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samedi 3 août 2019

Plus de 80 jours consécutifs avec un indice NAO négatif : une séquence inédite !

+ Animation du 26/04 au 11/07/2019
L’indice de l’oscillation nord-atlantique (ONA, ou North Atlantic Oscillation en anglais – NAO), calculé à partir de la différence de pression entre l’Islande et les Açores, affiche des valeurs négatives depuis le 26 avril dernier. Après avoir atteint cette année une valeur négative record (-2,62) pour un mois de mai, avec des pressions anormalement élevées au pôle Nord, en Islande et dans l’Arctique plus largement depuis plus de trois mois, l’indice NAO reste toujours négatif en ce début de mois d’août 2019 et aucun changement notable n’est attendu avant la mi-août selon les dernières prévisions.

Au niveau 500 hPa (soit ~5500 m d’altitude), on a comptabilisé une série de 88 jours consécutifs avec un indice NAO négatif du 26 avril au 22 juillet 2019, ce qui constitue la plus longue séquence jamais observée depuis 1950 (précédent record : 68 jours du 6 juin au 12 août 2011) ! On remarquera d’ailleurs que 6 des 10 plus longues périodes ont été observées depuis 2010.
Après des valeurs très légèrement positives du 23 au 25 juillet, l’indice NAO au niveau 500 hPa est redevenu négatif les jours suivants.


En surface, la série s’est interrompue le 18 juillet avec une valeur légèrement positive (+0,11), après 83 jours consécutifs avec un indice NAO négatif (précédent record depuis 1900 : 69 jours du 20 janvier au 29 mars 1947). Toutefois, l’indice NAO est redevenu négatif dès les deux jours suivants et affiche des valeurs abyssales en ce début de mois d’août 2019 (-2,26 le 1er août et même -2,35 le 4 août) !

Sans surprise, l’indice de l’oscillation nord-atlantique affiche la valeur négative la plus basse depuis 1950 sur la période mai-juillet 2019 : une situation radicalement différente de celle de l’an dernier sur la même période.
Le mois d’août 2019 a commencé avec un indice NAO encore plus bas. Aucun changement notable n’est attendu avant la mi-août selon les dernières prévisions (à l’heure où nous écrivons).



Dans une telle configuration isobarique, rappelons que la circulation d’ouest est plus faible et le courant-jet décrit des ondulations plus marquées, favorisant de puissantes advections d’air chaud en provenance du nord de l’Afrique (comme ce fut le cas sur la France à la fin du mois de juin 2019 et du 22 au 26 juillet 2019 avec deux épisodes caniculaires successifs) entre deux coulées d’air plus froid sur le proche Atlantique et du nord de l’Europe à l’Europe de l’Est. Cela se traduit généralement en été par des températures anormalement basses et des précipitations excédentaires sur le nord-ouest de l’Europe et une large moitié sud de la Fennoscandie, comme l’indiquent les cartes schématiques ci-contre proposées par le Met Office.
Les conditions météorologiques qui ont touché le centre et le sud de la Norvège au début du mois de juillet viennent confirmer ce schéma climatique : à la faveur d’une coulée d’air plus froid et humide, le centre du pays en particulier a enregistré des températures anormalement basses et des précipitations neigeuses sur les reliefs, avec de la neige au sol à partir de 1200 m d’altitude et les premiers flocons observés localement à partir de 600 m (notamment à Lebergsfjellet situé à 625 m dans le comté de Møre og Romsdal, par 62° de la latitude N !). Il faut remonter au moins à la mi-juillet 1983 pour trouver un événement comparable à cette période de l’année. Il a neigé notamment au col du Sognefjell (1415 m) où la température est descendue jusqu’à -3,0°C le 3 juillet au matin (2e plus basse température minmale à la station pour un mois de juillet). La couche de neige a atteint 25 cm le 5 juillet au matin à Mannen (1294 m), avec des températures qui se sont maintenues en dessous de 0°C durant 76 heures consécutives (du 1er au 4 juillet). La température est descendue jusqu’à -6,4°C le 3 juillet à Juvvasshøe (1894 m), soit la plus basse température enregistrée en Norvège au mois de juillet depuis 1964, tout près du record mensuel national de froid (-8,3°C le 5 juillet 1951 au Mt Fannaråki). Il s’agit d’ailleurs d’un record de froid pour un mois de juillet dans le comté d’Oppland (précédent record : -5,3°C en juillet 1964 à Fokkstua [970 m]). Deux autres comtés norvégiens ont également enregistré le 3 juillet un nouveau record mensuel de froid : le comté de Sør-Trøndelag avec -4,5°C à Storhornet (1550 m) (précédent record depuis 150 ans : -3,4°C le 19 juillet 1910 [!] à Røros [628 m]) et le comté de Møre og Romsdal avec -2,7°C à Mannen (1294 m) (précédent record : -1,9°C en juillet 2010 à Mannen). Notons aussi que la température est descendue à 1,5°C le 4 juillet à Aurskog (128 m) dans le sud-est du pays et 2,5°C le 5 juillet au matin à Nesbyen-Todokk (166 m), la station détenant le record national de chaleur (35,6°C le 20 juin 1970). Signalons enfin que la température n’a pas dépassé 6,9°C à Kvamskogen-Jonshogdi (452 m) le 2 juillet au plus chaud de l’après-midi !

L’animation ci-contre des anomalies de température au niveau 850 hPa (~1500 m d’altitude) du 2 au 9 juillet 2019 illustre parfaitement une phase NAO négative, avec une composante méridienne plus marquée des flux en présence : de l’air plus frais qui s’écoule sur le proche Atlantique (avec une dépression isolée au large du Portugal qui amène de la fraîcheur sur l’ouest de la péninsule Ibérique et favorise à l’avant l’advection d’un air plus chaud en provenance d’Afrique du Nord sur la France) et de l’air froid qui s’écoule du nord de l’Europe à l’Europe de l’Est.

Source : Mika Rantanen
La persistance de ces conditions dynamiques associées à un indice NAO négatif s’est traduite par une première quinzaine de juillet bien plus froide que la normale à Helsinki (Finlande), la plus froide depuis 1996 et l’une des plus froides depuis les années 1960.
Plus à l’est, l’ensemble du mois de juillet 2019 affiche même des valeurs bien inférieures aux normales dans l’ouest de la Russie, notamment à Moscou où il faut remonter à 1987 pour observer un mois de juillet aussi frais (Tm de 16,8°C, soit 2,4°C en dessous de la normale mensuelle 1981-2010, loin toutefois du record de juillet 1904 [Tm de 14,6°C]).
Des températures remarquablement basses ont également été enregistrées au cours du mois de juillet dans l’ouest de la Russie, comme le 13 juillet à Kotlas avec seulement 3,7°C de température minimale (un record de froid pour un 13 juillet à la station depuis le début des mesures en 1936) et surtout en fin de mois avec des records mensuels de froid dans plusieurs stations : 2,3°C le 30 juillet à Sarlyk, 2,7°C à Radishchevo, 3,6°C à Sassovo et 3,9°C à Tambov le même jour.


Bien entendu, tout est mobile — les dépressions comme les anticyclones —, si bien que toutes les régions sont susceptibles d’enregistrer temporairement des températures anormalement basses ou anormalement élevées en période de NAO négatif en fonction du déplacement des centres d’action et des blocages aérologiques.
On observe toutefois que les coulées d’air froid adoptent deux trajectoires préférentielles à l’échelle moyenne de la dynamique aérologique dans cette région du monde, l’une sur le proche Atlantique et l’autre de l’Europe du Nord à l’Europe de l’Est (avec une composante méridienne plus marquée au cours de l’hiver boréal). La France est le plus souvent positionnée entre ces deux trajectoires préférentielles (comme l’indique aussi la tendance à la hausse de la fréquence des vents de secteur sud/sud-ouest sur l’Europe occidentale depuis les années 1960), tantôt sous l’influence d’une advection d’air chaud en provenance d’Afrique du Nord à l’avant d’une masse d’air plus froid circulant sur le proche Atlantique et glissant le long des côtes nord-ouest de l’Afrique, tantôt (voire les deux) sur la façade ouest d’un anticyclone (donc dans un flux de sud dans le sens de rotation anticyclonique) positionné plus à l’est sur le centre de l’Europe qui ralentit le flux d’ouest, jusqu’à le bloquer plus ou moins durablement (son influence variant en fonction de sa pression, son étendue, sa vitesse de déplacement et ses caractéristiques hygrothermiques). Notons d’ailleurs que la continentalité (croissante vers l’est) joue un rôle non négligeable dans la survenue de ces situations de blocage (été comme hiver, mais avec des effets différents) : rappelons que l’air froid est plus lourd que l’air chaud, de même que l’air sec est plus lourd que l’air humide, tout cela a nécessairement des conséquences sur la dynamique aérologique à l’échelle synoptique.

Comme on l’a déjà signalé plus haut, 6 des 10 plus longues séquences avec un indice NAO négatif ont été observées au cours des 10 dernières années, dont 3 sur 6 en été. Une étude parue en 2015 dans la revue Science vient également souligner le phénomène en mettant en évidence une tendance à la baisse du flux zonal en été depuis plus de 30 ans dans l’hémisphère nord aux moyennes latitudes (cf. graphique de gauche ci‑dessous) : cela se traduit par des ondulations plus amples du jet-stream, des situations de blocage plus fréquentes et durables, une augmentation des échanges méridiens d’air et d’énergie, avec alternance de pulsations extrêmement chaudes et coulées froides de part et d’autre. Si cette tendance se poursuit dans les prochaines années, les épisodes caniculaires pourraient donc devenir plus fréquents et intenses en France, avec une masse d’air toujours plus chaude lors des situations de blocage (comme on peut déjà l’observer à partir des radiosondages de Paris et Bordeaux sur les deux graphiques de droite ci-dessous).



lundi 10 juin 2019

Pression record en Islande et indice NAO très négatif

La pression atmosphérique à l’aéroport de Reykjavik (Islande) a atteint 1040,6 hPa le 11 juin 2019 en toute fin de journée, soit ~15 hPa de plus que dans l’archipel des Açores et près de 30 hPa de plus qu’à Gibraltar ! Il s’agit de la plus haute pression jamais enregistrée en Islande au mois de juin (précédent record : 1040,4 hPa le 21 juin 1939 à Stykkishólmur) !
Cet événement survient après un mois de mai 2019 déjà exceptionnellement anticyclonique en Islande (cf. carte en haut à droite), marqué par un déficit pluviométrique important, un temps assez chaud et ensoleillé dans l’ouest du pays, mais plus frais dans le nord sous l’influence directe d’un flux de NE prédominant.
En mai 2019, la pression moyenne mensuelle à Reykjavik a atteint 1020,2 hPa, soit +7,8 hPa par rapport à la moyenne 1961-1990 et +9,3 hPa par rapport à la moyenne des 10 dernières années. Elle n’avait pas été aussi élevée en mai depuis 1975 (1020,5 hPa) et depuis février 1986 (1022,5 hPa) tous mois confondus.

L’indice de l’oscillation nord-atlantique (ONA, ou "North Atlantic Oscillation" en anglais – NAO), calculé à partir de la différence de pression entre l’Islande et les Açores (ou Gibraltar), a atteint une valeur négative (-2,62) totalement inédite cette année pour un mois de mai depuis 1950 (à l’opposé du mois de mai 2018) !
Dans une telle configuration isobarique (en hiver boréal, mais plus largement de septembre à mai), la circulation d’ouest est plus faible ou plus au sud donnant des températures anormalement basses dans l’ouest et le centre de l’Europe, et un temps plus perturbé dans le bassin méditerranéen et sur le nord du Maghreb. Rappelons que le mois de mai 2019 a été le plus froid depuis 1991 sur une bonne partie de l’Europe, comme en Suisse (5e mois de mai le plus froid aussi depuis 1900) ou en Slovaquie, voire localement depuis plus longtemps comme en Italie : à titre d’exemple, Gela (en Sicile) a connu son mois de mai le plus froid depuis 1920 !


Carte synoptique de surface de l’hémisphère nord
(projection polaire) du 30/05/2019 à 6h UTC.
© Environnement Canada
L’oscillation nord-atlantique (ONA) est également corrélée à l’oscillation arctique (OA) qui couvre tout l’hémisphère nord et dont l’indice est calculé à partir de la différence de pression observée au niveau de la mer entre 20°N et le pôle Nord. En mai 2019 et au cours de la première décade de ce mois de juin, les pressions sont restées anormalement élevées au pôle Nord et dans l’Arctique plus largement (avec notamment près de 1040 hPa au pôle Nord le 30 mai dernier !).
L’anomalie mensuelle de géopotentiels à 500 hPa dans la zone polaire (60-90°N) a été la 2e plus forte pour un mois de mai depuis 1950, juste derrière mai 2010. Ces pressions anormalement élevées associées à un ensoleillement excédentaire ont favorisé la hausse des températures dans l’Arctique, qui a enregistré cette année son mois de mai le plus chaud depuis 1979 au-delà de 70°N.

dimanche 28 février 2010

L'hiver le plus pluvieux à Gibraltar depuis 1813 !

Avec un cumul de 1379,0 mm, l’hiver 2009-2010 a été l’hiver le plus pluvieux à Gibraltar depuis 1813 (précédent record depuis 1860 : hiver 1962-1963 avec 931,6 mm).

Voici le détail des cumuls pluviométriques des 3 mois d'hiver :
  • 508,2 mm en décembre 2009 (dont 128 mm en 24h entre le 25/12 [9h] et le 26/12/2009 [9h UTC]), soit le 3e mois de décembre le plus pluvieux ;
  • 386,2 mm en janvier 2010, soit le 3e mois de janvier le plus pluvieux ;
  • 484,6 mm en février 2010, soit le mois de février le plus pluvieux.
    Notons que l'Espagne a connu aussi l'hiver le plus arrosé depuis 30 ans.
 Évolution des précipitations hivernales à Gibraltar sur la période 1813-2010.
(Source : Ball S., « Exceptional rainfall in Gibraltar during winter 2009/2010 », Weather, vol. 66, n° 1, 2011, p. 22-25, d’après le graphique mis à jour de Wheeler D., « The Gibraltar climate record: Part 2 – Precipitation », Weather, vol. 62, 2007, p. 99-104.)

Lorsque l’indice de l’Oscillation Nord-Atlantique (ou North Atlantic Oscillation en anglais) est négatif, on observe généralement des précipitations supérieures à la normale sur l’Europe de l’Ouest, notamment sur la péninsule Ibérique et à Gibraltar en particulier. Comme on peut le remarquer sur le graphique ci-dessous, l’indice ONA a été fortement négatif au cours de l’hiver 2009-2010 et a même atteint un record depuis 1823 !

Évolution de l'indice de l’Oscillation Nord-Atlantique en hiver depuis 1823.
(Source : www.cru.uea.ac.uk)

Sur une période de 12 mois, il est tombé 1817,8 mm d’août 2009 à juillet 2010, soit juste derrière le record de 1969,9 mm enregistré d’août 1855 à juillet 1856.
Variabilité interannuelle des précipitations à Gibraltar sur une période de 12 mois (août à juillet) de 1790 à 2010.
(Source : Ball S., « Exceptional rainfall in Gibraltar during winter 2009/2010 », Weather, vol. 66, n° 1, 2011, p. 22-25.)