samedi 7 mars 2020

Fort contraste pluviométrique en Europe, péjoration pluviométrique au Maghreb

Le mois de février 2020 a ponctué un hiver météorologique 2019-2020 historiquement doux en Europe (notamment en France), marqué aussi par des précipitations fortement excédentaires sur une large moitié nord (en particulier au Royaume-Uni en février) et un déficit pluviométrique remarquable dans le sud de l’Europe, qui a pris un caractère extrême en Espagne et au Maghreb en février.



Le mois de février 2020 a été caractérisé par des anomalies de pression, montrant un fort dipôle entre de basses pressions particulièrement marquées sur le nord de l’Atlantique et de l’Europe (anomalies atteignant -15 à -20 hPa sur le mois) et de hautes pressions particulièrement élevées de l’Atlantique subtropical (Açores) jusqu’à la Méditerranée (anomalies supérieures à +5 hPa). Cette configuration atmosphérique, typique d’une oscillation nord-atlantique en phase positive (corrélée à une phase positive de l’oscillation arctique à plus grande échelle), s’est traduite par des vents d’ouest/sud-ouest persistants et plus forts que la normale sur l’Europe (et d’un courant-jet d’altitude plus fort également) et le passage d’une multitude de perturbations atlantiques à une cadence soutenue (11 épisodes tempétueux sur la France entre début février et début mars !).

Le Royaume-Uni a enregistré son mois de février le plus pluvieux depuis 1862 avec un cumul moyen national de 209,1 mm, battant ainsi le précédent record de février 1990 (193,4 mm). Les anomalies pluviométriques ont atteint plus de 400 % dans le centre du Royaume-Uni ! Même constat en Irlande où les cumuls pluviométriques ont été 1,5 à 3,3 fois supérieurs à la normale mensuelle, la plupart des stations synoptiques (principalement dans la moitié nord du pays) ayant enregistré leur mois de février le plus pluvieux (comme à Malin Head depuis le début des mesures en 1850).
En raison de la persistance sur l’Europe de l’Ouest d’un flux océanique doux et très perturbé durant tout l’hiver et en février en particulier, l’indice d’humidité des sols au début du mois de mars témoigne de sols saturés sur de nombreuses régions françaises, en dehors du Sud-Est davantage protégé par les hautes pressions.

Plus au sud, le contraste pluviométrique est saisissant : la persistance de hautes pressions sur l’Espagne et le Maghreb durant l’hiver a entraîné un déficit pluviométrique significatif qui s’est fortement aggravé en février. Si le Portugal et l’Espagne ont connu leur mois de février le plus chaud depuis le début des mesures, le déficit pluviométrique a également atteint un niveau tout à fait exceptionnel dans la péninsule Ibérique (mois de février le plus sec en Espagne et 5e mois de février le plus sec au Portugal depuis plus de 80 ans).

Le déficit pluviométrique observé sur tout le pourtour de la Méditerranée occidentale a revêtu un caractère extrême dans tout le Maghreb au mois de février. Après une année 2019 déjà anormalement déficitaire, le Maroc a connu un hiver 2019-2020 particulièrement sec : il n’est tombé notamment qu’un peu plus de 140 mm à Tanger (dans l’extrême nord du pays, généralement plus arrosé que le reste du pays), soit près de 40 % seulement de la moyenne saisonnière.
En février, il n’a quasiment pas plu une goutte sur tout le Maghreb (≤ 1 mm à Rabat, Casablanca, Marrakech, Oran, Alger, Constantine, Tunis…). Même à Tanger, il n’est tombé que 3,7 mm en février, soit moins de 4 % de la moyenne mensuelle. À Ceuta (enclave espagnole sur la côte nord de l’Afrique, dans le détroit de Gibraltar), le cumul mensuel ne s’élève qu’à 0,4 mm, une situation qui tranche radicalement avec le mois de février 2010 exceptionnellement pluvieux (347,6 mm). Plus à l’est sur la côte méditerranéenne du Maghreb, il n’a pas plu une goutte à Mellila (enclave espagnole), un record en février depuis le début des mesures en 1948. Cette sécheresse suscite une grande inquiétude dans les pays du Maghreb, en particulier au Maroc fortement dépendant de son secteur agricole : même si l’irrégularité des pluies constitue une caractéristique structurelle du climat marocain, le déficit pluviométrique observé depuis plusieurs mois dans le pays affecte dangereusement ses ressources en eau, comme l’indique le niveau anormalement bas de ses barrages.

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