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jeudi 25 juin 2020

Tourbillons de Von Kármán au sud de l’île de Guadalupe (Mexique)

Très belle animation satellite qui illustre parfaitement l’influence du relief sur la dynamique aérologique.
La turbulence de l’air provoquée par le relief de l’île de Guadalupe (île volcanique mexicaine dans l’océan Pacifique située à 252 km à l’ouest des côtes de la péninsule de Basse-Californie) a engendré le 17 juin 2020 la formation de tourbillons de Von Kármán (du nom de l’ingénieur et physicien hongrois qui a découvert et expliqué ce phénomène au siècle dernier), matérialisés par la couche de stratocumulus présente au-dessus de l’océan.
> Gros plan sur un tourbillon de Von Kármán : https://twitter.com/i/status/1273429970245652482

samedi 3 août 2019

Plus de 80 jours consécutifs avec un indice NAO négatif : une séquence inédite !

+ Animation du 26/04 au 11/07/2019
L’indice de l’oscillation nord-atlantique (ONA, ou North Atlantic Oscillation en anglais – NAO), calculé à partir de la différence de pression entre l’Islande et les Açores, affiche des valeurs négatives depuis le 26 avril dernier. Après avoir atteint cette année une valeur négative record (-2,62) pour un mois de mai, avec des pressions anormalement élevées au pôle Nord, en Islande et dans l’Arctique plus largement depuis plus de trois mois, l’indice NAO reste toujours négatif en ce début de mois d’août 2019 et aucun changement notable n’est attendu avant la mi-août selon les dernières prévisions.

Au niveau 500 hPa (soit ~5500 m d’altitude), on a comptabilisé une série de 88 jours consécutifs avec un indice NAO négatif du 26 avril au 22 juillet 2019, ce qui constitue la plus longue séquence jamais observée depuis 1950 (précédent record : 68 jours du 6 juin au 12 août 2011) ! On remarquera d’ailleurs que 6 des 10 plus longues périodes ont été observées depuis 2010.
Après des valeurs très légèrement positives du 23 au 25 juillet, l’indice NAO au niveau 500 hPa est redevenu négatif les jours suivants.


En surface, la série s’est interrompue le 18 juillet avec une valeur légèrement positive (+0,11), après 83 jours consécutifs avec un indice NAO négatif (précédent record depuis 1900 : 69 jours du 20 janvier au 29 mars 1947). Toutefois, l’indice NAO est redevenu négatif dès les deux jours suivants et affiche des valeurs abyssales en ce début de mois d’août 2019 (-2,26 le 1er août et même -2,35 le 4 août) !

Sans surprise, l’indice de l’oscillation nord-atlantique affiche la valeur négative la plus basse depuis 1950 sur la période mai-juillet 2019 : une situation radicalement différente de celle de l’an dernier sur la même période.
Le mois d’août 2019 a commencé avec un indice NAO encore plus bas. Aucun changement notable n’est attendu avant la mi-août selon les dernières prévisions (à l’heure où nous écrivons).



Dans une telle configuration isobarique, rappelons que la circulation d’ouest est plus faible et le courant-jet décrit des ondulations plus marquées, favorisant de puissantes advections d’air chaud en provenance du nord de l’Afrique (comme ce fut le cas sur la France à la fin du mois de juin 2019 et du 22 au 26 juillet 2019 avec deux épisodes caniculaires successifs) entre deux coulées d’air plus froid sur le proche Atlantique et du nord de l’Europe à l’Europe de l’Est. Cela se traduit généralement en été par des températures anormalement basses et des précipitations excédentaires sur le nord-ouest de l’Europe et une large moitié sud de la Fennoscandie, comme l’indiquent les cartes schématiques ci-contre proposées par le Met Office.
Les conditions météorologiques qui ont touché le centre et le sud de la Norvège au début du mois de juillet viennent confirmer ce schéma climatique : à la faveur d’une coulée d’air plus froid et humide, le centre du pays en particulier a enregistré des températures anormalement basses et des précipitations neigeuses sur les reliefs, avec de la neige au sol à partir de 1200 m d’altitude et les premiers flocons observés localement à partir de 600 m (notamment à Lebergsfjellet situé à 625 m dans le comté de Møre og Romsdal, par 62° de la latitude N !). Il faut remonter au moins à la mi-juillet 1983 pour trouver un événement comparable à cette période de l’année. Il a neigé notamment au col du Sognefjell (1415 m) où la température est descendue jusqu’à -3,0°C le 3 juillet au matin (2e plus basse température minmale à la station pour un mois de juillet). La couche de neige a atteint 25 cm le 5 juillet au matin à Mannen (1294 m), avec des températures qui se sont maintenues en dessous de 0°C durant 76 heures consécutives (du 1er au 4 juillet). La température est descendue jusqu’à -6,4°C le 3 juillet à Juvvasshøe (1894 m), soit la plus basse température enregistrée en Norvège au mois de juillet depuis 1964, tout près du record mensuel national de froid (-8,3°C le 5 juillet 1951 au Mt Fannaråki). Il s’agit d’ailleurs d’un record de froid pour un mois de juillet dans le comté d’Oppland (précédent record : -5,3°C en juillet 1964 à Fokkstua [970 m]). Deux autres comtés norvégiens ont également enregistré le 3 juillet un nouveau record mensuel de froid : le comté de Sør-Trøndelag avec -4,5°C à Storhornet (1550 m) (précédent record depuis 150 ans : -3,4°C le 19 juillet 1910 [!] à Røros [628 m]) et le comté de Møre og Romsdal avec -2,7°C à Mannen (1294 m) (précédent record : -1,9°C en juillet 2010 à Mannen). Notons aussi que la température est descendue à 1,5°C le 4 juillet à Aurskog (128 m) dans le sud-est du pays et 2,5°C le 5 juillet au matin à Nesbyen-Todokk (166 m), la station détenant le record national de chaleur (35,6°C le 20 juin 1970). Signalons enfin que la température n’a pas dépassé 6,9°C à Kvamskogen-Jonshogdi (452 m) le 2 juillet au plus chaud de l’après-midi !

L’animation ci-contre des anomalies de température au niveau 850 hPa (~1500 m d’altitude) du 2 au 9 juillet 2019 illustre parfaitement une phase NAO négative, avec une composante méridienne plus marquée des flux en présence : de l’air plus frais qui s’écoule sur le proche Atlantique (avec une dépression isolée au large du Portugal qui amène de la fraîcheur sur l’ouest de la péninsule Ibérique et favorise à l’avant l’advection d’un air plus chaud en provenance d’Afrique du Nord sur la France) et de l’air froid qui s’écoule du nord de l’Europe à l’Europe de l’Est.

Source : Mika Rantanen
La persistance de ces conditions dynamiques associées à un indice NAO négatif s’est traduite par une première quinzaine de juillet bien plus froide que la normale à Helsinki (Finlande), la plus froide depuis 1996 et l’une des plus froides depuis les années 1960.
Plus à l’est, l’ensemble du mois de juillet 2019 affiche même des valeurs bien inférieures aux normales dans l’ouest de la Russie, notamment à Moscou où il faut remonter à 1987 pour observer un mois de juillet aussi frais (Tm de 16,8°C, soit 2,4°C en dessous de la normale mensuelle 1981-2010, loin toutefois du record de juillet 1904 [Tm de 14,6°C]).
Des températures remarquablement basses ont également été enregistrées au cours du mois de juillet dans l’ouest de la Russie, comme le 13 juillet à Kotlas avec seulement 3,7°C de température minimale (un record de froid pour un 13 juillet à la station depuis le début des mesures en 1936) et surtout en fin de mois avec des records mensuels de froid dans plusieurs stations : 2,3°C le 30 juillet à Sarlyk, 2,7°C à Radishchevo, 3,6°C à Sassovo et 3,9°C à Tambov le même jour.


Bien entendu, tout est mobile — les dépressions comme les anticyclones —, si bien que toutes les régions sont susceptibles d’enregistrer temporairement des températures anormalement basses ou anormalement élevées en période de NAO négatif en fonction du déplacement des centres d’action et des blocages aérologiques.
On observe toutefois que les coulées d’air froid adoptent deux trajectoires préférentielles à l’échelle moyenne de la dynamique aérologique dans cette région du monde, l’une sur le proche Atlantique et l’autre de l’Europe du Nord à l’Europe de l’Est (avec une composante méridienne plus marquée au cours de l’hiver boréal). La France est le plus souvent positionnée entre ces deux trajectoires préférentielles (comme l’indique aussi la tendance à la hausse de la fréquence des vents de secteur sud/sud-ouest sur l’Europe occidentale depuis les années 1960), tantôt sous l’influence d’une advection d’air chaud en provenance d’Afrique du Nord à l’avant d’une masse d’air plus froid circulant sur le proche Atlantique et glissant le long des côtes nord-ouest de l’Afrique, tantôt (voire les deux) sur la façade ouest d’un anticyclone (donc dans un flux de sud dans le sens de rotation anticyclonique) positionné plus à l’est sur le centre de l’Europe qui ralentit le flux d’ouest, jusqu’à le bloquer plus ou moins durablement (son influence variant en fonction de sa pression, son étendue, sa vitesse de déplacement et ses caractéristiques hygrothermiques). Notons d’ailleurs que la continentalité (croissante vers l’est) joue un rôle non négligeable dans la survenue de ces situations de blocage (été comme hiver, mais avec des effets différents) : rappelons que l’air froid est plus lourd que l’air chaud, de même que l’air sec est plus lourd que l’air humide, tout cela a nécessairement des conséquences sur la dynamique aérologique à l’échelle synoptique.

Comme on l’a déjà signalé plus haut, 6 des 10 plus longues séquences avec un indice NAO négatif ont été observées au cours des 10 dernières années, dont 3 sur 6 en été. Une étude parue en 2015 dans la revue Science vient également souligner le phénomène en mettant en évidence une tendance à la baisse du flux zonal en été depuis plus de 30 ans dans l’hémisphère nord aux moyennes latitudes (cf. graphique de gauche ci‑dessous) : cela se traduit par des ondulations plus amples du jet-stream, des situations de blocage plus fréquentes et durables, une augmentation des échanges méridiens d’air et d’énergie, avec alternance de pulsations extrêmement chaudes et coulées froides de part et d’autre. Si cette tendance se poursuit dans les prochaines années, les épisodes caniculaires pourraient donc devenir plus fréquents et intenses en France, avec une masse d’air toujours plus chaude lors des situations de blocage (comme on peut déjà l’observer à partir des radiosondages de Paris et Bordeaux sur les deux graphiques de droite ci-dessous).



lundi 10 juin 2019

Pression record en Islande et indice NAO très négatif

La pression atmosphérique à l’aéroport de Reykjavik (Islande) a atteint 1040,6 hPa le 11 juin 2019 en toute fin de journée, soit ~15 hPa de plus que dans l’archipel des Açores et près de 30 hPa de plus qu’à Gibraltar ! Il s’agit de la plus haute pression jamais enregistrée en Islande au mois de juin (précédent record : 1040,4 hPa le 21 juin 1939 à Stykkishólmur) !
Cet événement survient après un mois de mai 2019 déjà exceptionnellement anticyclonique en Islande (cf. carte en haut à droite), marqué par un déficit pluviométrique important, un temps assez chaud et ensoleillé dans l’ouest du pays, mais plus frais dans le nord sous l’influence directe d’un flux de NE prédominant.
En mai 2019, la pression moyenne mensuelle à Reykjavik a atteint 1020,2 hPa, soit +7,8 hPa par rapport à la moyenne 1961-1990 et +9,3 hPa par rapport à la moyenne des 10 dernières années. Elle n’avait pas été aussi élevée en mai depuis 1975 (1020,5 hPa) et depuis février 1986 (1022,5 hPa) tous mois confondus.

L’indice de l’oscillation nord-atlantique (ONA, ou "North Atlantic Oscillation" en anglais – NAO), calculé à partir de la différence de pression entre l’Islande et les Açores (ou Gibraltar), a atteint une valeur négative (-2,62) totalement inédite cette année pour un mois de mai depuis 1950 (à l’opposé du mois de mai 2018) !
Dans une telle configuration isobarique (en hiver boréal, mais plus largement de septembre à mai), la circulation d’ouest est plus faible ou plus au sud donnant des températures anormalement basses dans l’ouest et le centre de l’Europe, et un temps plus perturbé dans le bassin méditerranéen et sur le nord du Maghreb. Rappelons que le mois de mai 2019 a été le plus froid depuis 1991 sur une bonne partie de l’Europe, comme en Suisse (5e mois de mai le plus froid aussi depuis 1900) ou en Slovaquie, voire localement depuis plus longtemps comme en Italie : à titre d’exemple, Gela (en Sicile) a connu son mois de mai le plus froid depuis 1920 !


Carte synoptique de surface de l’hémisphère nord
(projection polaire) du 30/05/2019 à 6h UTC.
© Environnement Canada
L’oscillation nord-atlantique (ONA) est également corrélée à l’oscillation arctique (OA) qui couvre tout l’hémisphère nord et dont l’indice est calculé à partir de la différence de pression observée au niveau de la mer entre 20°N et le pôle Nord. En mai 2019 et au cours de la première décade de ce mois de juin, les pressions sont restées anormalement élevées au pôle Nord et dans l’Arctique plus largement (avec notamment près de 1040 hPa au pôle Nord le 30 mai dernier !).
L’anomalie mensuelle de géopotentiels à 500 hPa dans la zone polaire (60-90°N) a été la 2e plus forte pour un mois de mai depuis 1950, juste derrière mai 2010. Ces pressions anormalement élevées associées à un ensoleillement excédentaire ont favorisé la hausse des températures dans l’Arctique, qui a enregistré cette année son mois de mai le plus chaud depuis 1979 au-delà de 70°N.

vendredi 2 mars 2018

Vague de froid tardive en Europe associée à un puissant champ de pression

À quatre jours de la fin de l’hiver météorologique, une puissante masse d’air anticyclonique s’est constituée sur le nord de l’Europe et s’est étendue progressivement plus au sud, tout en dirigeant de l’air glacial en provenance de Russie sur la majeure partie du continent européen. Sur la 2e quinzaine de février 2018, l’anomalie thermique négative varie de -6°C à -16°C des côtes atlantiques de l’Europe à la Russie.


Cartes synoptiques de surface en Europe du 25 février au 1er mars 2018.
(Source : DWD)
La pression atmosphérique a atteint des valeurs rarement observées en Europe au mois de février. Plusieurs stations dans le comté norvégien de Finnmark (extrême nord du pays) ont enregistré un record absolu de haute pression dès les premiers jours : Sihccajavri avec 1055,6 hPa le 25 février (à 1h AM), Kautokeino avec 1055,1 hPa le 25 (1h), Hammerfest avec 1051,5 hPa le 27 (1h), Fruholmen Fyr avec 1051,0 hPa le 27 (0h), Honningsvag/Valan avec 1051,0 hPa le 27 (23h), Slettnes Fyr avec 1050,7 hPa le 27 (0h-1h), ou encore Mehamn avec 1050,7 hPa le 27 (0h).
La pression a atteint 1060,4 hPa à Røros le 28 février (à 7h) et 1061,0 hPa* le même jour (à 8h) à Tynset dans le comté norvégien de Hedmark (sud-est du pays) [* valeur horaire], soit la plus haute pression pour un mois de février à l’échelle nationale, égalant ainsi la 2e plus haute pression jamais enregistrée dans le pays depuis le début des mesures (1061,0 hPa le 23 janvier 1907 à Mandal dans le comté de Vest-Agder) et tout près du record national tous mois confondus (1061,3 hPa le 23 janvier 1907 à Dalen dans le comté de Telemark).

Courbe de la pression atmosphérique (réduite au niveau de la mer) à Tynset (Norvège) du 25 au 28 février 2018.
(Source : capture d’écran réalisée à partir du site Infoclimat)
À l’échelle de l’Europe, le record mensuel serait détenu par la station russe de Hoseda-Hard avec 1067,2 hPa le 01/02/2012 (0h-3h UTC) [qui détiendrait aussi le record absolu en Europe avec 1068,3 hPa le 31/01/2012 (6h UTC)], loin devant les 1063,9 hPa observés à Arkhangelsk (Russie) le 17/02/1956 et les 1062,8 hPa à Kuhmo Kalliojoki (Finlande) le 01/02/2012.
Par ailleurs, on estime que la pression a dépassé 1060 hPa en Europe seulement à 15 reprises entre 1869 et 2018 (tous mois confondus) : en 1869, 1893, 1899, 1907, 1915, 1920, 1938, 1944, 1946, 1956, 1972, 1995, 2008, 2012 et 2018. [Cf. Les plus hautes pressions atmosphériques enregistrées en Europe et dans le monde.]
Rappelons que l’événement le plus remarquable en Europe date de janvier 1907 (jusqu’à 1067,1 hPa le 22/01/1907 à Pärnu en Estonie et le 23/01/1907 à Riga en Lettonie), au cours duquel plusieurs pays d’Europe ont enregistré leur record national de haute pression (Danemark, Norvège, Suède, Estonie, Lituanie, Lettonie, Allemagne, Pologne, Hongrie, Slovaquie, République tchèque, Roumanie).

Si d’intenses vagues de froid ne sont pas exceptionnelles au cœur de l’hiver en France et en Europe — les plus sévères se produisant généralement entre fin décembre et mi-février —, la survenue d’un tel événement est bien plus remarquable plus tard dans la saison (fin février-début mars), car le rallongement de la durée du jour avec un soleil plus haut sur l’horizon à l’approche du printemps limite le refroidissement diurne. Pour mémoire, les vagues de froid tardives les plus notables en France se sont produites fin février-début mars 2005, début mars 1971 et fin février 1948, sans oublier les mois de février 1956 et 1986 au cours desquels les températures minimales et maximales sont restées très basses jusqu’en fin de mois sur des sols souvent enneigés.

Au cours de cette vague de froid qui marque la fin de l’hiver 2017-2018, la température a chuté dans le nord de l’Europe jusqu’à -42,0°C le 28 février et -41,8°C le 1er mars à Folldal-Fredheim en Norvège (la valeur relevée à la station établissant un record mensuel de froid pour le comté de Hedmark) ; plus d’une vingtaine d’autres stations norvégiennes ont enregistré ce jour-là un record de froid pour un mois de mars. Citons quelques exemples : -39,7°C à Tynset (pulvérisant le précédent record mensuel à la station de -36,0°C en mars 2005), -35,7°C à Dagali Airport (-34,2°C en mars 2006), -29,5°C à Fagernes (-27,0°C en mars 1987), -23,5°C à Lillehammer-Sætherengen (-22,0°C en mars 1987), -18,1°C à Tryvannshøgda dans le nord de la commune d’Oslo (-17,0°C en mars 1971), ou encore -12,7°C à Bergen-Flesland (précédent record : -12,6°C le 02/03/2001).
Dans le reste de l’Europe, des records de froid pour un mois de février ou pour un mois de mars ont été enregistrés dans quelques stations. C’est le cas par exemple en France où la station de Torreilles (Pyrénées-Orientales) a établi un nouveau record mensuel de froid avec -8,1°C le 27 février (contre -8,0°C le 15/02/2010 ; record absolu : -9,0°C le 16/01/1985), ou encore la station de Landivisiau (Finistère) ouverte en 1966 qui a battu son record pour un mois de février avec -6,9°C le 28 février (contre -6,3 °C le 09/02/1991), soit une température plus basse qu’au cours de la vague de froid intervenue en mars 1971 (-5,7°C).
C’est le cas aussi par exemple en Italie où des records mensuels de froid ont été battus à Frosinone (-10,2°C le 27 février), à Monte Argentario (-7,8°C le 27 février, contre -6,2°C le 07/02/2012), ou encore à Capo Mele qui égale avec -3,0°C le 28 février son précédent record mensuel enregistré les 11/02/2012 et 10/02/1986, mais qui établit un nouveau record de froid pour un mois de mars avec -3,4°C le 1er mars.
Par ailleurs, les températures ont été particulièrement basses en montagne, en particulier sur le versant nord des Alpes : on a relevé jusqu’à -36,0°C le 26 février à la Capanna Regina Margherita (4560 m, Italie), -36,6°C le 27 au Col Major (4750 m, Italie), -37,7°C le 27 au Glattalp (1850 m, Suisse), -41,0°C le 28 au Funtensee (1601 m, Allemagne), -44,1°C le 26 à Dolina Campoluzzo (1768 m, Italie) et -48,7°C le 27 à la doline Busa Riviera (2634 m, Italie, Vénétie) [soit la 2e plus basse température jamais enregistrée en Italie, derrière le record absolu de -49,6°C enregistré le 10/02/2013 à la doline de Busa di Fradusta (2607 m)].

En France, la journée du 27 février a été la plus froide, davantage encore que lors de la vague de froid tardive de 2005 : selon Météo France, avec un écart à la moyenne quotidienne nationale (1981-2010) de -3,2°C, il faut remonter à début mars 1971 pour trouver une journée plus froide après un 25 février. Au petit matin du 28 février, des fortes gelées (≤ -5°C) ont été observées sur près de 80% du territoire, y compris dans les régions côtières.
En Allemagne, plusieurs stations ont enregistré le 28 février un record de froid pour la 3e décade du mois et près de 400 stations ont enregistré leur température maximale la plus basse pour un 28 février depuis le début des mesures (comme la station de Brême qui dispose de données depuis 1890). [Remerciements au climatologue Michael Theusner pour ces informations ; d’autres données plus détaillées sont disponibles sur le site Wettergefahren-Frühwarnung et la page dédiée aux records mensuels et décadaires].

© XMETMAN
Les journées des 28 février et 1er mars ont également été très froides en Angleterre : avec une température moyenne respectivement de -3,6°C et -3,3°C, le centre de l’Angleterre a connu le 28 février et le 1er mars les plus froids depuis 1785 (contre -3,8°C le 28/02/1785 et -3,5°C le 01/03/1785).
La température moyenne du 23 février au 1er mars 2018 atteint -0,49°C dans le centre de l’Angleterre, ce qui la place au 6e rang des plus froides sur la même période depuis 1772, loin derrière toutefois les -2,56°C enregistrés sur la période du 23 février au 1er mars 1947.
[Retrouvez tous les détails de cette analyse sur l’excellent site XMETMAN et les articles concernant les 28 février et 1er mars 2018.]




Le champ de hautes pressions qui recouvre l’Europe depuis plusieurs jours est remarquable et particulièrement vaste, au point de bloquer la circulation d’ouest au-dessus de l’Atlantique. Le flux d’est en provenance de l’Europe et issu de cette puissante masse d’air anticyclonique atteint quasiment les côtes nord-américaines en ce début de mois de mars, obligeant les masses d’air en provenance du Canada et des États-Unis à adopter une trajectoire bien plus méridionale au-dessus de l’océan et à alimenter de manière plus rapide et directe la circulation d’alizé. Le flux perturbé est rejeté et maintenu sur les marges de cette puissante masse d’air anticyclonique qui s’étend désormais vers l’ouest, bien au-delà des côtes européennes.
Advecté jusqu’au cœur du bassin arctique au cours des premiers jours entre Groenland et Scandinavie (cf. article précédent), l’air doux et humide de l’Atlantique est désormais rejeté vers le nord entre Canada et Groenland ; il est cantonné également plus au sud et gagne le sud-ouest de l’Europe en occasionnant des chutes de neige au contact de l’air froid encore présent plus au nord et à l’est dans les basses couches. Les intempéries ont tout d’abord touché l’archipel des Açores avec des pressions particulièrement basses (jusqu’à 974 hPa le 28 février), puis l’archipel des Canaries avec de fortes rafales de vent (jusqu’à 166 km/h le 28 février à Vallehermoso [1475 m] et 130 km/h le 1er mars à l’aéroport de La Palma [Santa Cruz de Tenerife]) et des précipitations abondantes (jusqu’à 142,8 mm le 28 février à Vega de San Mateo [Las Palmas]). La neige a fait son apparition le 28 février sur la côte nord de l’Espagne jusqu’au niveau de la mer, notamment à Bilbao et Santander (une première depuis janvier 1985), mais aussi à Gijon (une première depuis janvier 1987). Les chutes de neige ont gagné aussi tout le sud de la France, de la plage de Biarritz (Pyrénées-Atlantiques) le 28 février à Grasse, Nice et Menton (Alpes-Maritimes) à partir du 27, en passant par le Languedoc-Roussillon où l’on a relevé jusqu’à 30 cm dans le nord de l’agglomération de Montpellier (Hérault) et près de 20 cm dans la cité héraultaise le 1er mars au matin. Notons aussi qu’il a neigé jusqu’à basse altitude sur la côte ouest de la péninsule italienne (à Rome et à Naples notamment, jusqu’à 15 cm aux abords des plages), ainsi qu’en Corse-du-Sud dans la nuit du 26 au 27 février : il a été mesuré jusqu’à 15 cm à Ajaccio, ce qui constitue la deuxième plus forte chute de neige à la station depuis les 25 cm du 10 février 1986. Selon Météo France, une petite couche au sol avait été observée en février 2012, mais la couche avait été plus significative à l’époque à Alistro (22 cm) ou au Cap Sagro (15 cm).
La perturbation neigeuse a poursuivi son chemin en direction du nord de la France en apportant une couche de quelques centimètres sur la plupart des régions (y compris en Bretagne), remplacée par endroits au fil des heures par des pluies ou des bruines verglaçantes. Après le passage de la perturbation, le redoux s’est rapidement mis en place, avec des températures maximales qui ont grimpé rapidement au sud de la Garonne dans l’après-midi du 1er mars (jusqu’à 19,6°C à la pointe de Socoa et 18,0°C à Biarritz).

La petite ville de Kildare (Irlande), située au sud-ouest
de Dublin, plongée dans une atmosphère fantomatique
le 2 mars 2018 lors du passage de la tempête Emma.
Formation d’importantes congères sous l’action du vent.
© Kildare Weather
Les chutes de neige ont également atteint les îles Britanniques dès le 1er mars, en particulier l’Irlande dont la moitié sud a été placée durant 2 jours consécutifs en alerte rouge aux fortes chutes de neige et au blizzard (forts vents d’est) : on a relevé jusqu’à 54 cm le 2 mars au matin dans le comté de Wicklow situé au sud de Dublin et l’observatoire de Valentia (dans le sud-ouest de l’Irlande) a enregistré les plus importantes chutes de neige depuis janvier 1987. La neige a recouvert la majeure partie du Royaume-Uni où les températures minimales et maximales sont restées négatives ou proches de 0°C quasiment partout le 1er mars.

Amsterdam, le 2 mars 2018.
© F. Bader
Aux Pays-Bas, les habitants d’Amsterdam se sont adonnés aux plaisirs du patin à glace sur les canaux de la ville totalement gelés sur plusieurs centimètres d’épaisseur, ce qui n’était pas arrivé depuis février 2012.

Plus au nord, la mer du Nord a gelé tout le long du littoral de la Frise, cette région historique du nord-ouest de l’Europe partagée entre les Pays-Bas (la Frise occidentale) et l’Allemagne (la Frise orientale) [cf. encadré rouge sur la 2e carte ci-dessous (à droite) présentant les surfaces enneigées (en blanc) et la glace de mer (en bleu clair) le 2 mars 2018]. L’usage de brise-glace a été nécessaire dans plusieurs ports maritimes totalement obstrués par une épaisse couche de glace, en particulier dans le port d’Emden en Frise orientale.


Étendue de la couverture neigeuse en Europe les 28 février et 2 mars 2018.
© Earth Observation Group at CBK PAN
La vague de froid a atteint aussi la Roumanie et les Balkans au début du mois de mars, accompagnée d’importantes chutes de neige dans le nord-ouest de la Bulgarie. La température est descendue jusqu’à -24,8°C le 1er mars à Târgu Logrești dans le sud-ouest de la Roumanie et -24,4°C le lendemain à Radauti dans le nord du pays, sans menacer toutefois le record mensuel national de froid (-31,4°C le 09/03/1952). En revanche, la station de Bucarest-Baneasa a vraisemblablement enregistré un record de froid pour un mois de mars avec -21,7°C le 1er (précédent record : -19,9°C le 02/03/2005). Plus au sud, des températures particulièrement basses ont été relevées en Serbie le 1er mars : jusqu’à -24,5°C à Sombor (87 m), qui enregistre à cette occasion un record mensuel de froid, tout comme Novi Sad avec -20,3°C (précédent record : -19,9°C le 04/03/1987).

Selon un bilan provisoire (au 4 mars), cette vague de froid tardive a fait au moins 59 morts en Europe : 23 en Pologne, 7 en Slovaquie, 6 en République tchèque, 5 en Lituanie, 4 en France, au moins 3 en Espagne, 2 en Italie, 2 en Roumanie, 2 en Serbie, 2 en Slovénie, 1 aux Pays-Bas, 1 en Angleterre et 1 en Suède.


dimanche 25 février 2018

Douceur exceptionnelle au pôle Nord et dans l’extrême nord du Groenland

Les hautes pressions (associées à de l’air très froid) qui recouvrent l’Europe du Nord (plus de 1050 hPa localement le dimanche 25 février 2018 sur le nord de la Scandinavie) et s’étendent de l’Europe occidentale à l’Europe orientale depuis quelques jours forment une vaste barrière aérologique. Comme toujours dans pareille configuration isobarique, le flux perturbé atlantique (doux et humide) est dévié vers le nord en direction du pôle, entre Groenland et Scandinavie. Au fur et à mesure que l’air froid déferle sur l’Europe dans un vigoureux flux de nord-est, de l’air plus chaud est advecté dans un puissant flux de sud jusqu’au cœur du bassin arctique. Une belle illustration des échanges méridiens d’air et d’énergie entre le pôle et les tropiques.


Station de Cap Morris Jesup
© John Cappelen / DMI
L’anomalie chaude au cœur de l’Arctique atteint +20 à +35°C le dimanche 25 février avec des températures légèrement supérieures à 0°C au pôle Nord (une première en février depuis 1948 d’après les estimations du NCEP/NCAR Reanalysis Project [les 5 autres fois s’étant produites en décembre]).
Dans l’extrême nord du Groenland, les températures ont atteint des valeurs exceptionnelles pour un mois de février, des valeurs plus communément observées en période estivale !
Au cœur de la nuit polaire, on a relevé jusqu’à +6,2°C ce dimanche 25 février (à 1h UTC) à Cap Morris Jesup (voire plus doux au pas de temps infra-horaire) — la station terrestre la plus septentrionale du Groenland et de l’hémisphère nord —, soit juste derrière la plus haute température jamais enregistrée à la station depuis le début des mesures en 1981 et sur toute la côte septentrionale du Groenland en février et en hiver de manière plus générale (record : +7,8°C le 12/02/2011 à 17h, avec un taux d’humidité relative de 19% !). On ne connaîtra pas malheureusement la valeur maximale au pas de temps infra-horaire, car la station ne transmet des données que toutes les heures.
Notons toutefois que l’advection d’air chaud a été amplifiée localement par effet de foehn (comme en février 2011 notamment), l’air soulevé au-dessus de la calotte glaciaire groenlandaise redescendant sur la côte nord de l’île et entraînant une élévation de température par compression adiabatique à la station de Cap Morris*.
Cet effet orographique est moins marqué (voire même quasi absent) dans l’extrême nord-est du Groenland, où l’on a relevé le même jour (même heure) une valeur record pour un mois de février de +2,5°C à la station de Nord AWS (précédents records pulvérisés : +0,7°C le 05/02/2017 [valeur horaire], -1,5°C le 19/02/2007 [valeur tri-horaire]) et de +0,6°C dans le petit archipel de Henrik Krøyer Holme (précédent record : -0,1°C) [voire plus doux encore au pas de temps infra-horaire].

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* La station de Cap Morris Jesup a enregistré des températures positives à de nombreuses reprises entre le 16 et le 25 février 2018 (cf. graphique ci-dessous), avec une séquence inédite au cœur de l’hiver polaire de températures positives durant 23 heures consécutives entre le 24 février (14h UTC) et le 25 février 2018 (13h UTC) !
Températures maximales et minimales à Cap Morris Jesup (Groenland) du 27 janvier au 26 février 2018.
© Graphique de Michael Theusner
© DMI
Les températures ont été anormalement douces en février dans le nord-est du Groenland, de Aputiteeq à Cap Morris Jesup. Du nord au sud, les stations de Cap Morris Jesup, Nord, Danmarkshavn, Daneborg et Ittoqqortoormiit ont enregistré leur mois de février le plus doux (depuis le début des mesures en 1949 pour Danmarkshavn et Ittoqqortoormiit, depuis 1980 pour Cap Morris Jesup), tandis qu’à Aputiteeq seul le mois de février 2017 a été plus doux. En raison notamment de ce mois de février 2018 exceptionnellement doux dans le nord-est du Groenland (+14,4°C par rapport à la normale mensuelle 1981-2010 à Cap Morris Jesup), l’hiver 2017-2018 arrive en tête des hivers les moins froids à Cap Morris Jesup, à la station Nord et à Danmarkshavn (+7,7°C par rapport à la normale mensuelle 1981-2010 à Cap Morris Jesup).
> Plus d’infos sur le site du Danmarks Meteorologiske Institut (DMI).


samedi 4 février 2017

Fortes précipitations et inondations dans le nord-ouest du Pérou

Des cumuls de pluie anormalement élevés sont enregistrés depuis une dizaine de jours au Pérou, en particulier dans le nord-ouest du pays, dans les provinces littorales de Tumbes, Piura et Lambayeque notamment, au climat désertique ou semi-aride. Il est tombé jusqu’à 256,5 mm en 3 jours à Jacanya (province de Lambayeque) du 31 janvier au 2 février [dont 120,8 mm le 1er février] et jusqu’à 218,3 mm en 4 jours à Olmos (province de Lambayeque) du 31 janvier au 3 février [dont 196,7 mm en 48h (1-2 février) et 101,2 mm le 2 février, alors que la moyenne mensuelle de février n’est que de 28,2 mm]. Légèrement plus au nord, il est tombé jusqu’à 283,7 mm en 10 jours à Matapolo (province de Tumbes) du 25 janvier au 3 février, dont 67,8 mm en 13h le 1er février. On a également relevé jusqu’à 59,4 mm en 1h le 31 janvier à Puente Ñacara (province de Piura).


Ces fortes précipitations ont entraîné d’importantes inondations (fort ruissellement, crues soudaines et brutales) dans des régions désertiques ou semi-arides, notamment à Chulucanas (province de Piura), Chiclayo (province de Lambayeque), Trujillo (province de La Libertad), y compris plus au sud dans les provinces de Lima (la capitale) et d’Ica. De telles conditions météorologiques sont généralement observées lors d’un intense épisode El Niño, ce qui n’est officiellement pas le cas à l’heure actuelle. Cependant, l’intensité des précipitations de ces derniers jours excède celle enregistrée lors du dernier épisode El Niño 2015-2016 qui s’est officiellement achevé en juin dernier. Si l’on observe attentivement les anomalies thermiques des eaux de surface dans le Pacifique oriental, on remarque que les eaux sont anormalement chaudes au large des côtes péruviennes surtout depuis la mi-janvier : en d’autres termes, on assiste à un retour des conditions El Niño dans les zones 1 et 2 (et de manière plus marquée que lors du dernier pic d’intensité il y a un an), susceptibles de s’étendre dans les prochaines semaines ou prochains mois aux zones 3 et 4 situées plus à l’ouest dans le Pacifique.

Anomalies thermiques des eaux de surface océaniques le 3 février 2017.
Rappelons que l’invasion d’eaux chaudes sur les côtes péruviennes (associées au contre-courant équatorial) en remplacement des eaux fraîches (riches en éléments nutritifs) associées à l’upwelling a des conséquences néfastes en termes de ressources halieutiques. "El Niño" désignait d’ailleurs à l’origine ce courant côtier saisonnier chaud au large du Pérou et de l'Équateur qui mettait fin à la saison de pêche. Il désigne aujourd’hui par extension un phénomène climatique de plus grande ampleur et une conséquence régionale d’une modification dans la circulation atmosphérique générale entre les pôles et l’équateur.
Le décalage vers le sud du contre-courant équatorial (chaud) s’opère conjointement avec le glissement vers le sud de l’équateur météorologique. Les fortes précipitations dans le nord-ouest du Pérou sont la conséquence d’un décalage vers le sud plus marqué que la normale de l’équateur météorologique. Le décalage de cette structure pluviogène est favorisé par le renforcement de l’alizé franchissant l’isthme américain et une position plus méridionale que la normale de l’anticyclone dit "de Pâques" (responsable notamment de la sécheresse persistante et des températures anormalement élevées observées dans le centre du Chili ces dernières semaines).
Quand on sait qu’entre 4°N (Buenaventura, Colombie) et 4°S (Chiclayo, Pérou) les hauteurs moyennes annuelles de pluie diminuent de l’ordre de 750 mm par degré de latitude, on comprend pourquoi un très faible déplacement de l’équateur météorologique vers le sud peut avoir des conséquences catastrophiques en termes de pluviosité dans des régions habituellement très peu arrosées ! La situation actuelle est donc à surveiller : les cumuls de pluie pourraient encore s’aggraver si les conditions météorologiques persistent au cours des prochaines semaines. Rappelons qu’au cours du plus puissant épisode El Niño de 1997-1998, il était tombé jusqu’à 1095,2 mm en 2 mois à Chulucanas (province de Piura) en février-mars 1998, jusqu’à 192,6 mm en 1 jour à Los Cedros (province de Tumbes) le 09/02/1998 [185,6 mm le 14/02/1998] et 182,8 mm le 14/02/1998 à Ferreñafe (province de Lambayeque) alors que la normale mensuelle n’est que de 2,3 mm !

Notons enfin que les températures sont anormalement élevées au Pérou depuis plusieurs semaines (39,1°C le 2 février à Chulucanas [province de Piura], 39,6°C les 23 et 27 janvier à Quillabamba [province de Cusco]), en particulier les températures minimales : à titre d’exemple, la température n’est pas descendue en dessous de 25,1°C le 28 janvier et 25,3°C le 29 à Lima-Callao, ce qui constitue un record absolu à la station (précédent record : 25,0°C en 1998).

dimanche 30 mars 2014

Des flux de S-SW plus fréquents sur l’Europe occidentale

Comme je l'avais déjà évoqué dans un précédent post en mars 2007, la fréquence toujours plus importante des flux de S à SW semble expliquer en grande partie la hausse des températures observée sur toute l’Europe de l’Ouest depuis plus d’un siècle.
Carte de localisation
(Cliquez pour agrandir)
Après un automne 2006 puis un hiver 2006-2007 exceptionnellement chauds sur la majeure partie de l’Europe, j’avais saisi l’occasion de cet événement pour présenter le graphique ci-dessous, dont je propose aujourd'hui une mise à jour. On constate sur ce graphique une formidable corrélation (ou covariation) entre le nombre de jours avec un vent moyen de secteur S à SW et la température moyenne à De Bilt (Pays-Bas) sur la période automne-hiver. La tendance à la hausse conjointe de la fréquence des flux de S-SW et de la température moyenne depuis au moins 1905 perdure toujours, tandis que l'on enregistre sur la dernière période un record de 119 jours avec un vent de secteur S à SW (précédent record : 106 jours en 1924-1925).


Sept ans plus tard, une grande partie de l’Europe a connu à nouveau un hiver 2013-2014 particulièrement doux. Comme on peut le voir sur le deuxième graphique ci-dessous, la température moyenne sur la saison hivernale à De Bilt atteint +6,1°C, comme au cours de l’hiver 1989-1990, soit juste derrière le record détenu par l'hiver 2006-2007 (+6,6°C).
Mais l’événement majeur de cet hiver 2013-2014 est le nombre exceptionnellement élevé de jours avec vent de secteur S à SW : 74 jours sur 90 (soit 4,1 jours sur 5), contre seulement 60 jours au cours de l’hiver 1989-1990 !


Sur le 3e graphique ci-dessous, on constate que l’hiver 2013-2014 a été surtout marqué par une hausse spectaculaire du nombre de jours avec un vent de secteur S : 49 (dont 19 en janvier 2014, soit un record absolu tous mois confondus depuis 1905), contre 31 en 1924-1925 !
Cet événement était d'autant moins prévisible qu'il s'inscrit plutôt paradoxalement dans une tendance à la baisse en hiver de la fréquence des flux de S au profit d'une hausse de la fréquence des flux de SW.



Le tableau ci-dessous présente de manière synoptique un comparatif climatologique de 4 hivers remarquables observés à la station néerlandaise de De Bilt.

On constate tout d'abord le caractère très dépressionnaire de l'hiver 2013-2014 : une pression moyenne de 1008,5 hPa, soit la 8e plus basse valeur à la station depuis 1850 (record : 1004,7 hPa durant les hivers 1914-1915 et 1935-1936) ; un fait qui n'est pas isolé puisqu'on relève par exemple à Brest (France) une moyenne de 1007,9 hPa, soit le 3e hiver le plus dépressionnaire à la station depuis 1950 (records : 1006,9 hPa en 1965-1966 et 1007,3 hPa en 1978-1979). Notons que les mois de janvier et février 2014 ont été particulièrement dépressionnaires : 1004,2 hPa à Brest en janvier (un record mensuel depuis 1949), 1005,5 hPa en janvier à De Bilt (8e plus basse valeur en janvier depuis 1849) et surtout 1003,1 hPa en février (2e plus basse valeur en février depuis 1849, ex æequo avec février 1879, le record datant de février 1937 avec 1002,7 hPa).
Carte synoptique de surface du 27/01/1963 pour l’Europe
On constate également conjointement au caractère dépressionnaire de l'hiver 2013-2014 la prédominance exceptionnelle des flux de S-SW, contrairement à l'hiver 1962-1963 (qui concentre d'ailleurs à lui seul une bonne partie des valeurs extrêmes de ce tableau) au cours duquel on avait enregistré des températures exceptionnellement basses en présence de masses d'air plus stable et anticyclonique et d'un flux de N-NE très marqué (45 jours contre 13 jours avec vent de secteur S-SW).
Par ailleurs, en raison d'un courant perturbé bien établi tout au long de l'hiver 2013-2014 et du passage successif de plusieurs grosses tempêtes sur la façade atlantique, le vent a atteint une vitesse moyenne de 4,63 m/s à De Bilt (une des plus élevées depuis les années 1960), contrairement à l'hiver 1962-1963 marqué par une plus grande stabilité de l'air et des conditions plus anticycloniques (cf. carte ci-contre).
Notons aussi que les hivers les plus chauds (1989-1990, 2006-2007 et 2013-2014) ont été enregistrés à chaque fois quand l'indice NAO était positif, contrairement à l'hiver le plus froid de l'histoire (1962-1963) qui est intervenu dans un contexte de NAO remarquablement négative.
Champ de pression moyen en surface
en Europe en février 2014

Notons enfin que l'hiver 2006-2007 a été plus chaud que l'hiver 2013-2014, en raison notamment d'une nébulosité plus importante (un record même depuis le début des années 1950) qui s'est traduite par des températures minimales moyennes plus élevées. De plus, le contexte aérologique était sensiblement différent : durant l'hiver 2006-2007 De Bilt était située plus souvent sur la façade ouest d'une masse anticyclonique centrée sur l'Europe centrale qui dirigeait un flux de S-SW sur les Pays-Bas (tout comme durant l'hiver 1989-1990), contrairement à l'hiver 2013-2014 qui a été marqué par un flux de S-SW associé principalement à un puissant courant perturbé provenant de l'Atlantique.



Conclusion : une piste de réflexion à approfondir…
Les causes du réchauffement observé en Europe de l'Ouest paraissent identifiables par une analyse de la dynamique aérologique et de la nébulosité notamment. Plutôt que d'invoquer sans cesse l'effet de serre anthropique, il serait sans doute plus pertinent de s'interroger sur l'origine des phénomènes et sur les mécanismes qui régissent la dynamique aérologique, à toutes les échelles de temps et d'espace...


NB : cet article sera complété ultérieurement.
Source des données : KNMI

jeudi 9 janvier 2014

"Earth Wind Map" : la dynamique des vents à l'échelle mondiale.
Quand la science et l'art se rejoignent…

Inspiré par une représentation artistique des vents à l'échelle des États-Unis (la Wind Map) réalisée en 2012 par les designers Fernanda Viégas et Martin Wattenberg, le développeur web Cameron Beccario a adapté le concept à une échelle globale. Il a débuté avec une première carte animée des vents dans la région de Tokyo (Japon) — là où il vit —, avant de mettre au point une animation interactive de la dynamique des vents à l'échelle du globe tout à fait fabuleuse : la Earth Wind Map.

Vidéo de présentation


À partir des données fournies par le Global Forecast System, la carte est mise à jour toutes les trois heures et permet de visualiser la dynamique et la force des vents à l'échelle de la planète presque en temps réel. L'aspect scientifique de cette représentation graphique de la dynamique des vents pourrait paraître presque secondaire tant elle s'apparente à une œuvre d'art digital en perpétuelle évolution.
Mais au-delà de son aspect esthétique, cette cartographie animée permet surtout d'observer la dynamique des vents tout autour de la planète, à la fois au-dessus des océans et des continents : en effet, il est possible de faire pivoter la carte comme un globe, de zoomer sur une région en particulier (doubles-clics répétés sur la zone concernée), ou même de choisir différentes projections cartographiques.
En cliquant sur le mot "Earth" placé en bas à gauche de la carte, vous avez accès à différents paramétrages.
Si cette carte permet d'apprécier l'orientation et la vitesse des flux quasiment en temps réel, elle donne également la possibilité de visualiser l'évolution prévue dans les 3 et 24 prochaines heures.
De plus, elle donne une représentation de la dynamique des flux à différents niveaux d'altitude :
au niveau 1000 hPa (c'est-à-dire proche de la surface du sol), à 850 hPa (1500 m d'altitude environ), à 700 hPa (3000 m environ), à 500 hPa (5500 m environ), à 250 hPa (10 000 m environ, soit la limite supérieure de la troposphère au-dessus des régions tempérées), à 70 hPa et à 10 hPa (niveaux stratosphériques).

Il s'agit d'un outil merveilleux, d'une grande dimension pédagogique, pour comprendre l'écoulement de l'air dans les différentes couches de l'atmosphère et acquérir une vision synoptique et dynamique des phénomènes aérologiques.

samedi 3 mars 2007

Hiver 2006-2007 : le plus doux depuis 1950 en France

La majeure partie de l'Europe a connu un automne 2006 puis un hiver 2006-2007 exceptionnellement chauds : au final, la période automne-hiver a été la plus chaude en France depuis au moins 1950, mais également en Suisse depuis 1864, en Belgique depuis 1832 ou encore aux Pays-Bas depuis 1706.

La fréquence toujours plus importante des flux de S à SW explique en grande partie la hausse des températures observée sur toute l'Europe de l'Ouest depuis plus d'un siècle. À titre d'exemple, on peut observer cette formidable corrélation (ou covariation) sur le graphique ci-dessous : sur la période automne-hiver, le nombre de jours avec un vent moyen de secteur S à SW tend à augmenter à De Bilt (Pays-Bas) depuis au moins 1905, conjointement à la hausse des températures moyennes.
Alors que De Bilt vient d'enregistrer la température moyenne la plus élevée sur la période automne-hiver depuis au moins 1905 (+10,0°C), la station néerlandaise a enregistré 105 jours avec un vent de secteur S à SW, comme en 2000-2001, soit juste derrière le record établi en 1924-1925 (106 jours).
Les causes du réchauffement observé en Europe de l'Ouest sont clairement identifiables par une analyse de la dynamique aérologique et de la nébulosité. Plutôt que d'invoquer sans cesse l'effet de serre anthropique, il serait peut-être temps de s'interroger sur l'origine des phénomènes et sur les mécanismes qui régissent la dynamique aérologique, à toutes les échelles de temps et d'espace...

lundi 7 mars 2005

Pluies dans le Sahara algérien

Les coulées d'air froid qui ont affecté il y a plusieurs jours l'Europe occidentale ont gagné les pays du Maghreb et l'Algérie en particulier. Conséquence du déplacement vers le sud de ces masses d'air froid anticyclonique, de puissantes remontées d'air chaud et humide se sont produites à l'avant et ont occasionné d'importantes pluies dans le Sahara algérien, dans une région habituellement plus arrosée en période estivale.
Il est tombé 16 mm de pluie en 24h dans la ville de Djanet (SE algérien), entre dimanche 6 mars (6h) et lundi 7 mars 2005 (6h UTC), ce qui est assez exceptionnel puisque la normale pour un mois de mars n'est que de 2 mm et la normale sur l'année seulement de 22 mm.
À In Amenas, il est tombé 18 mm, ce qui représente la quantité moyenne de précipitations sur une année entière !
Enfin dans le sud de l'Algérie, on a enregistré 9 mm de pluie à Tamanrasset, la normale sur l'année étant de 47 mm.

samedi 5 février 2005

Record de chute de neige à Moscou en janvier 2005

Janvier 2005 a été le mois de janvier le plus neigeux à Moscou depuis le début des observations au XIXe siècle, derrière janvier 1970. La quantité de neige tombée en janvier 2005 au cœur de la capitale russe représente le double de la normale pour un mois de janvier. Du 1er au 28 janvier, il est tombé l'équivalent de 82,2 mm de pluie, tandis qu'il était tombé l'équivalent de 83,6 mm de pluie en janvier 1970. La ville de Moscou a également enregistré un nouveau record de chute de neige en 24h le 28/01/2005 : il est tombé l'équivalent de 9,4 mm de pluie, le précédent record étant de 7,8 mm en 1977. Entre le jeudi 27/01 et le dimanche 30/01/2005, il est tombé au total 30 cm de neige au centre-ville de Moscou. (Source : The Moscow Times.com)

Après 26 jours consécutifs de températures particulièrement clémentes, tournant autour de 0°C, le mois de janvier 2005 s'est achevé par une vague de froid : le jeudi 27/01/2005, on a enregistré une Tn de -17,6°C. L'offensive du froid s'est poursuivie les jours suivants (-20,2°C le 04/02/2005) : la température est même descendue jusqu'à -21,5°C à Moscou au cours de la nuit du 05/02/2005, et jusqu'à -27°C à l'extérieur de la ville, soit la nuit la plus froide de l'hiver 2004-2005. Il faut remonter au 30/11/2004 pour trouver une Tn inférieure (soit -18,6°C).

Depuis le 23/01/2005, un anticyclone particulièrement puissant s'est positionné à l'Est de Moscou : jusqu'à aujourd'hui (04/02/2005), on compte 13 jours avec des pressions supérieures à 1045 hPa au cœur de la masse anticyclonique, dont 12 jours à plus de 1050 hPa, 8 jours à plus de 1055 hPa et 2 jours à plus de 1060 hPa. A la fin du mois de janvier, un puissant flux de Sud (d'air chaud et humide) en provenance de Méditerranée orientale s'est produit entre l'anticyclone positionné sur l'Europe occidentale et l'Atlantique nord d'une part, et l'anticyclone centré à l'Est de Moscou d'autre part. Le flux de Sud est venu butter sur les hautes pressions orientales et s'est bloqué au-dessus du Plateau central de Russie, entraînant notamment d'importantes chutes de neige sur Moscou le 28/01/2005.
Ce puissant flux de Sud est remonté en fait d’Afrique centrale, sur la face avant de la masse d’air froid qui a touché tout le Maghreb à la fin du mois de janvier. Il est à l’origine d’une chaleur inhabituelle en Égypte et d’un important épisode de Khamsin : après avoir atteint 28,0°C au Caire le vendredi 28/01/2005 (soit 10°C au-dessus de la Tx moyenne en janvier), le thermomètre a atteint 28,6°C le samedi 29/01/2005 à 12h UTC. À Kharga, au SW de la capitale, la Tx a même atteint 30,6°C le samedi 29/01.
En Israël, le thermomètre a atteint 29°C à l’aéroport Ben Gurion de Tel Aviv et 27°C à Eilat. En Syrie, la Tx était de 25°C à Latakia et 27°C le samedi 29/01/2005. Au Liban, 27°C à Beyrouth le 29/01.
La Turquie a également connu des températures anormalement élevées : 21°C à Finike et 24,3°C à Trabzon le samedi 29/01/2005 (pour Trabzon, la Tx moyenne en janvier étant de 10°C et la Tx abs. en janvier de 26°C). À Ankara (953 m) : Tx de 15,4°C le samedi 29/01.
À Larnaca (Chypre) : Tx de 21,4°C le 29/01 également.