Affichage des articles dont le libellé est pression. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est pression. Afficher tous les articles

vendredi 1 janvier 2021

2 tempêtes majeures dans la région subarctique des Aléoutiennes

La fin d’année 2020 a été marquée par un temps extrêmement agité dans le Pacifique nord, dans cette région située sur la trajectoire préférentielle des dépressions (on parle aussi de « rail des dépressions ») et que l’on appelle plus communément la « dépression des Aléoutiennes ». On lui prête souvent un rôle à l’échelle du temps réel en la qualifiant de « centre d’action », ce qui relève plus de l’animisme météorologique ; il s’agit en réalité d’une aire barométrique statistiquement dépressionnaire (fondée sur des moyennes de pression) qui résulte une fois encore de la dynamique aérologique.

En à peine 8 jours, deux tempêtes majeures se sont succédé dans la région subarctique des Aléoutiennes, associées à des pressions extrêmement basses et accompagnées de puissantes rafales de vent qui ont généré une très forte houle.

La première tempête a atteint l’archipel des Aléoutiennes le 27 décembre après un développement explosif : la pression est descendue jusqu’à 938 hPa le 27 décembre à 0h UTC après une chute de 60 hPa en 36 heures. La tempête a généré également des vagues de 16 à 17 m de haut.

 

Très rapidement, plusieurs modèles ont alerté sur le développement explosif en toute fin d’année d’une seconde tempête encore plus puissante, en prévoyant à 3 jours d’échéance un minimum dépressionnaire dans le sud de la mer de Béring de l’ordre de 928 hPa selon GFS, 927 hPa selon ECMWF et 925 hPa selon CMC/GEM. Au fur et à mesure que l’on s’est rapproché de l’échéance, les modèles ont revu encore à la baisse le minimum dépressionnaire attendu : 923 hPa puis même 918 hPa selon le modèle GFS.

 

Cette dépression particulièrement creuse a été générée à l’avant d’une puissante masse d’air froid en provenance de Sibérie au cœur de laquelle des pressions exceptionnellement élevées ont été observées les jours précédents (au niveau des plus fortes pressions jamais observées sur Terre), de l’ordre de 1070-1080 hPa (valeurs réduites au niveau de la mer), voire davantage localement à la faveur de fortes inversions thermiques (jusqu’à 1093,6 hPa à Tosontsengel, 1094,3 hPa à Tsetsen Uul et 1094,9 hPa à Bajdrag en Mongolie le 29 décembre et même 1096,7 hPa à Bajdrag au cours de la nuit suivante !). [> Plus de détails sur la page consacrée à cet événement.]
Au fur et à mesure que l’air froid sibérien a progressé sur le Pacifique nord-ouest tout en gagnant les basses latitudes, une puissante advection d’air plus doux et humide s’est organisée à l’avant et s’est enroulée autour d’un minimum dépressionnaire exceptionnellement bas. L’intensité et le creusement extrêmement rapide de cette dépression ont été amplifiés aussi par un puissant courant-jet, c’est-à-dire un courant d’ouest très rapide en altitude.


La NOAA a estimé que la pression au cœur de cette tempête est descendue jusqu’à 921 hPa le 31 décembre en abordant par le sud la mer de Béring, après une chute vertigineuse comme on le voit sur le graphique de la bouée 46071 située juste au sud de l’île d’Amchitka ; elle s’est maintenue à ce niveau durant au moins 6 heures d’affilée entre 12h et 18h UTC et en dessous de 924 hPa durant au moins 12 heures d’affilée entre 12h et 24h UTC, ce qui est tout à fait exceptionnel ! Il s’agit de la plus basse pression estimée au cœur d’une dépression dans cette région du monde. Le précédent record était de 924 hPa le 7 novembre 2014 (ex-typhon Nuri) et le 13 décembre 2015.
On retiendra aussi cet écart barométrique exceptionnel de 131 hPa atteint le 31 décembre à 18h UTC entre la pression maxi en Sibérie (1052 hPa) et la pression au cœur de la dépression des Aléoutiennes (921 hPa) !


À Eareckson Air Station, sur l’île Shemya (archipel des Aléoutiennes), la pression est descendue à 924,8 hPa le 31 décembre à 11h59 (AKST), après une baisse de 66,5 hPa en 24 heures ! Il s’agit de la plus basse pression jamais enregistrée dans la région par une station météo. Le précédent record officiellement reconnu était de 925 hPa le 25 octobre 1977 à bord d’un navire amarré dans le port de Dutch Harbor sur l’île d’Unalaska.

Cette tempête exceptionnelle a généré des vagues d’une hauteur supérieure à 17 mètres. La bouée 46071 a enregistré une vague de 17,71 m le 31 décembre 2020 (à 2h50 PM HAST) !


mercredi 30 décembre 2020

Des pressions exceptionnellement élevées en Mongolie et en Sibérie

Le froid glacial déjà présent depuis plusieurs jours sur la Sibérie, le nord de la Chine et la Mongolie s’est encore accentué dans la nuit du 29 au 30 décembre 2020 avec jusqu’à -57,5°C à Oïmiakon (745 m, Sibérie orientale) et -48,0°C à Gandan Huryee (1421 m, Mongolie). Le puissant anticyclone positionné sur la Sibérie s’est renforcé et étendu à la Mongolie, avec des pressions atmosphériques (réduites au niveau de la mer) supérieures à 1070-1080 hPa, voire davantage localement à la faveur de fortes inversions thermiques : jusqu’à 1070,9 hPa à Zhigalovo (418 m) le 28/12 (18h UTC), 1077,5 hPa à Nizne-Usinskoje (665 m) le 29/12 (3h UTC) et 1079,3 hPa à Toora-Hem (919 m) le 29/12 (0h-3h UTC) pour les stations russes situées respectivement en dessous de 500 m, 750 m et 1000 m d’altitude ; jusqu’à 1090,4 hPa à Gandan Huryee (1421 m) le 29/12 (0h UTC), 1091,3 hPa à Nömrög [Numrug] le 29/12 (9h35-9h40 loc.), 1091,7 hPa à Bayan-Uul le 29/12 (7h40 loc.), 1092,4 hPa à Bayanbulag le 29/12 (9h00 loc.), 1093,6 hPa à Tosontsengel (1724 m) le 29/12 (10h05 loc.), 1094,3 hPa à Tsetsen Uul (1928 m) le 29/12 (0h UTC) et même 1094,9 hPa le 29/12 (7h15 loc.) et 1096,7 hPa le 30/12 (3h55 loc.) à Bajdrag pour les stations mongoles situées au-dessus de 1400 m d’altitude ! On se situe très clairement au niveau des plus fortes pressions jamais observées sur Terre, même si le record n’a pas été battu.


Rappelons qu’en matière de records de hautes pressions atmosphériques réduites au niveau de la mer, la Commission de climatologie de l’OMM a décidé en 2012 de distinguer deux catégories de stations météorologiques en fonction de leur altitude : celles situées au-dessus de 750 m d’altitude et celles situées en dessous. En effet, l’altitude élevée de certaines stations rend la réduction/simulation barométrique au niveau de la mer finalement peu significative (d’autant qu’elle peut différer selon la méthode de calcul utilisée) et ne permet pas véritablement les comparaisons. En d’autres mots, plus l’altitude de la station est élevée et les inversions thermiques marquées, moins la réduction barométrique au niveau de la mer est significative, le poids calculé de la colonne d’air entre 0 m et l’altitude de la station n’étant finalement que fictif.

Au regard de la classification de l’OMM, le record mondial pour les stations situées en dessous de 750 m d’altitude est toujours détenu par la station russe d’Agata (261 m) avec une pression réduite au niveau de la mer de 1083,3 hPa le 31 décembre 1968 (12h UTC). Pour les stations situées au-dessus de 750 m d’altitude, le record est détenu officiellement par Tosontsengel, station située dans le nord-ouest de la Mongolie à 1724 m d’altitude : l’OMM a retenu la valeur de 1084,8 hPa le 19 décembre 2001 (après correction de la valeur initiale de 1085,6 hPa), puis la valeur de 1089,1 hPa le 30 décembre 2004. Depuis 2004, des valeurs supérieures ont été avancées à plusieurs autres reprises à Tosontsengel et dans d’autres stations de Mongolie, mais sans être encore validées à ce jour : en particulier en janvier 2016 avec jusqu’à 1099,8 hPa à Tsetsen Uul le 24/01 (0h UTC) [6 jours plus tard, la température était descendue à -52,8°C le 30/01 dans cette même station avec une pression de 1098,9 hPa à 18h UTC] !
> Toutes ces valeurs sont répertoriées sur notre page dédiée aux records de hautes pressions atmosphériques dans le monde.


dimanche 10 mai 2020

Descentes d’air froid massives et simultanées sur l’Amérique du Nord et l’Europe

De l’air polaire s’est écoulé massivement à l’est et à l’ouest du Groenland du 8 au 13 mai 2020, entraînant une baisse des températures sur le nord-ouest de l’Europe et de façon plus notable sur l’Amérique du Nord en raison de sa continentalité plus marquée.


Les températures ont sensiblement baissé sur l’Europe de l’Ouest à partir du 11 mai, parfois de manière très brutale et en quelques heures seulement. Cette offensive hivernale tardive s’est fait d’abord ressentir en Islande, en particulier en montagne, où la température est descendue jusqu’à -22,2°C le 9 mai à Dyngjujökull (1689 m) : il s’agit de la plus basse température jamais enregistrée en Islande au mois de mai (précédent record : -21,7°C le 2 mai 2013 à Brúarjökull [845 m]), même s’il faut toutefois nuancer cette valeur qui ne sera sans doute pas validée officiellement, car le capteur thermique de la station de Dyngjujökull (qui n’existe que depuis 2016) est placé légèrement plus bas au-dessus du sol que la hauteur standard (la couverture neigeuse anormalement élevée pour cette période de l’année compromettant aussi la mesure par une plus grande proximité avec le capteur).

En Amérique du Nord, l’air froid a envahi l’ensemble du continent situé à l’est des Rocheuses, associé à des pressions extrêmement élevées* sur le nord du Canada : jusqu’à 1058,2 hPa le 9 mai à Robertson Lake AWS (Nunavut), 1057,2 hPa (à 18h UTC) à Cape Peel West (Nunavut), 1056,8 hPa (18h UTC) à Hat Island (Territoires du Nord-Ouest), 1056,5 hPa (18h UTC) à Bathurst Inlet (Nunavut) et 1056,1 hPa (18h UTC) à Cambridge Bay (Nunavut).
De telles valeurs de pression sont exceptionnelles pour un mois de mai, d’autant plus pour l’archipel arctique canadien qui enregistre à cette occasion un record mensuel de haute pression seulement un mois après avoir déjà battu un record mensuel le 2 avril dernier (1068,2 hPa à Fort Ross [Nunavut]).
On notera également un écart de près de 80 hPa entre les hautes pressions sur le nord du Canada et les pressions anormalement basses sur la côte atlantique associées à une intense dépression : jusqu’à 979,0 hPa le 9 mai (20h44 UTC) à Saint John (Nouveau-Brunswick) qui enregistre un record mensuel de basse pression (précédent record : 985,8 hPa) ; d’autres stations ont également enregistré dans la soirée du 9 mai un record mensuel de basse pression, comme Moncton (Nouveau-Brunswick) avec 981,4 hPa (précédent record : 984,2 hPa le 11 mai 1945) ou encore Eastport (dans l’État américain du Maine) avec 982,0 hPa (précédent record : 982,4 hPa le 9 mai 1926) !
La situation synoptique actuelle est donc tout à fait comparable à celle observée au début du mois d’avril 2020, au cours de laquelle on avait relevé un écart de pression d’au moins 96 hPa entre le nord du Canada et le proche Atlantique, ainsi que des records de pression dans les mêmes régions.

Cette descente massive d’air froid sur l’Amérique du Nord s’est traduite par des records mensuels de froid dans plusieurs grandes villes du Midwest et du nord-est des États-Unis : à titre d’exemple, on a relevé -2,8°C le 9 mai à Indianapolis (Indiana) où il n’avait jamais fait aussi froid en mai depuis le début des mesures en 1871 (précédent record : -2,2°C le 10 mai 1966) ! Des records mensuels de froid ont également été enregistrés le 9 mai à Fort Wayne (Indiana) avec -5,0°C (les -5,0°C les plus tardifs remontaient ici aux 20 avril 1904 et 20 avril 1897), à Binghamton (New York) avec -4,4°C, ou encore à l’aéroport de La Guardia (New York) avec 2,2°C.
À Central Park (New York), la température a chuté à 1,1°C le 9 mai au matin : il faut remonter à 1891 pour trouver au cœur de « Big Apple » une température aussi froide au mois de mai !
Par ailleurs, la température la plus basse dans le Midwest a été relevée à Van Wert (Ohio) avec -7,8°C le 9 mai : il s’agit là aussi d’un record mensuel de froid depuis le début des mesures en 1893, tout près même du record mensuel de froid pour l’État de l’Ohio (-8,3°C le 10 mai 1966 à Jackson 2NW) !

Le froid a gagné aussi les régions plus méridionales des États-Unis : on a relevé par exemple une température minimale de 1,7°C le 9 mai à l’aéroport international de Nashville (Tennessee), où il n’avait jamais fait aussi froid aussi tardivement depuis le début des mesures en 1871 (précédent record : 1,7°C le 6 mai 1968).

Des chutes de neige localement abondantes se sont produites sur la façade atlantique du continent nord-américain, alimentées en humidité par une intense dépression qui s‘est creusée très rapidement dans le golfe du Maine. Il a neigé notamment à Central Park (New York) le 9 mai (traces au sol), égalant ainsi la chute de neige la plus tardive datant du 9 mai 1977. Il est tombé également le même jour en Virginie-Occidentale 63,5 cm à Snowshoe (record en 24h pour un mois de mai à la station) et 38,1 cm à Elkins (record en 24h pour un mois de mai, battant les 17,8 cm mesurés en mai 1963). Notons aussi qu’il a neigé sous forme d’averses à Pittsburgh les 8 et 9 mai (traces au sol) : il faut remonter aux 9 et 10 mai 1923 pour observer deux jours consécutifs avec de la neige au mois de mai dans cette ville de Pennsylvanie.

______________________
* Cf. cartes ci-dessous des records de haute pression en mai au Canada, avant le 8 mai 2020 (à gauche) et après le 10 mai 2020 (à droite) :
© David Roth (via son compte Twitter)


dimanche 29 mars 2020

Plus forte pression tous mois confondus dans les îles Britanniques depuis 1926 !

Après l’Islande la veille, les îles Britanniques ont enregistré des pressions historiquement élevées pour un mois de mars le dimanche 29 mars 2020. La pression au cœur du puissant anticyclone centré au sud de l’Islande s’est renforcée pour atteindre 1055 hPa le 29 matin (selon le Met Office). Pour trouver des pressions plus élevées sur le proche Atlantique, il faut remonter au 28-29 janvier 2003 (1057,2 hPa le 28 janvier à 12h UTC selon la réanalyse ERA-Interim).


Les plus fortes pressions ont été relevées par 3 bouées marines situées au large des côtes nord-occidentales britanniques : 1052,6 hPa le 29 mars à la bouée K5 (à 2h et 3h du matin) au large des côtes écossaises, 1052,6 hPa à la bouée K4 (à 13h) et 1051,9 hPa à la bouée M4 (à 12h) au large des côtes irlandaises.

Source : archives du Met Office
Au Royaume-Uni, la pression (réduite au niveau de la mer) a dépassé les 1050 hPa en de nombreux endroits, de l’Écosse à l’Irlande du Nord. On a relevé le dimanche 29 mars jusqu’à 1051,2 hPa à South Uist Range et 1051,1 hPa sur l’île Tiree en Écosse, jusqu’à 1051,0 hPa à Magilligan et 1050,5 hPa à Ballypatrick Forest en Irlande du Nord. La plus haute pression pour un mois de mars au Royaume-Uni et dans les îles Britanniques plus généralement était officiellement de 1048,6 hPa le 9 mars 1953 à Tynemouth (Angleterre). Toutefois, cette valeur paraît suspecte au regard des archives météorologiques consultées (cf. document ci-contre) et relèverait plutôt d’une erreur de transcription (la valeur exacte serait en réalité de 1043,6 hPa ce jour-là). Le précédent record le plus fiable serait ainsi de 1047,9 hPa le 3 mars 1990 à St Mary’s Airport (îles Scilly, en mer Celtique). Quoi qu’il en soit, le précédent record mensuel de haute pression pour les îles Britanniques a donc été pulvérisé ce dimanche 29 mars !

En outre, il faut remonter au 24 décembre 1926 pour trouver une pression plus élevée dans les îles Britanniques, avec 1051,9 hPa à Wick (Écosse), le record absolu étant toujours détenu par Aberdeen (Écosse) avec 1053,6 hPa le 31 janvier 1902.

En Irlande, on a relevé le dimanche 29 mars jusqu’à 1051,3 hPa à Malin Head (à 12h), pulvérisant ainsi le record mensuel national (précédent record : 1047,1 hPa le 13 mars 1900 à l’observatoire de Valentia dans le comté de Kerry). Pour trouver des pressions supérieures en Irlande tous mois confondus, il faut même remonter au 28 janvier 1905, date à laquelle l’observatoire de Valentia dans le comté de Kerry a établi le record national avec 1051,9 hPa.

Par ailleurs, notons que c’est la 2e fois cette année que la pression dépasse la barre des 1050 hPa dans les îles Britanniques : pour mémoire, la pression en surface a atteint et dépassé les 1050 hPa dans un grand nombre de stations du sud de l’Angleterre les 19 et 20 janvier dernier, établissant à cette occasion la plus haute pression tous mois confondus pour les îles Britanniques depuis le 16 janvier 1957.
Selon le spécialiste Stephen Burt, on ne comptabilisait avant 2020 que 9 autres événements comparables depuis 1800 au cours desquels des pressions supérieures ou égales à 1050 hPa ont été observées dans les îles Britanniques, ce qui souligne le caractère exceptionnel de ce début d’année 2020.

samedi 28 mars 2020

Record de haute pression en Islande pour un mois de mars depuis 1883 !

Après s’être maintenue en phase positive durant au moins 91 jours consécutifs (soit du 29 décembre 2019 au 28 mars 2020) avec des valeurs d’indice historiquement élevées en février, l’oscillation arctique (AO en anglais) évolue depuis quelques jours vers des conditions plus neutres et semble transiter vers un mode négatif (au moins temporairement).
L’oscillation nord-atlantique (qui constitue une vue régionale de l’oscillation arctique) évolue également vers un mode négatif, après avoir connu une phase positive durant quasiment tout l’hiver 2019-2020, avec de hautes pressions plus marquées des Açores à l’Afrique du Nord et des pressions anormalement basses entre le Groenland et la Scandinavie (en particulier de l’île de Jan Mayen aux îles Féroé, en passant par l’Islande).

Comme prévu il y a quelques jours, un changement s’est opéré dans la dynamique aérologique ce samedi 28 mars avec l’arrivée d’un puissant anticyclone dans l’Atlantique nord-est, centré au sud de l’Islande. La pression a atteint 1050,5 hPa dès la mi-journée à Hjarðarland í Biskupstungum et 1050,4 hPa à Eyrarbakki sur la côte sud-occidentale de l’Islande : il s’agit de la plus haute pression enregistrée en Islande pour un mois de mars depuis 137 ans ! Il faut remonter au 6 mars 1883 pour trouver des pressions plus élevées dans le pays avec 1051,7 hPa à Vestmannaeyjar (îles Vestmann) et 1050,7 hPa à Stykkishólmur. Il faut également remonter à l’année 1962 pour trouver des pressions supérieures à 1048 hPa au mois de mars en Islande (jusqu’à 1048,5 hPa à Galtarviti) et au 16 avril 1991 pour trouver des pressions plus élevées tous mois confondus (1050,8 hPa à Egilsstaðir).
Notons que certaines stations situées au-dessus de 600 m d’altitude ont enregistré des pressions réduites au niveau de la mer encore supérieures (1054,2 hPa à Setur [693 m] et 1054,1 hPa à Veiðivatnahraun [647 m]), mais l’altitude plus élevée de ces stations rend la réduction barométrique au niveau de la mer moins significative et ne permet pas véritablement les comparaisons.

Notons également que la pression a rarement atteint les 1050 hPa en Islande au cours des 200 dernières années, seulement à 8 reprises au 19e siècle et à 5 reprises depuis le début du 20e siècle (les valeurs les plus élevées sont indiquées ci-dessous pour les 13 événements répertoriés) :
  • 1058,5 hPa le 03/01/1841 à Reykjavik [1057,6 hPa le 04/01/1841] ;
  • 1051,8 hPa le 14/02/1892 à Stykkishólmur et à Akureyri ;
  • 1051,7 hPa le 11/12/1846 à Reykjavik ;
  • 1051,6 hPa le 12/01/1890 à Akureyri ;
  • 1051,1 hPa le 14/01/1892 à Vestmannaeyjar (îles Vestmann) ;
  • 1051,7 hPa le 06/03/1883 à Vestmannaeyjar (îles Vestmann) et 1050,7 hPa à Stykkishólmur ;
  • 1050,9 hPa le 23/12/1836 à Reykjavik ;
  • 1050,0 hPa le 26/02/1890 à Stykkishólmur ;
    –––––––––––––
  • 1054,2 hPa le 16/12/1917 à Stykkishólmur ;
  • 1051,7 hPa le 25/02/1962 à Dalatangi et le 26/02/1962 à Akureyri ;
  • 1051,1 hPa le 17/01/1977 à Galtarviti (Keflavik) ;
  • 1050,8 hPa le 16/04/1991 à Egilsstaðir ;
  • 1050,0 hPa le 24/02/2006 à Dalatangi et à Skjaldþingsstaðir.

Les modèles prévoient des pressions encore plus élevées le dimanche 29 mars au cœur de cet anticyclone, possiblement jusqu’à 1055 hPa. De telles valeurs sont extrêmement rares pour une fin mars sur le proche Atlantique : le record mensuel officiel de haute pression pour les îles Britanniques, vieux de 67 ans (1048,6 hPa* le 09/03/1953 à Tynemouth [Angleterre]), est d’ores et déjà battu ce samedi soir avec 1048,8 hPa à 20h à Stornoway (Écosse). Si la pression atteint 1050 hPa dimanche, ce sera aussi la 2e fois cette année que la pression dépasse la barre des 1050 hPa dans les îles Britanniques : pour mémoire, la pression en surface a atteint et dépassé les 1050 hPa dans un grand nombre de stations du sud de l’Angleterre les 19 et 20 janvier dernier, enregistrant à cette occasion la plus haute pression tous mois confondus pour les îles Britanniques depuis le 16/01/1957.

_____________
* Ce record paraît néanmoins suspect au regard des archives météorologiques consultées et relèverait plutôt d’une erreur de transcription (la valeur exacte serait en réalité de 1043,6 hPa ce jour-là).
Nous préférons retenir ici comme record le plus fiable les 1047,9 hPa du 3 mars 1990 à St Mary’s Airport (îles Scilly, en mer Celtique).

samedi 3 août 2019

Plus de 80 jours consécutifs avec un indice NAO négatif : une séquence inédite !

+ Animation du 26/04 au 11/07/2019
L’indice de l’oscillation nord-atlantique (ONA, ou North Atlantic Oscillation en anglais – NAO), calculé à partir de la différence de pression entre l’Islande et les Açores, affiche des valeurs négatives depuis le 26 avril dernier. Après avoir atteint cette année une valeur négative record (-2,62) pour un mois de mai, avec des pressions anormalement élevées au pôle Nord, en Islande et dans l’Arctique plus largement depuis plus de trois mois, l’indice NAO reste toujours négatif en ce début de mois d’août 2019 et aucun changement notable n’est attendu avant la mi-août selon les dernières prévisions.

Au niveau 500 hPa (soit ~5500 m d’altitude), on a comptabilisé une série de 88 jours consécutifs avec un indice NAO négatif du 26 avril au 22 juillet 2019, ce qui constitue la plus longue séquence jamais observée depuis 1950 (précédent record : 68 jours du 6 juin au 12 août 2011) ! On remarquera d’ailleurs que 6 des 10 plus longues périodes ont été observées depuis 2010.
Après des valeurs très légèrement positives du 23 au 25 juillet, l’indice NAO au niveau 500 hPa est redevenu négatif les jours suivants.


En surface, la série s’est interrompue le 18 juillet avec une valeur légèrement positive (+0,11), après 83 jours consécutifs avec un indice NAO négatif (précédent record depuis 1900 : 69 jours du 20 janvier au 29 mars 1947). Toutefois, l’indice NAO est redevenu négatif dès les deux jours suivants et affiche des valeurs abyssales en ce début de mois d’août 2019 (-2,26 le 1er août et même -2,35 le 4 août) !

Sans surprise, l’indice de l’oscillation nord-atlantique affiche la valeur négative la plus basse depuis 1950 sur la période mai-juillet 2019 : une situation radicalement différente de celle de l’an dernier sur la même période.
Le mois d’août 2019 a commencé avec un indice NAO encore plus bas. Aucun changement notable n’est attendu avant la mi-août selon les dernières prévisions (à l’heure où nous écrivons).



Dans une telle configuration isobarique, rappelons que la circulation d’ouest est plus faible et le courant-jet décrit des ondulations plus marquées, favorisant de puissantes advections d’air chaud en provenance du nord de l’Afrique (comme ce fut le cas sur la France à la fin du mois de juin 2019 et du 22 au 26 juillet 2019 avec deux épisodes caniculaires successifs) entre deux coulées d’air plus froid sur le proche Atlantique et du nord de l’Europe à l’Europe de l’Est. Cela se traduit généralement en été par des températures anormalement basses et des précipitations excédentaires sur le nord-ouest de l’Europe et une large moitié sud de la Fennoscandie, comme l’indiquent les cartes schématiques ci-contre proposées par le Met Office.
Les conditions météorologiques qui ont touché le centre et le sud de la Norvège au début du mois de juillet viennent confirmer ce schéma climatique : à la faveur d’une coulée d’air plus froid et humide, le centre du pays en particulier a enregistré des températures anormalement basses et des précipitations neigeuses sur les reliefs, avec de la neige au sol à partir de 1200 m d’altitude et les premiers flocons observés localement à partir de 600 m (notamment à Lebergsfjellet situé à 625 m dans le comté de Møre og Romsdal, par 62° de la latitude N !). Il faut remonter au moins à la mi-juillet 1983 pour trouver un événement comparable à cette période de l’année. Il a neigé notamment au col du Sognefjell (1415 m) où la température est descendue jusqu’à -3,0°C le 3 juillet au matin (2e plus basse température minmale à la station pour un mois de juillet). La couche de neige a atteint 25 cm le 5 juillet au matin à Mannen (1294 m), avec des températures qui se sont maintenues en dessous de 0°C durant 76 heures consécutives (du 1er au 4 juillet). La température est descendue jusqu’à -6,4°C le 3 juillet à Juvvasshøe (1894 m), soit la plus basse température enregistrée en Norvège au mois de juillet depuis 1964, tout près du record mensuel national de froid (-8,3°C le 5 juillet 1951 au Mt Fannaråki). Il s’agit d’ailleurs d’un record de froid pour un mois de juillet dans le comté d’Oppland (précédent record : -5,3°C en juillet 1964 à Fokkstua [970 m]). Deux autres comtés norvégiens ont également enregistré le 3 juillet un nouveau record mensuel de froid : le comté de Sør-Trøndelag avec -4,5°C à Storhornet (1550 m) (précédent record depuis 150 ans : -3,4°C le 19 juillet 1910 [!] à Røros [628 m]) et le comté de Møre og Romsdal avec -2,7°C à Mannen (1294 m) (précédent record : -1,9°C en juillet 2010 à Mannen). Notons aussi que la température est descendue à 1,5°C le 4 juillet à Aurskog (128 m) dans le sud-est du pays et 2,5°C le 5 juillet au matin à Nesbyen-Todokk (166 m), la station détenant le record national de chaleur (35,6°C le 20 juin 1970). Signalons enfin que la température n’a pas dépassé 6,9°C à Kvamskogen-Jonshogdi (452 m) le 2 juillet au plus chaud de l’après-midi !

L’animation ci-contre des anomalies de température au niveau 850 hPa (~1500 m d’altitude) du 2 au 9 juillet 2019 illustre parfaitement une phase NAO négative, avec une composante méridienne plus marquée des flux en présence : de l’air plus frais qui s’écoule sur le proche Atlantique (avec une dépression isolée au large du Portugal qui amène de la fraîcheur sur l’ouest de la péninsule Ibérique et favorise à l’avant l’advection d’un air plus chaud en provenance d’Afrique du Nord sur la France) et de l’air froid qui s’écoule du nord de l’Europe à l’Europe de l’Est.

Source : Mika Rantanen
La persistance de ces conditions dynamiques associées à un indice NAO négatif s’est traduite par une première quinzaine de juillet bien plus froide que la normale à Helsinki (Finlande), la plus froide depuis 1996 et l’une des plus froides depuis les années 1960.
Plus à l’est, l’ensemble du mois de juillet 2019 affiche même des valeurs bien inférieures aux normales dans l’ouest de la Russie, notamment à Moscou où il faut remonter à 1987 pour observer un mois de juillet aussi frais (Tm de 16,8°C, soit 2,4°C en dessous de la normale mensuelle 1981-2010, loin toutefois du record de juillet 1904 [Tm de 14,6°C]).
Des températures remarquablement basses ont également été enregistrées au cours du mois de juillet dans l’ouest de la Russie, comme le 13 juillet à Kotlas avec seulement 3,7°C de température minimale (un record de froid pour un 13 juillet à la station depuis le début des mesures en 1936) et surtout en fin de mois avec des records mensuels de froid dans plusieurs stations : 2,3°C le 30 juillet à Sarlyk, 2,7°C à Radishchevo, 3,6°C à Sassovo et 3,9°C à Tambov le même jour.


Bien entendu, tout est mobile — les dépressions comme les anticyclones —, si bien que toutes les régions sont susceptibles d’enregistrer temporairement des températures anormalement basses ou anormalement élevées en période de NAO négatif en fonction du déplacement des centres d’action et des blocages aérologiques.
On observe toutefois que les coulées d’air froid adoptent deux trajectoires préférentielles à l’échelle moyenne de la dynamique aérologique dans cette région du monde, l’une sur le proche Atlantique et l’autre de l’Europe du Nord à l’Europe de l’Est (avec une composante méridienne plus marquée au cours de l’hiver boréal). La France est le plus souvent positionnée entre ces deux trajectoires préférentielles (comme l’indique aussi la tendance à la hausse de la fréquence des vents de secteur sud/sud-ouest sur l’Europe occidentale depuis les années 1960), tantôt sous l’influence d’une advection d’air chaud en provenance d’Afrique du Nord à l’avant d’une masse d’air plus froid circulant sur le proche Atlantique et glissant le long des côtes nord-ouest de l’Afrique, tantôt (voire les deux) sur la façade ouest d’un anticyclone (donc dans un flux de sud dans le sens de rotation anticyclonique) positionné plus à l’est sur le centre de l’Europe qui ralentit le flux d’ouest, jusqu’à le bloquer plus ou moins durablement (son influence variant en fonction de sa pression, son étendue, sa vitesse de déplacement et ses caractéristiques hygrothermiques). Notons d’ailleurs que la continentalité (croissante vers l’est) joue un rôle non négligeable dans la survenue de ces situations de blocage (été comme hiver, mais avec des effets différents) : rappelons que l’air froid est plus lourd que l’air chaud, de même que l’air sec est plus lourd que l’air humide, tout cela a nécessairement des conséquences sur la dynamique aérologique à l’échelle synoptique.

Comme on l’a déjà signalé plus haut, 6 des 10 plus longues séquences avec un indice NAO négatif ont été observées au cours des 10 dernières années, dont 3 sur 6 en été. Une étude parue en 2015 dans la revue Science vient également souligner le phénomène en mettant en évidence une tendance à la baisse du flux zonal en été depuis plus de 30 ans dans l’hémisphère nord aux moyennes latitudes (cf. graphique de gauche ci‑dessous) : cela se traduit par des ondulations plus amples du jet-stream, des situations de blocage plus fréquentes et durables, une augmentation des échanges méridiens d’air et d’énergie, avec alternance de pulsations extrêmement chaudes et coulées froides de part et d’autre. Si cette tendance se poursuit dans les prochaines années, les épisodes caniculaires pourraient donc devenir plus fréquents et intenses en France, avec une masse d’air toujours plus chaude lors des situations de blocage (comme on peut déjà l’observer à partir des radiosondages de Paris et Bordeaux sur les deux graphiques de droite ci-dessous).



lundi 10 juin 2019

Pression record en Islande et indice NAO très négatif

La pression atmosphérique à l’aéroport de Reykjavik (Islande) a atteint 1040,6 hPa le 11 juin 2019 en toute fin de journée, soit ~15 hPa de plus que dans l’archipel des Açores et près de 30 hPa de plus qu’à Gibraltar ! Il s’agit de la plus haute pression jamais enregistrée en Islande au mois de juin (précédent record : 1040,4 hPa le 21 juin 1939 à Stykkishólmur) !
Cet événement survient après un mois de mai 2019 déjà exceptionnellement anticyclonique en Islande (cf. carte en haut à droite), marqué par un déficit pluviométrique important, un temps assez chaud et ensoleillé dans l’ouest du pays, mais plus frais dans le nord sous l’influence directe d’un flux de NE prédominant.
En mai 2019, la pression moyenne mensuelle à Reykjavik a atteint 1020,2 hPa, soit +7,8 hPa par rapport à la moyenne 1961-1990 et +9,3 hPa par rapport à la moyenne des 10 dernières années. Elle n’avait pas été aussi élevée en mai depuis 1975 (1020,5 hPa) et depuis février 1986 (1022,5 hPa) tous mois confondus.

L’indice de l’oscillation nord-atlantique (ONA, ou "North Atlantic Oscillation" en anglais – NAO), calculé à partir de la différence de pression entre l’Islande et les Açores (ou Gibraltar), a atteint une valeur négative (-2,62) totalement inédite cette année pour un mois de mai depuis 1950 (à l’opposé du mois de mai 2018) !
Dans une telle configuration isobarique (en hiver boréal, mais plus largement de septembre à mai), la circulation d’ouest est plus faible ou plus au sud donnant des températures anormalement basses dans l’ouest et le centre de l’Europe, et un temps plus perturbé dans le bassin méditerranéen et sur le nord du Maghreb. Rappelons que le mois de mai 2019 a été le plus froid depuis 1991 sur une bonne partie de l’Europe, comme en Suisse (5e mois de mai le plus froid aussi depuis 1900) ou en Slovaquie, voire localement depuis plus longtemps comme en Italie : à titre d’exemple, Gela (en Sicile) a connu son mois de mai le plus froid depuis 1920 !


Carte synoptique de surface de l’hémisphère nord
(projection polaire) du 30/05/2019 à 6h UTC.
© Environnement Canada
L’oscillation nord-atlantique (ONA) est également corrélée à l’oscillation arctique (OA) qui couvre tout l’hémisphère nord et dont l’indice est calculé à partir de la différence de pression observée au niveau de la mer entre 20°N et le pôle Nord. En mai 2019 et au cours de la première décade de ce mois de juin, les pressions sont restées anormalement élevées au pôle Nord et dans l’Arctique plus largement (avec notamment près de 1040 hPa au pôle Nord le 30 mai dernier !).
L’anomalie mensuelle de géopotentiels à 500 hPa dans la zone polaire (60-90°N) a été la 2e plus forte pour un mois de mai depuis 1950, juste derrière mai 2010. Ces pressions anormalement élevées associées à un ensoleillement excédentaire ont favorisé la hausse des températures dans l’Arctique, qui a enregistré cette année son mois de mai le plus chaud depuis 1979 au-delà de 70°N.

vendredi 2 novembre 2018

Première offensive hivernale en Europe de l’Ouest et au Maghreb fin octobre 2018

Après un temps exceptionnellement chaud, sec, ensoleillé et anticyclonique dans la continuité du mois de septembre 2018, les conditions météorologiques ont radicalement changé dans l’ouest de l’Europe à la fin du mois d’octobre avec l’arrivée d’une masse d’air froid en provenance directe de l’Arctique, qui s’est traduite par une chute brutale des températures, des chutes de neige précoces sur les principaux massifs (y compris jusqu’à basse altitude) et un temps extrêmement perturbé dans les régions de Méditerranée occidentale avec des épisodes pluvio-orageux particulièrement intenses accompagnés de fortes rafales de vent.

L’intensité de cette descente massive d’air polaire maritime sur toute l’Europe de l’Ouest et le proche Atlantique jusqu’au Maghreb était prévisible au regard des pressions extrêmement élevées observées les jours précédents au-dessus du Groenland. Ces hautes pressions (supérieures à 1060 hPa le 26 octobre au centre de l’inlandsis groenlandais) étaient associées à de l’air extrêmement froid : la température est descendue jusqu’à -55,4°C ce jour-là à la station danoise de Summit (3202 m), qui a battu à cette occasion de 0,2°C son précédent record mensuel de froid, à un peu plus de 2°C de la plus basse température jamais enregistrée au Groenland au mois d’octobre (-57,8°C à NorthGRIP).

La fin du mois d’octobre 2018 a été marquée par un contraste thermique saisissant, entre l’ouest de l’Europe et le Maghreb sous l’influence directe d’un puissant flux de nord avec froid et neige et un grand tiers sud-est du continent européen sous l’influence d’un flux de sud chaud et anticyclonique. À titre d’illustration, on relevait une température minimale nocturne de 17,6°C le 30 octobre au matin à Nowy Sącz (292 m) dans le sud de la Pologne et 18,1°C à Elek (94 m) dans le sud-est de la Hongrie, contre seulement 6,5°C à Gabès (120 m) sur la côte sud-orientale de la Tunisie !
Notons que les températures sont restées anormalement élevées au début du mois de novembre 2018 dans le centre et l’est de l’Europe, toujours sous l’influence d’un flux de sud anticyclonique. La Hongrie a d’ailleurs enregistré un nouveau record de chaleur pour un mois de novembre avec 25,8°C le 1er novembre à Körösszakál dans l’est du pays (précédent record : 25,5°C le 08/11/1997 à Debrecen).

D’une chaleur estivale tardive à un froid hivernal précoce

Toute l’Europe de l’Ouest est passée sans transition de conditions franchement estivales (avec de nombreux records de chaleur tardive, voire localement des records mensuels de chaleur) à des conditions hivernales.
En France par exemple, la moyenne quotidienne nationale des températures maximales n’avait jamais été mesurée à un niveau aussi élevé aussi tard le 13 octobre et à un niveau aussi bas aussi tôt le 29 octobre (sur la période 1947-2018). La moyenne de 25,8°C du 13 octobre constitue un record de chaleur pour une mi-octobre (précédent record : 25,0°C le 16/10/2017), alors que la moyenne de 7,9°C du 29 octobre égale le record mensuel de froid des 31/10/1974 et 31/10/1956 ! Ce 29 octobre, les températures ont atteint des valeurs inférieures de 10 à 14°C aux moyennes d’une fin octobre, même légèrement inférieures aux moyennes d’un mois de janvier dans le Sud-Ouest notamment, où la station de Bordeaux-Mérignac a enregistré une séquence inédite depuis 1921 de 2 jours consécutifs avec une température maximale quotidienne inférieure à 7°C (6,9°C le 28 octobre et 6,3°C le 29). Même si la plus basse température maximale pour un mois d’octobre n’a pas été battue à la station bordelaise (4,0°C le 27/10/1931), il fallait remonter à octobre 1985 pour trouver une température maximale plus basse en octobre (6,0°C le 29/10/1985).
© Étienne Kapikian via Twitter
De nombreuses autres stations françaises ont enregistré leur plus basse température maximale pour un mois d’octobre, notamment le 29 octobre, comme Millau avec 1,4°C (contre 2,3°C le 31/10/1966), Rodez avec 1,9°C (contre 2,0°C le 29/10/1974), Limoges avec 3,3°C (contre 3,6°C le 24/10/2003), Niort avec 5,3°C (contre 5,9°C le 28/10/2003), La Roche-sur-Yon avec 5,6°C (contre 6,8°C le 28/10/2003), ou encore Sète avec 7,6°C (contre 7,9°C le 26/10/2003). À Sète (Hérault) en particulier, on est passé d’une température maximale de 27,1°C le 24 octobre (record de chaleur pour la 2e décade du mois d’octobre [précédent record : 26,6°C le 29/10/2006], proche de la normale de juillet) à une température maximale de 7,6°C le 29 octobre (Tx la plus basse en octobre depuis le début des mesures à la station [précédent record : 7,9°C le 26/10/2003], inférieure à la normale de janvier [10,8°C]) !

D’autres pays européens ont connu une chute brutale des températures dans les derniers jours du mois d’octobre 2018. C’est le cas notamment de la Suisse, seulement quelques jours après avoir enregistré un nouveau record national de chaleur pour un mois d’octobre le 24 octobre dans le canton du Tessin, où la température est montée par effet de foehn de nord jusqu’à 30,8°C à Ascona et 30,5°C à Locarno-Monti (des valeurs d’autant plus remarquables pour une fin octobre que le précédent record mensuel national avait été enregistré au tout début du mois d’octobre 1997 avec 29,9°C le 1er à Grono dans le canton des Grisons). À Locarno-Monti, la température maximale est passée de 30,5°C le 24 octobre à 17,9°C le 26 puis 13,2°C le 29.

Les îles Britanniques n’ont pas échappé à cette baisse brutale des températures. Alors qu’on relevait jusqu’à 26,5°C le 13 octobre à Donna Nook dans le comté de Lincolnshire en Angleterre (Tx la plus élevée jamais observée aussi tard au Royaume-Uni), la température n’a pas dépassé au Royaume-Uni au plus chaud de la journée les 10,4°C le 27 à Langdon Bay (comté de Kent, Angleterre) [et seulement 8,3°C à Donna Nook]. La nuit du 29 au 30 octobre a été la plus froide avec des températures minimales négatives sur une grande partie du Royaume-Uni où l’on a relevé jusqu’à -7,3°C à Sennybridge (au pays de Galles) et à Shap (dans le nord-ouest de l’Angleterre).
En Irlande, la température est descendue jusqu’à -4,3°C le 30 octobre à l’aéroport de Dublin dans l’est du pays, qui enregistre à cette occasion sa plus basse température pour un mois d’octobre depuis le début des mesures à la station en 1939 !

Le froid a touché également la péninsule Ibérique et l’Espagne en particulier, du nord du pays jusqu’en Andalousie dans le sud, avec des températures anormalement basses les 28 et 29 octobre et quelques records mensuels de froid en prime. On a relevé notamment une température minimale de 2,9°C le 28 octobre et 2,3°C le 29 à Pontevedra en Galice (nord-ouest de l’Espagne), qui améliore à deux reprises son précédent record mensuel de froid depuis le début des mesures à la station en 1985 (4,2°C le 29/10/2012). En Andalousie, où l’on a relevé jusqu’à -1,3°C le 29 octobre à Láujar de Andarax (1518 m) et -1,1°C le même jour à l’aéroport de Grenade (567 m), Jaén a enregistré sa plus basse température minimale depuis le début des mesures en 1983 avec seulement 4,2°C le 28 octobre (précédent record : 4,4°C le 28/10/2012).
Plusieurs stations espagnoles ont également enregistré leur plus basse température maximale pour un mois d’octobre au cours de la journée du 28 octobre, comme Teruel (communauté autonome d’Aragon) avec seulement 5,3°C (contre 6,4°C en octobre 1992), Lugo (Galice) avec 6,6°C (contre 9,3°C en octobre 2003), l’aéroport des Asturies (principauté éponyme) avec 8,2°C (contre 9,9°C en octobre 2003), Jaén (Andalousie) avec 9,1°C (contre 10,0°C en octobre 1992) et l’aéroport de Cordoue (Andalousie) avec 13,8°C (contre 14,4°C en octobre 1988).

L’air froid a gagné des latitudes plus méridionales et atteint le Maghreb.
À Melilla, enclave espagnole sur la côte septentrionale du Maroc, la température est descendue à 9,4°C le 28 octobre, égalant ainsi le record mensuel de froid à la station depuis le début des mesures en 1970 (9,4°C le 31/10/1974). Plus à l’ouest, dans la cité espagnole autonome de Ceuta sur la côte nord de l’Afrique dans le détroit de Gibraltar, la température est descendue à 9,0°C le même jour.
En Tunisie, après un coup de sirocco le 29 octobre, l’air froid a envahi le pays par le nord-ouest le lendemain. La température est descendue notamment à 6,5°C le 30 octobre à Gabès (120 m) sur la côte sud-orientale du pays, ce qui constitue un record mensuel de froid à la station depuis le début des mesures (fiables) en 1957 (le précédent record étant a priori de 8,2°C le 23/10/1996).
En Algérie, le fléchissement des températures a été ressenti jusque dans le centre du pays : on a relevé 5,9°C le 30 octobre à Ouargla (141 m, 31°55’N), 6,0°C le 30 à Hassi-Messaoud (142 m, 31°40’N), 6,5°C le 30 à El Golea (397 m, 30°34’N), 7,0°C le 30 à Tindouf (449 m, 27°42’N) et 9,5°C le 1er novembre à In-Salah (269 m, 27°14’N).


Un temps très perturbé dans le sud-ouest de l’Europe et au Maghreb

L’irruption par le nord-ouest d’un air sensiblement plus froid au-dessus des eaux plus chaudes de la Méditerranée s’est traduite par une forte instabilité aérologique et un temps très perturbé dans le bassin occidental de la Méditerranée et en mer Ligure notamment.
Dans un fort courant de sud-est à l’avant de la masse d’air froid, de l’air doux et humide est remonté en direction du littoral méditerranéen français, du nord-ouest de l’Italie jusqu’au versant sud des Alpes. Une profonde dépression baptisée "Adrian" s’est creusée rapidement le 29 octobre entre les Baléares et la Corse, avant de remonter vers le nord-est en direction du golfe de Gênes. Comme on peut l’observer sur l’image satellite du canal vapeur d’eau (ci-contre, en bas à droite), cette dépression s’est creusée en sortie gauche d’un puissant courant-jet : l’intrusion d’air sec associée à l’anomalie de basse tropopause et au violent courant-jet est très nettement visible sur l’image.
Au passage de la tempête, la pression atmosphérique est descendue en Corse à 979 hPa à Calvi, ce qui constitue la plus basse pression observée sur l’île de Beauté au mois d’octobre, non loin du record absolu (975 hPa au cap Corse le 05/03/2009). Estimé à 974 hPa le 29 octobre à 19h au large de Nice par Météociel, le minimum dépressionnaire est passé tout près d’Imperia en Ligurie (Italie), où une station du réseau MeteoNetwork sur la commune de San Bartolomeo al Mare (20 m) a enregistré une pression minimale de 972,3 hPa, avant de faire un bond de +9,7 hPa en 30 minutes. Il s’agit sans aucun doute d’une des plus basses pressions observées dans le golfe de Gênes, voire un record absolu.
En raison du fort gradient de pression, des vents très violents ont balayé la Corse le 29 octobre en fin d’après-midi (l’île de Beauté ayant été placée en vigilance rouge par Météo France quelques heures plus tôt, avant de gagner la Côte d’Azur et le sud des Alpes en soirée. Les rafales ont généralement été comprises entre 100 et 130 km/h, localement 150 à 190 km/h sur les côtes avec 176 km/h à Marignana (Corse-du-Sud), 188 km/h au cap Corse et à L’Île Rousse (Haute-Corse), et jusqu’à 189 km/h au cap Pertusato (Corse-du-Sud) [une rafale qui surpasse celle relevée au cap Corse (188 km/h) lors de la tempête du 28/10/2012]. À Ajaccio (Corse-du-Sud), les rafales ont atteint 117 km/h. Depuis le début des mesures en 1981, cette valeur n’avait été dépassée que lors de la tempête du 28/12/1999 avec une rafale à 122 km/h.
De violentes rafales tornadiques ont causé des dégâts aux habitations et à la végétation dans les secteurs d’Aléria (dans l’est de l’île) et de Porto-Vecchio (en Corse-du-Sud), tandis que la mer déchaînée a semé le chaos dans la baie d’Ajaccio.

La profonde dépression Adrian est remontée en direction de la Côte d’Azur, où de violentes rafales de vent (associés à une tornade) ont provoqué de gros dégâts sur la commune de Tanneron dans le Var. De fortes pluies se sont abattues sur le littoral qui ont causé d’importantes inondations dans le Var et les Alpes-Maritimes. Cet épisode pluvio-orageux vient ponctuer un mois d’octobre particulièrement arrosé dans les régions méditerranéennes : à titre d’exemple, Le Luc a enregistré un record de pluviométrie tous mois confondus depuis 1946 avec un cumul mensuel de 552,5 mm (précédent record : 527,0 mm en novembre 2014 ; précédent record en octobre : 360,6 mm en 1976), dont 167 mm en l’espace de 36 heures (soit l’équivalent en moyenne de 51 jours de précipitations).
Plus à l’est, les intempéries ont fait plus d’une dizaine de victimes dans le nord de l’Italie et d’importants dégâts dus aux glissements de terrain et aux fortes rafales de vent. De nombreux arbres ont été abattus sous la violence du vent, notamment dans le Trentin-Haut-Adige dans le nord-est du pays (comme on peut le voir sur ces photos) et dans le parc national des Dolomites Bellunesi en Vénétie (cf. cette vidéo), mais également à Rome sur la côte tyrrhénienne (comme on peut le constater sur cette vidéo). La mer déchaînée a causé également la désolation dans le golfe de Gênes (cette vidéo réalisée par Rodrigo Contreras Lopez montre l’étendue des dégâts à Rapallo dans la ville métropolitaine de Gênes).
Pont au-dessus du Piave le 30 octobre 2018
© Meteo Da Correggio

En Vénétie, le niveau du Piave est monté de 10 m (cf. photos ci-contre) à la suite des fortes précipitations dans le nord-est de l’Italie les 23-30 octobre, causant d’importantes inondations. Comme on peut aussi l’observer sur l’image satellite Sentinel-2 du 31 octobre, les fleuves du nord-est de l’Italie ont déversé de grandes quantités de sédiments dans le golfe de Venise situé à l’extrémité nord de la mer Adriatique, entre le delta du Po et la péninsule d’Istrie. On remarque en particulier, au nord-est de Venise, le panache turbiditique (en brun) généré par la crue du Piave à son embouchure.
Par ailleurs, la cité lacustre de Venise a été inondée à près de 70% le 29 octobre en raison d’un intense phénomène d’acqua alta provoqué par le fort vent du sud conjugué aux fortes marées. Le niveau de l’eau à la station de mesure de Punta della Salute a atteint 156 cm, égalant le niveau atteint le 1er décembre 2008. La cité a enregistré des niveaux supérieurs seulement 3 fois depuis 1872 : 158 cm le 01/02/1986, 166 cm le 22/12/1979 et 194 cm le 04/11/1966.
Notons que le niveau est qualifié d’exceptionnel lorsqu’il atteint 140 cm (la cité étant alors inondée à 55%) : il a été atteint seulement 1 fois entre 1872 et 1950, 1 fois tous les 5 à 10 ans à la fin du vingtième siècle et 10 fois (en comptant l’événement récent) au cours des deux dernières décennies.

Avec l’abaissement des températures, la neige est tombée sur les principaux massifs français, en particulier sur les Alpes et le Massif Central, jusqu’à basse altitude, notamment à Saint-Étienne-Bouthéon (à 400 m) où l’on a relevé 17 cm le 29 octobre au soir (un record pour un mois d’octobre à la station). Les importantes chutes de neige en Haute-Loire et dans la Loire ont paralysé le trafic routier dans la nuit du 29 au 30 octobre : un millier de personnes ont été bloquées par la neige sur l’autoroute A89 et la RN88 et sur certaines routes du réseau secondaire. Au-dessus de 500 m dans le Massif Central, l’épaisseur de neige a atteint généralement 8 à 15 cm (9 cm à Aurillac, 12 cm au Puy-en-Velay), 15 à 20 cm par endroits (17 cm à Ségur dans l’Aveyron), voire plus localement. Au-dessus de 1000 m d’altitude, il est tombé 20 à 45 cm et plus de 50 cm sur le Pilat et les monts du Vivarais.
Les précipitations neigeuses se sont étendues plus au nord et ont gagné progressivement les monts du Lyonnais (au moins 20 cm le 29 au soir à Saint-Martin-en-Haut à 750 m), le Dauphiné, la Bourgogne (18 cm à Château-Chinon dans la Nièvre) et la Champagne-Ardenne.

Le couloir dépressionnaire d’altitude présent au-dessus de l’Europe de l’ouest à partir du 27 octobre a occasionné de très abondantes précipitations de barrage le long du versant sud des Alpes. La profonde dépression qui s’est creusée sur la Méditerranée le 29 octobre est remontée en direction de l’arc alpin et a entraîné une intensification des précipitations sur le versant sud des Alpes suisses, ainsi que sur le Haut-Valais. Ces précipitations étaient parfois orageuses et accompagnées de rafales de vent tempétueuses. Dans un flux de sud-est particulièrement vigoureux, les rafales ont atteint jusqu’à 181,1 km/h le 29 octobre (21h) au Piz Martegnas (2670 m) et 213,1 km/h le 30 octobre (2h) au Gütsch ob Andermatt (2283 m).
Les fortes rafales de vent (amplifiées localement par effet Venturi) ont causé des dommages considérables aux forêts de montagne (qui rappellent ceux engendrés par la tempête Lothar en décembre 1999) et quelques dégâts matériels (pylones électriques détruits, toitures arrachées), notamment près du col de l’Albula dans la Haute-Engadine (cf. ces images).

Sur le versant sud des Alpes, il est tombé en 3 jours de 200 à 300 mm de pluie, avec des valeurs atteignant 300 à plus de 400 mm dans le Tessin. Il est tombé notamment jusqu’à 541,2 mm en 72h à Càmedo (Tessin) du 27 octobre (13h UTC) au 30 octobre (13h UTC) et 520,6 mm à Sambughetto-Valstrona (dans l’extrême nord du Piémont italien) sur la même période.
Plus à l’est, dans le canton des Grisons, la station de Segl-Maria (1804 m) a enregistré un cumul de 224,6 mm du 27 au 29 octobre, soit un record pluviométrique sur 3 jours depuis le début des mesures en 1864 (précédent record : 223 mm en novembre 2002).
Sur le versant nord des Alpes, la limite pluie-neige s’est abaissée jusque vers 500 m, notamment dans les Grisons où il est tombé 40 à 70 cm de neige fraîche au-dessus de 1200 m, voire plus localement. Une couche de 72 cm de neige fraîche a été mesurée le 28 octobre au matin à Arosa (1845 m) [dont l’essentiel tombé en l’espace de 18h], ce qui constitue un record pour un mois d’octobre depuis le début des mesures à la station en 1890 ! Il était tombé plus de 50 cm de neige en 1 jour à Arosa au mois d’octobre qu’à deux reprises auparavant, en 1972 (68 cm) et 1917 (65 cm).
Les cumuls de neige les plus importants dans les Alpes suisses ont été enregistrés dans la région du Simplon, sur le nord du Tessin et dans les Grisons. L’enneigement à 2500 m d’altitude a atteint le 2 novembre au matin des valeurs tout à fait remarquables pour la saison : la couche a dépassé souvent les 2 mètres dans le sud des Alpes suisses, notamment au Bortelsee (2517 m, Haut-Valais) avec 239 cm (alors que le sol était encore nu le 27 octobre au matin) et à Cavanna (2450 m, Tessin) avec 289 cm !

Le temps perturbé n’a pas épargné également le Maghreb où la neige est tombée en dessous de 1000 m d’altitude le 29 octobre sur les reliefs de l’Atlas, dans le nord du Maroc (jusqu’à 700 m d’altitude localement) et de l’Algérie notamment, comme à Tiaret (978 m) et à Médéa (981 m), ou encore dans la wilaya de Tissemsilt entre 800 et 900 m, ce qui est rare à cette période de l’année.

Étendue de la couverture neigeuse en Europe et au Maghreb le 30 octobre 2018
© Earth Observation Group at CBK PAN




jeudi 31 mai 2018

Un mois de mai et un printemps 2018 exceptionnellement chaud en Europe

Le début du mois de mai 2018 a marqué la fin officielle de l’épisode El Niña (qui avait débuté en août 2017) et l’entrée progressive dans une phase neutre dont la durée reste encore incertaine à ce jour.
D’après les données publiées par le Copernicus Climate Change Service, mai 2018 se classe au 3e rang des mois de mai les plus chauds à l’échelle mondiale depuis le début des relevés météorologiques avec un excédent thermique de +0,40°C par rapport aux normales 1981-2010, derrière mai 2016 (+0,59°C) et mai 2017 (+0,56°C).
Les plus fortes anomalies thermiques ont été observées dans le centre de l’Antarctique, aux États-Unis (mois de mai le plus chaud à l’échelle nationale depuis 1895) et en Europe en particulier, tandis que des températures plus froides que la normale ont été enregistrées dans le nord et l’est du Canada, dans le nord-ouest de l’Afrique, en Sibérie occidentale et au Groenland où la station Summit (située à 3202 m d’altitude au centre de l’inlandsis groenlandais) a enregistré un record mensuel de froid le 9 mai avec -46,9°C [une température minimale légèrement inférieure à -49°C relevée le même jour à la base américaine GEO-Summit, soit tout près du record mensuel de froid pour le Groenland et l’hémisphère nord (-49,8°C à GISP2)].

Carte des anomalies de température en surface dans le monde en mai 2018
© Météo France (carte extraite de sa synthèse climatique mensuelle)

Avec une anomalie de +2,5°C (selon Copernicus ECMWF), ce mois de mai 2018 est le plus chaud en Europe depuis le début des relevés, devant mai 2003 (+1,6°C/normale). Il survient tout juste après un mois d’avril 2018 déjà exceptionnellement chaud (le plus chaud en moyenne sur l’Europe) et revêt même un caractère historique dans certains pays d’Europe centrale et en Europe du Nord où l’anomalie thermique atteint +4,2°C en Norvège à l’échelle nationale, soit 1,5°C au-dessus du précédent record enregistré en mai 2013 !

Cartes des anomalies de température, de pluviométrie et d’ensoleillement en Europe en mai 2018

Le contexte aérologique explique parfaitement cette chaleur inhabituelle, tout au moins en grande partie. La persistance de hautes pressions au-dessus de la Scandinavie ou de la Finlande une grande partie du mois a eu pour effet le blocage du courant atlantique d’ouest, la déviation du flux perturbé et le rejet du jet polaire très au nord, tandis que des gouttes froides ont surtout affecté la péninsule Ibérique et l’ouest du Bassin méditerranéen.
Ainsi, la péninsule Ibérique et le Maroc ont connu un mois de mai frais et plutôt humide. Plus au nord, l’Islande a connu un passage incessant de perturbations : il a plu tous les jours du mois à Reykjavik, ce qui n’est arrivé que 4 fois dans la capitale islandaise tous mois confondus (la dernière fois en février 2012) ; il est tombé jusqu’à 495,7 mm à Nesjavellir au cours du mois, soit le 4e plus important cumul pluviométrique enregistré en mai dans le pays. Avec un cumul mensuel de 128,8 mm (soit 3 fois la moyenne mensuelle), Reykjavik enregistre un record de pluviométrie pour un mois de mai depuis 1920 (précédent record : 126,0 mm en mai 1989), tandis que la station de Stykkishólmur établit un nouveau record mensuel (avec 113,2 mm) depuis le début des mesures en 1875 (précédent record : 96,9 mm en mai 1934) !
En revanche, la Scandinavie et la Finlande ont vécu un mois de mai historiquement chaud et ensoleillé, en raison de la persistance de pressions élevées une grande partie du mois. La moyenne mensuelle des pressions est même la plus élevée pour un mois de mai dans le Götaland et le Svealand (les deux régions historiques du sud de la Suède) depuis mai 1947 : à Visby (Götaland) par exemple, la pression moyenne mensuelle s’élève à 1021,5 hPa, soit la 3e plus forte valeur en mai depuis le début des mesures à la station en 1890, derrière mai 1947 (1022,4 hPa) et mai 1919 (1022,1 hPa). Conséquence de ces hautes pressions persistantes, la station de Visby affiche un déficit pluviométrique record pour un mois de mai : il est tombé seulement 1,7 mm de pluie, soit le plus faible cumul en mai depuis le début des mesures en 1859 (précédent record : 2,8 mm en mai 1866) !



Bilan climatique mensuel par pays
et records de chaleur en Europe (liste non exhaustive)

vendredi 2 mars 2018

Vague de froid tardive en Europe associée à un puissant champ de pression

À quatre jours de la fin de l’hiver météorologique, une puissante masse d’air anticyclonique s’est constituée sur le nord de l’Europe et s’est étendue progressivement plus au sud, tout en dirigeant de l’air glacial en provenance de Russie sur la majeure partie du continent européen. Sur la 2e quinzaine de février 2018, l’anomalie thermique négative varie de -6°C à -16°C des côtes atlantiques de l’Europe à la Russie.


Cartes synoptiques de surface en Europe du 25 février au 1er mars 2018.
(Source : DWD)
La pression atmosphérique a atteint des valeurs rarement observées en Europe au mois de février. Plusieurs stations dans le comté norvégien de Finnmark (extrême nord du pays) ont enregistré un record absolu de haute pression dès les premiers jours : Sihccajavri avec 1055,6 hPa le 25 février (à 1h AM), Kautokeino avec 1055,1 hPa le 25 (1h), Hammerfest avec 1051,5 hPa le 27 (1h), Fruholmen Fyr avec 1051,0 hPa le 27 (0h), Honningsvag/Valan avec 1051,0 hPa le 27 (23h), Slettnes Fyr avec 1050,7 hPa le 27 (0h-1h), ou encore Mehamn avec 1050,7 hPa le 27 (0h).
La pression a atteint 1060,4 hPa à Røros le 28 février (à 7h) et 1061,0 hPa* le même jour (à 8h) à Tynset dans le comté norvégien de Hedmark (sud-est du pays) [* valeur horaire], soit la plus haute pression pour un mois de février à l’échelle nationale, égalant ainsi la 2e plus haute pression jamais enregistrée dans le pays depuis le début des mesures (1061,0 hPa le 23 janvier 1907 à Mandal dans le comté de Vest-Agder) et tout près du record national tous mois confondus (1061,3 hPa le 23 janvier 1907 à Dalen dans le comté de Telemark).

Courbe de la pression atmosphérique (réduite au niveau de la mer) à Tynset (Norvège) du 25 au 28 février 2018.
(Source : capture d’écran réalisée à partir du site Infoclimat)
À l’échelle de l’Europe, le record mensuel serait détenu par la station russe de Hoseda-Hard avec 1067,2 hPa le 01/02/2012 (0h-3h UTC) [qui détiendrait aussi le record absolu en Europe avec 1068,3 hPa le 31/01/2012 (6h UTC)], loin devant les 1063,9 hPa observés à Arkhangelsk (Russie) le 17/02/1956 et les 1062,8 hPa à Kuhmo Kalliojoki (Finlande) le 01/02/2012.
Par ailleurs, on estime que la pression a dépassé 1060 hPa en Europe seulement à 15 reprises entre 1869 et 2018 (tous mois confondus) : en 1869, 1893, 1899, 1907, 1915, 1920, 1938, 1944, 1946, 1956, 1972, 1995, 2008, 2012 et 2018. [Cf. Les plus hautes pressions atmosphériques enregistrées en Europe et dans le monde.]
Rappelons que l’événement le plus remarquable en Europe date de janvier 1907 (jusqu’à 1067,1 hPa le 22/01/1907 à Pärnu en Estonie et le 23/01/1907 à Riga en Lettonie), au cours duquel plusieurs pays d’Europe ont enregistré leur record national de haute pression (Danemark, Norvège, Suède, Estonie, Lituanie, Lettonie, Allemagne, Pologne, Hongrie, Slovaquie, République tchèque, Roumanie).

Si d’intenses vagues de froid ne sont pas exceptionnelles au cœur de l’hiver en France et en Europe — les plus sévères se produisant généralement entre fin décembre et mi-février —, la survenue d’un tel événement est bien plus remarquable plus tard dans la saison (fin février-début mars), car le rallongement de la durée du jour avec un soleil plus haut sur l’horizon à l’approche du printemps limite le refroidissement diurne. Pour mémoire, les vagues de froid tardives les plus notables en France se sont produites fin février-début mars 2005, début mars 1971 et fin février 1948, sans oublier les mois de février 1956 et 1986 au cours desquels les températures minimales et maximales sont restées très basses jusqu’en fin de mois sur des sols souvent enneigés.

Au cours de cette vague de froid qui marque la fin de l’hiver 2017-2018, la température a chuté dans le nord de l’Europe jusqu’à -42,0°C le 28 février et -41,8°C le 1er mars à Folldal-Fredheim en Norvège (la valeur relevée à la station établissant un record mensuel de froid pour le comté de Hedmark) ; plus d’une vingtaine d’autres stations norvégiennes ont enregistré ce jour-là un record de froid pour un mois de mars. Citons quelques exemples : -39,7°C à Tynset (pulvérisant le précédent record mensuel à la station de -36,0°C en mars 2005), -35,7°C à Dagali Airport (-34,2°C en mars 2006), -29,5°C à Fagernes (-27,0°C en mars 1987), -23,5°C à Lillehammer-Sætherengen (-22,0°C en mars 1987), -18,1°C à Tryvannshøgda dans le nord de la commune d’Oslo (-17,0°C en mars 1971), ou encore -12,7°C à Bergen-Flesland (précédent record : -12,6°C le 02/03/2001).
Dans le reste de l’Europe, des records de froid pour un mois de février ou pour un mois de mars ont été enregistrés dans quelques stations. C’est le cas par exemple en France où la station de Torreilles (Pyrénées-Orientales) a établi un nouveau record mensuel de froid avec -8,1°C le 27 février (contre -8,0°C le 15/02/2010 ; record absolu : -9,0°C le 16/01/1985), ou encore la station de Landivisiau (Finistère) ouverte en 1966 qui a battu son record pour un mois de février avec -6,9°C le 28 février (contre -6,3 °C le 09/02/1991), soit une température plus basse qu’au cours de la vague de froid intervenue en mars 1971 (-5,7°C).
C’est le cas aussi par exemple en Italie où des records mensuels de froid ont été battus à Frosinone (-10,2°C le 27 février), à Monte Argentario (-7,8°C le 27 février, contre -6,2°C le 07/02/2012), ou encore à Capo Mele qui égale avec -3,0°C le 28 février son précédent record mensuel enregistré les 11/02/2012 et 10/02/1986, mais qui établit un nouveau record de froid pour un mois de mars avec -3,4°C le 1er mars.
Par ailleurs, les températures ont été particulièrement basses en montagne, en particulier sur le versant nord des Alpes : on a relevé jusqu’à -36,0°C le 26 février à la Capanna Regina Margherita (4560 m, Italie), -36,6°C le 27 au Col Major (4750 m, Italie), -37,7°C le 27 au Glattalp (1850 m, Suisse), -41,0°C le 28 au Funtensee (1601 m, Allemagne), -44,1°C le 26 à Dolina Campoluzzo (1768 m, Italie) et -48,7°C le 27 à la doline Busa Riviera (2634 m, Italie, Vénétie) [soit la 2e plus basse température jamais enregistrée en Italie, derrière le record absolu de -49,6°C enregistré le 10/02/2013 à la doline de Busa di Fradusta (2607 m)].

En France, la journée du 27 février a été la plus froide, davantage encore que lors de la vague de froid tardive de 2005 : selon Météo France, avec un écart à la moyenne quotidienne nationale (1981-2010) de -3,2°C, il faut remonter à début mars 1971 pour trouver une journée plus froide après un 25 février. Au petit matin du 28 février, des fortes gelées (≤ -5°C) ont été observées sur près de 80% du territoire, y compris dans les régions côtières.
En Allemagne, plusieurs stations ont enregistré le 28 février un record de froid pour la 3e décade du mois et près de 400 stations ont enregistré leur température maximale la plus basse pour un 28 février depuis le début des mesures (comme la station de Brême qui dispose de données depuis 1890). [Remerciements au climatologue Michael Theusner pour ces informations ; d’autres données plus détaillées sont disponibles sur le site Wettergefahren-Frühwarnung et la page dédiée aux records mensuels et décadaires].

© XMETMAN
Les journées des 28 février et 1er mars ont également été très froides en Angleterre : avec une température moyenne respectivement de -3,6°C et -3,3°C, le centre de l’Angleterre a connu le 28 février et le 1er mars les plus froids depuis 1785 (contre -3,8°C le 28/02/1785 et -3,5°C le 01/03/1785).
La température moyenne du 23 février au 1er mars 2018 atteint -0,49°C dans le centre de l’Angleterre, ce qui la place au 6e rang des plus froides sur la même période depuis 1772, loin derrière toutefois les -2,56°C enregistrés sur la période du 23 février au 1er mars 1947.
[Retrouvez tous les détails de cette analyse sur l’excellent site XMETMAN et les articles concernant les 28 février et 1er mars 2018.]




Le champ de hautes pressions qui recouvre l’Europe depuis plusieurs jours est remarquable et particulièrement vaste, au point de bloquer la circulation d’ouest au-dessus de l’Atlantique. Le flux d’est en provenance de l’Europe et issu de cette puissante masse d’air anticyclonique atteint quasiment les côtes nord-américaines en ce début de mois de mars, obligeant les masses d’air en provenance du Canada et des États-Unis à adopter une trajectoire bien plus méridionale au-dessus de l’océan et à alimenter de manière plus rapide et directe la circulation d’alizé. Le flux perturbé est rejeté et maintenu sur les marges de cette puissante masse d’air anticyclonique qui s’étend désormais vers l’ouest, bien au-delà des côtes européennes.
Advecté jusqu’au cœur du bassin arctique au cours des premiers jours entre Groenland et Scandinavie (cf. article précédent), l’air doux et humide de l’Atlantique est désormais rejeté vers le nord entre Canada et Groenland ; il est cantonné également plus au sud et gagne le sud-ouest de l’Europe en occasionnant des chutes de neige au contact de l’air froid encore présent plus au nord et à l’est dans les basses couches. Les intempéries ont tout d’abord touché l’archipel des Açores avec des pressions particulièrement basses (jusqu’à 974 hPa le 28 février), puis l’archipel des Canaries avec de fortes rafales de vent (jusqu’à 166 km/h le 28 février à Vallehermoso [1475 m] et 130 km/h le 1er mars à l’aéroport de La Palma [Santa Cruz de Tenerife]) et des précipitations abondantes (jusqu’à 142,8 mm le 28 février à Vega de San Mateo [Las Palmas]). La neige a fait son apparition le 28 février sur la côte nord de l’Espagne jusqu’au niveau de la mer, notamment à Bilbao et Santander (une première depuis janvier 1985), mais aussi à Gijon (une première depuis janvier 1987). Les chutes de neige ont gagné aussi tout le sud de la France, de la plage de Biarritz (Pyrénées-Atlantiques) le 28 février à Grasse, Nice et Menton (Alpes-Maritimes) à partir du 27, en passant par le Languedoc-Roussillon où l’on a relevé jusqu’à 30 cm dans le nord de l’agglomération de Montpellier (Hérault) et près de 20 cm dans la cité héraultaise le 1er mars au matin. Notons aussi qu’il a neigé jusqu’à basse altitude sur la côte ouest de la péninsule italienne (à Rome et à Naples notamment, jusqu’à 15 cm aux abords des plages), ainsi qu’en Corse-du-Sud dans la nuit du 26 au 27 février : il a été mesuré jusqu’à 15 cm à Ajaccio, ce qui constitue la deuxième plus forte chute de neige à la station depuis les 25 cm du 10 février 1986. Selon Météo France, une petite couche au sol avait été observée en février 2012, mais la couche avait été plus significative à l’époque à Alistro (22 cm) ou au Cap Sagro (15 cm).
La perturbation neigeuse a poursuivi son chemin en direction du nord de la France en apportant une couche de quelques centimètres sur la plupart des régions (y compris en Bretagne), remplacée par endroits au fil des heures par des pluies ou des bruines verglaçantes. Après le passage de la perturbation, le redoux s’est rapidement mis en place, avec des températures maximales qui ont grimpé rapidement au sud de la Garonne dans l’après-midi du 1er mars (jusqu’à 19,6°C à la pointe de Socoa et 18,0°C à Biarritz).

La petite ville de Kildare (Irlande), située au sud-ouest
de Dublin, plongée dans une atmosphère fantomatique
le 2 mars 2018 lors du passage de la tempête Emma.
Formation d’importantes congères sous l’action du vent.
© Kildare Weather
Les chutes de neige ont également atteint les îles Britanniques dès le 1er mars, en particulier l’Irlande dont la moitié sud a été placée durant 2 jours consécutifs en alerte rouge aux fortes chutes de neige et au blizzard (forts vents d’est) : on a relevé jusqu’à 54 cm le 2 mars au matin dans le comté de Wicklow situé au sud de Dublin et l’observatoire de Valentia (dans le sud-ouest de l’Irlande) a enregistré les plus importantes chutes de neige depuis janvier 1987. La neige a recouvert la majeure partie du Royaume-Uni où les températures minimales et maximales sont restées négatives ou proches de 0°C quasiment partout le 1er mars.

Amsterdam, le 2 mars 2018.
© F. Bader
Aux Pays-Bas, les habitants d’Amsterdam se sont adonnés aux plaisirs du patin à glace sur les canaux de la ville totalement gelés sur plusieurs centimètres d’épaisseur, ce qui n’était pas arrivé depuis février 2012.

Plus au nord, la mer du Nord a gelé tout le long du littoral de la Frise, cette région historique du nord-ouest de l’Europe partagée entre les Pays-Bas (la Frise occidentale) et l’Allemagne (la Frise orientale) [cf. encadré rouge sur la 2e carte ci-dessous (à droite) présentant les surfaces enneigées (en blanc) et la glace de mer (en bleu clair) le 2 mars 2018]. L’usage de brise-glace a été nécessaire dans plusieurs ports maritimes totalement obstrués par une épaisse couche de glace, en particulier dans le port d’Emden en Frise orientale.


Étendue de la couverture neigeuse en Europe les 28 février et 2 mars 2018.
© Earth Observation Group at CBK PAN
La vague de froid a atteint aussi la Roumanie et les Balkans au début du mois de mars, accompagnée d’importantes chutes de neige dans le nord-ouest de la Bulgarie. La température est descendue jusqu’à -24,8°C le 1er mars à Târgu Logrești dans le sud-ouest de la Roumanie et -24,4°C le lendemain à Radauti dans le nord du pays, sans menacer toutefois le record mensuel national de froid (-31,4°C le 09/03/1952). En revanche, la station de Bucarest-Baneasa a vraisemblablement enregistré un record de froid pour un mois de mars avec -21,7°C le 1er (précédent record : -19,9°C le 02/03/2005). Plus au sud, des températures particulièrement basses ont été relevées en Serbie le 1er mars : jusqu’à -24,5°C à Sombor (87 m), qui enregistre à cette occasion un record mensuel de froid, tout comme Novi Sad avec -20,3°C (précédent record : -19,9°C le 04/03/1987).

Selon un bilan provisoire (au 4 mars), cette vague de froid tardive a fait au moins 59 morts en Europe : 23 en Pologne, 7 en Slovaquie, 6 en République tchèque, 5 en Lituanie, 4 en France, au moins 3 en Espagne, 2 en Italie, 2 en Roumanie, 2 en Serbie, 2 en Slovénie, 1 aux Pays-Bas, 1 en Angleterre et 1 en Suède.