indice NAO négatif (précédent record depuis 1900 : 69 jours du 20 janvier au 29 mars 1947). Toutefois, l’indice NAO est redevenu négatif dès les deux jours suivants et affiche des valeurs abyssales en ce début de mois d’août 2019 (-2,26 le 1er août et même -2,35 le 4 août) !

Sans surprise, l’indice de l’oscillation nord-atlantique affiche la valeur négative la plus basse depuis 1950 sur la période mai-juillet 2019 : une situation radicalement différente de celle de l’an dernier sur la même période.
Le mois d’août 2019 a commencé avec un indice NAO encore plus bas. Aucun changement notable n’est attendu avant la mi-août selon les dernières prévisions (à l’heure où nous écrivons).



Dans une telle configuration isobarique, rappelons que la circulation d’ouest est plus faible et le courant-jet décrit des ondulations plus marquées, favorisant de puissantes advections d’air chaud en provenance du nord de l’Afrique (comme ce fut le cas sur la France à la fin du mois de juin 2019 et du 22 au 26 juillet 2019 avec deux épisodes caniculaires successifs) entre deux coulées d’air plus froid sur le proche Atlantique et du nord de l’Europe à l’Europe de l’Est. Cela se traduit généralement en été par des températures anormalement basses et des précipitations excédentaires sur le nord-ouest de l’Europe et une large moitié sud de la Fennoscandie, comme l’indiquent les cartes schématiques ci-contre proposées par le Met Office.
Les conditions météorologiques qui ont touché le centre et le sud de la Norvège au début du mois de juillet viennent confirmer ce schéma climatique : à la faveur d’une coulée d’air plus froid et humide, le centre du pays en particulier a enregistré des températures anormalement basses et des précipitations neigeuses sur les reliefs, avec de la neige au sol à partir de 1200 m d’altitude et les premiers flocons observés localement à partir de 600 m (notamment à Lebergsfjellet situé à 625 m dans le comté de Møre og Romsdal, par 62° de la latitude N !). Il faut remonter au moins à la mi-juillet 1983 pour trouver un événement comparable à cette période de l’année. Il a neigé notamment au col du Sognefjell (1415 m) où la température est descendue jusqu’à -3,0°C le 3 juillet au matin (2e plus basse température minmale à la station pour un mois de juillet). La couche de neige a atteint 25 cm le 5 juillet au matin à Mannen (1294 m), avec des températures qui se sont maintenues en dessous de 0°C durant 76 heures consécutives (du 1er au 4 juillet). La température est descendue jusqu’à -6,4°C le 3 juillet à Juvvasshøe (1894 m), soit la plus basse température enregistrée en Norvège au mois de juillet depuis 1964, tout près du record mensuel national de froid (-8,3°C le 5 juillet 1951 au Mt Fannaråki). Il s’agit d’ailleurs d’un record de froid pour un mois de juillet dans le comté d’Oppland (précédent record : -5,3°C en juillet 1964 à Fokkstua [970 m]). Deux autres comtés norvégiens ont également enregistré le 3 juillet un nouveau record mensuel de froid : le comté de Sør-Trøndelag avec -4,5°C à Storhornet (1550 m) (précédent record depuis 150 ans : -3,4°C le 19 juillet 1910 [!] à Røros [628 m]) et le comté de Møre og Romsdal avec -2,7°C à Mannen (1294 m) (précédent record : -1,9°C en juillet 2010 à Mannen). Notons aussi que la température est descendue à 1,5°C le 4 juillet à Aurskog (128 m) dans le sud-est du pays et 2,5°C le 5 juillet au matin à Nesbyen-Todokk (166 m), la station détenant le record national de chaleur (35,6°C le 20 juin 1970). Signalons enfin que la température n’a pas dépassé 6,9°C à Kvamskogen-Jonshogdi (452 m) le 2 juillet au plus chaud de l’après-midi !

L’animation ci-contre des anomalies de température au niveau 850 hPa (~1500 m d’altitude) du 2 au 9 juillet 2019 illustre parfaitement une phase NAO négative, avec une composante méridienne plus marquée des flux en présence : de l’air plus frais qui s’écoule sur le proche Atlantique (avec une dépression isolée au large du Portugal qui amène de la fraîcheur sur l’ouest de la péninsule Ibérique et favorise à l’avant l’advection d’un air plus chaud en provenance d’Afrique du Nord sur la France) et de l’air froid qui s’écoule du nord de l’Europe à l’Europe de l’Est.

Source : Mika Rantanen
La persistance de ces conditions dynamiques associées à un indice NAO négatif s’est traduite par une première quinzaine de juillet bien plus froide que la normale à Helsinki (Finlande), la plus froide depuis 1996 et l’une des plus froides depuis les années 1960.
Plus à l’est, l’ensemble du mois de juillet 2019 affiche même des valeurs bien inférieures aux normales dans l’ouest de la Russie, notamment à Moscou où il faut remonter à 1987 pour observer un mois de juillet aussi frais (Tm de 16,8°C, soit 2,4°C en dessous de la normale mensuelle 1981-2010, loin toutefois du record de juillet 1904 [Tm de 14,6°C]).
Des températures remarquablement basses ont également été enregistrées au cours du mois de juillet dans l’ouest de la Russie, comme le 13 juillet à Kotlas avec seulement 3,7°C de température minimale (un record de froid pour un 13 juillet à la station depuis le début des mesures en 1936) et surtout en fin de mois avec des records mensuels de froid dans plusieurs stations : 2,3°C le 30 juillet à Sarlyk, 2,7°C à Radishchevo, 3,6°C à Sassovo et 3,9°C à Tambov le même jour.


Bien entendu, tout est mobile — les dépressions comme les anticyclones —, si bien que toutes les régions sont susceptibles d’enregistrer temporairement des températures anormalement basses ou anormalement élevées en période de NAO négatif en fonction du déplacement des centres d’action et des blocages aérologiques.
On observe toutefois que les coulées d’air froid adoptent deux trajectoires préférentielles à l’échelle moyenne de la dynamique aérologique dans cette région du monde, l’une sur le proche Atlantique et l’autre de l’Europe du Nord à l’Europe de l’Est (avec une composante méridienne plus marquée au cours de l’hiver boréal). La France est le plus souvent positionnée entre ces deux trajectoires préférentielles (comme l’indique aussi la tendance à la hausse de la fréquence des vents de secteur sud/sud-ouest sur l’Europe occidentale depuis les années 1960), tantôt sous l’influence d’une advection d’air chaud en provenance d’Afrique du Nord à l’avant d’une masse d’air plus froid circulant sur le proche Atlantique et glissant le long des côtes nord-ouest de l’Afrique, tantôt (voire les deux) sur la façade ouest d’un anticyclone (donc dans un flux de sud dans le sens de rotation anticyclonique) positionné plus à l’est sur le centre de l’Europe qui ralentit le flux d’ouest, jusqu’à le bloquer plus ou moins durablement (son influence variant en fonction de sa pression, son étendue, sa vitesse de déplacement et ses caractéristiques hygrothermiques). Notons d’ailleurs que la continentalité (croissante vers l’est) joue un rôle non négligeable dans la survenue de ces situations de blocage (été comme hiver, mais avec des effets différents) : rappelons que l’air froid est plus lourd que l’air chaud, de même que l’air sec est plus lourd que l’air humide, tout cela a nécessairement des conséquences sur la dynamique aérologique à l’échelle synoptique.

Comme on l’a déjà signalé plus haut, 6 des 10 plus longues séquences avec un indice NAO négatif ont été observées au cours des 10 dernières années, dont 3 sur 6 en été. Une étude parue en 2015 dans la revue Science vient également souligner le phénomène en mettant en évidence une tendance à la baisse du flux zonal en été depuis plus de 30 ans dans l’hémisphère nord aux moyennes latitudes (cf. graphique de gauche ci‑dessous) : cela se traduit par des ondulations plus amples du jet-stream, des situations de blocage plus fréquentes et durables, une augmentation des échanges méridiens d’air et d’énergie, avec alternance de pulsations extrêmement chaudes et coulées froides de part et d’autre. Si cette tendance se poursuit dans les prochaines années, les épisodes caniculaires pourraient donc devenir plus fréquents et intenses en France, avec une masse d’air toujours plus chaude lors des situations de blocage (comme on peut déjà l’observer à partir des radiosondages de Paris et Bordeaux sur les deux graphiques de droite ci-dessous).



samedi 8 juin 2019

8 mois consécutifs sous les normales à Montréal et à Québec (Canada) !

À l’aéroport international Pierre Elliott Trudeau de Montréal les températures moyennes mensuelles sont restées inférieures aux normales mensuelles 1981-2010 durant 8 mois consécutifs, d’octobre 2018 à mai 2019. Il faut remonter à 1996 pour trouver une séquence aussi longue (9 mois sous les normales de novembre 1995 à juillet 1996).
Notons également que la température n’a atteint les 20°C à Montréal qu’à partir du 5 mai 2019, une première aussi tardivement depuis 1989, et les 25°C qu’à partir du 7 juin 2019, une première aussi tardivement depuis 1983 !


Même constat à l’aéroport international de Québec : un froid persistant depuis 8 mois !
Le déficit thermique enregistré à l’aéroport international de Québec est plus marqué encore qu’à Montréal sur la période octobre 2018-mai 2019. L’anomalie thermique atteint -1,6°C par rapport à la normale 1981-2010.
Une anomalie aussi durable et d’une telle intensité est un événement extrêmement rare de nos jours, (quasi-)inédit dans le monde depuis le début du 21e siècle (ou au moins depuis l’épisode El Niño en 1997-1998).



Ces températures anormalement basses perdurent en ce début de mois de juin 2019, comme on peut le constater sur la carte ci-contre du 1er au 8 juin.



vendredi 10 mai 2019

Un déficit thermique persistant sur une grande partie de l’Amérique du Nord

En raison d’un afflux incessant d’air froid en provenance de l’Arctique à l’est des Rocheuses, des températures anormalement basses sont enregistrées depuis le début de l’année 2019 sur une large moitié sud du Canada et le nord des États-Unis, sur les Prairies canadiennes et les Grandes Plaines nord-américaines en particulier.


Les plus fortes anomalies négatives sont observées dans les États américains du Montana, du Dakota du Nord et du Dakota du Sud. À l’échelle de la région climatique du nord des Rocheuses et des Grandes Plaines (Northern Rockies and Plains, cf. figure ci-dessus), il n’avait pas fait aussi froid en moyenne depuis 1982 sur les 4 premiers de l’année, depuis 1979 sur les 3 premiers mois de l’année, ou encore depuis 1936 sur la période février-mars ! Depuis le début des mesures en 1895, la période février-avril se place au 4e rang des plus froides dans la région, au 3e rang pour la période février-mars et le mois de février 2019.
Le déficit thermique est particulièrement significatif dans l’État du Montana puisque la période février-mars 2019 se classe au 3e rang des plus froides depuis 1895 (comme dans le Dakota du Sud) — mais la plus froide depuis 1936 —, avec une température moyenne de -9,3°C (soit 5,7°C en dessous de la moyenne 1901-2000), contre -10,9°C en 1936 et -11,2°C en 1899. Certaines stations du Montana ont d’ailleurs enregistré leur plus basse moyenne thermique sur la période février-mars depuis le début des mesures, comme Missoula avec -5,0°C (précédent record depuis 1894 : -4,6°C en 1936), Billings avec -7,0°C (précédent record depuis 1935 : -6,7°C en 1936), Helena avec -9,9°C à Helena (précédent record depuis 1939 : -8,2°C en 1989), ou encore Bozeman avec -10,3°C (précédent record depuis 1942 : -9,8°C en 1979).

Après une vague de froid particulièrement sévère durant la seconde moitié du mois de janvier sur l’Amérique du Nord et le nord des États-Unis en particulier — au cours de laquelle l’État de l’Illinois a enregistré un nouveau record absolu de froid —, le mois de février 2019 a été particulièrement froid à l’est des Rocheuses, dans les Grandes Plaines et les Prairies canadiennes (provinces de l’Alberta et du Saskatchewan) : il se classe au 2e rang des plus froids depuis 1895 dans le Montana (2e rang dans le Dakota du Nord, 3e rang dans le Dakota du Sud) avec une température moyenne mensuelle de -14,9°C, derrière février 1936 (-19,9°C). Il se classe notamment au 2e rang des plus froids à Cut Bank depuis 1903 avec une Tm de -19,9°C (contre une normale mensuelle de -4,3°C), à Great Falls depuis 1891 avec -17,9°C (normale mensuelle de -2,6°C), à Havre depuis 1889 avec -21,1°C (normale mensuelle de -5,4°C), à Lewistown depuis 1896 avec -16,8°C (normale mensuelle de -3,5°C), mais au 1er rang à Dillon depuis 1939 avec une Tm de -12,3°C (normale mensuelle de -3,2°C).
Les anomalies thermiques mensuelles ont atteint dans certaines stations du Montana des valeurs rarement observées dans le monde (voire inédites en ce qui concerne les anomalies négatives) : les stations de Great Falls, Cut Bank et Havre ont enregistré respectivement un écart à la normale mensuelle de -15,3°C, -15,6°C et -15,7°C en février 2019. Le contraste est saisissant avec les anomalies thermiques positives observées le mois en suivant dans le nord-ouest du Canada : on a relevé notamment un écart à la normale mensuelle (1981-2010) de +14,4°C* à Inuvik Airport (Territoires du Nord-Ouest) en mars 2019, ce qui constitue un record absolu à la station (précédent record : +12,7°C en janvier 1981) et la plus forte anomalie positive pour un mois de mars à l’échelle nationale (précédent record : +11,3°C en mars 1958 à Mistassisi Post [Québec]) !

Au Canada, l’aéroport international de Calgary (Alberta) a connu son mois de février le plus froid depuis 1936 avec une température moyenne mensuelle de -18,2°C, battant février 1979 (-16,8°C). Depuis le début des mesures en 1885 (et avec les réserves d’usage concernant la fiabilité des données avant 1945), il s’agit du 4e mois de février le plus froid à Calgary derrière février 1904 (-18,4°C), février 1887 (-20,1°C) et février 1936 (-24,5°C).
Légèrement plus au nord, l’aéroport international d’Edmonton (Alberta) a connu son 2e mois de février le plus froid depuis le début des mesures en 1961 avec une température moyenne mensuelle de -22,5°C, seulement devancé par février 1979 (-22,9°C).
Des températures particulièrement basses ont été enregistrées durant la première décade du mois de février 2019 dans le sud et le centre du Saskatchewan : on a relevé notamment jusqu’à -46,5°C le 8 février à Coronach (756 m), soit la plus basse température jamais enregistrée à la station depuis 1971, ou encore -42,5°C le 6 février à Saskatoon SRC qui enregistre ainsi un nouveau record mensuel de froid (précédent record : -41,1°C le 06/02/1976).

Une nouvelle vague de froid est intervenue au début du mois de mars 2019, avec à la clé un nouveau record mensuel de froid pour l’État du Montana : la température est descendue jusqu’à -43,3°C le 4 mars à Elk Park, battant le précédent record de -42,8°C enregistré le 12/03/1897 à Glasgow Number 2 et en mars 1906 à Fort Logan. Des températures glaciales ont été observées les 2, 3 et 4 mars dans le centre nord et le sud-ouest du Montana, en particulier dans la région de Great Falls, avec des températures ressenties proches de -50 (notamment à Malta et à Jordan le 2 mars).
La température est descendue à -39,4°C le 4 mars à Logan Landfill et surtout à l’aéroport international de Bozeman Yellowstone (Gallatin Field Airport) qui pulvérise son précédent record mensuel de froid depuis le début des mesures en 1892 (-32,8°C le 10/03/1932), tout en le battant consécutivement à deux autres reprises (-35,6°C le 3 mars et -36,1°C le 5 mars) !
D’autres stations ont battu ou égalé leur record mensuel de froid, comme Lewistown Airport avec -36,7°C le 3 mars qui pulvérise son précédent record mensuel de froid depuis le début des mesures en 1896 (-33,3°C à plusieurs reprises), ou encore Great Falls Airport avec -35,6°C le même jour, égalant le record mensuel de froid officiel depuis le début des mesures en 1886 (-35,6°C le 10/03/1932 ; record mensuel non officiel : -39,4°C le 03/03/1891).

Le froid a perduré sur le nord du Canada au mois d’avril et ce jusqu’au début de ce mois de mai 2019 : le froid s’est attardé notamment sur le Québec. On relevait encore -31,1°C le 8 avril à l’aéroport de Schefferville, -20,3°C le même jour à Sept-Îles [-22,2°C à l’aéroport de Sept-Îles] (les -20°C les plus tardifs toutes stations confondues à Sept-Îles depuis 1945) et -22,6°C le 1er mai à l’aéroport Radisson La Grande Rivière, la station pulvérisant à cette occasion son record mensuel de froid depuis le début des mesures en 1977 (-14,4°C le 01/05/2003) !
Enfin, à Montréal les températures moyennes mensuelles sont restées inférieures aux normales mensuelles 1981-2010 durant 7 mois consécutifs (d’octobre 2018 à avril 2019 ; seul le mois de décembre a égalé la normale mensuelle) ; la température n’a atteint les 20°C à Montréal qu’à partir du 5 mai, une première aussi tardivement depuis 1989.




Des températures anormalement basses associées à des précipitations excédentaires


Les précipitations hivernales ont été particulièrement abondantes dans l’Upper Midwest (au 5e rang depuis 1895 sur la période janvier-avril, mais au 1er rang sur la période janvier-février), en particulier en raison d’un mois de février 2019 particulièrement humide. Eau Claire (dans le Wisconsin) a notamment enregistré en février 2019 son mois le plus neigeux tous mois confondus avec un cumul de 136,4 cm.
Les précipitations hivernales ont également été excédentaires plus à l’ouest, en particulier dans le Montana où il est tombé 464,8 mm en février 2019 à Black Bear, ce qui constitue un record mensuel pour l’État du Montana (précédent record : 438,2 mm à Poorman Creek en février 1979) !
Les précipitations se sont produites le plus souvent sous forme neigeuse, notamment à Great Falls (cumul mensuel de 82 cm, jusqu’à 107 cm au sud de la ville) et à Bozeman (mois de février le plus neigeux à l’aéroport international de Bozeman Yellowstone).

Bref, un mois de février particulièrement humide dans le Montana mais aussi à l’échelle nationale (au 2e rang depuis 1895), qui ponctue l’hiver météorologique le plus humide depuis le début des mesures à l’échelle des États-Unis contigus avec un cumul moyen national de 228,9 mm (soit un excédent de +33% par rapport à la moyenne), juste devant l’hiver 1997-1998 avec 228,3 mm.

Notons par ailleurs que les États-Unis ont enregistré la plus forte pluviométrie à l’échelle des 48 États contigus sur une période glissante de 12 mois, de mai 2018 à avril 2019 : le cumul moyen national s’élève à 919,5 mm (précédent record : 908,8 mm d’avril 2015 à mars 2016).
Ce record s’inscrit dans une tendance à la hausse de la pluviométrie dans le pays à l’échelle annuelle depuis 1895. Selon l’US National Assessment, les précipitations annuelles ont augmenté de 4% sur la période 1901-2015 à l’échelle nationale (Alaska et Hawaï compris).

On notera enfin que les précipitations ont également été excédentaires sur les 4 premiers mois de l’année 2019 dans tout l’ouest des États-Unis, en particulier en février (qui se classe au 3e rang des mois de février les plus humides depuis 1895), avec notamment d’importantes chutes de neige au début du mois sur la Sierra Nevada : il est tombé (non officiellement) jusqu’à 183 cm (72 inches) de neige fraîche en 24h à la station de ski de June Mountain le 2-3 février 2019 (9h-9h AM), le record officiel pour l’État de Californie étant de 170 cm (67 inches) le 05/01/1982 à Echo Summit (au sud du lac Tahoe).









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* Une des plus fortes anomalies thermiques positives observées à l’échelle mensuelle dans le monde. Le record est vraisemblablement détenu par la station russe Ostrov Vize avec une anomalie de +14,8°C en janvier 2016 par rapport à la moyenne mensuelle calculée depuis 1945, mais qui s’élève à +17,3°C par rapport à la normale mensuelle calculée sur la période 1961-1990 !