dimanche 3 mai 2020

Extension de la banquise arctique dans la région du Svalbard et enneigement remarquable dans l’extrême nord de l’Europe

L’extension de la banquise dans l’Arctique au cours de l’hiver 2019-2020 a été la plus importante depuis 2013. Si elle s’est maintenue en dessous de la moyenne 1981-2010 à l’échelle de l’Arctique, elle a connu au contraire un accroissement tout à fait singulier dans la région du Svalbard* à compter du mois de mars.
Fin avril-début mai 2020, l’extension de la glace de mer autour de l’archipel norvégien est même une des plus importantes depuis la fin des années 1960 (au 6e rang le 29/04 et au 7e rang le 30/04). La banquise est également très présente autour de l’île aux Ours (Bjørnøya) à l’extrémité sud de l’archipel du Svalbard, ce qui est particulièrement rare à cette époque de l’année.

L’englacement a été favorisé et s’est intensifié à partir du mois de mars sous l’influence constante de masses d’air en provenance du nord et du nord-ouest du bassin arctique qui ont maintenu les températures quotidiennes en dessous des normales dans l’archipel du Svalbard. Le mois de mars 2020 a d’ailleurs été plus froid que la normale au Svalbard avec une température moyenne mensuelle de -16,2°C à Longyearbyen, soit 0,5°C en dessous de la normale mensuelle. Il s’agit même du 1er mois plus froid que la normale depuis novembre 2010, après 111 mois consécutifs avec des températures moyennes mensuelles supérieures aux normales !
L’englacement autour de l’archipel du Svalbard s’est maintenu favorablement par inertie thermique, même si le mois d’avril 2020 affiche un excédent thermique de +3,3°C à Longyearbyen, bien moindre cependant qu’en avril 2019 (+8,3°C).


Des températures inférieures aux normales en mars et en avril 2020 dans l’extrême nord de l’Europe continentale, associées à plusieurs passages perturbés, ont contribué également à un enneigement excédentaire.
Le 1er mai 2020, la couche de neige à Sodankylä Tähtelä (Finlande) atteignait encore 102 cm, soit un record absolu pour un début mai à la station depuis le début des mesures en 1911 !
L’enneigement est également remarquable en ce début mai 2020 dans le comté norvégien de Troms og Finnmark, en particulier à Tromsø, Bones-i-Bardu et Kautokeino.

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* La région maritime du Svalbard se situe à l’interface de plusieurs grands courants océaniques et aérologiques qui peuvent complexifier l’analyse et brouiller le signal en engendrant des rétroactions.
Le détroit de Fram entre la côte est du Groenland et l’archipel du Svalbard est notamment le point de rencontre entre le courant du Groenland oriental issu de la dérive transpolaire qui transporte de l’eau plus froide vers le sud et le courant du Spitzberg occidental issu du courant de Norvège et de la dérive nord-atlantique qui transporte de l’eau plus chaude et saline vers le nord. Plus au sud, l’île de Jan Mayen se situe au contact de ces deux courants de densité différente qui tentent de se mélanger en formant un courant hybride (gyre) qui tourne dans le sens contraire des aiguilles d’une montre.
Si la température et la salinité des eaux de surface du courant du Spitzberg occidental covarient imparfaitement, on observe toutefois une hausse sensible de la température depuis le début des années 1970 et une légère tendance à la hausse de la salinité, en raison d’un transport plus important vers le nord des eaux subtropicales chaudes de l’Atlantique conjointement à des advections d’air chaud plus puissantes lors des phases positives de l’oscillation nord-atlantique. Lorsque la région maritime du Svalbard est soumis à un régime de vent de secteur nord à nord-ouest (comme ce fut le cas durant tout le mois de mars 2020 en particulier), les apports en eau douce par la dérive transpolaire et les courants associés tendent à s’intensifier et la banquise à s’étendre davantage vers le sud.

> Plus d’infos sur la température et la salinité de l’eau dans le détroit de Fram sur : www.mosj.no/en/climate/ocean/temperature-salinity-fram-strait.html
Le site du MOSJ analyse également d’autres paramètres intéressants (épaisseur et extension de la glace de mer, apport en eau douce, hauteur du niveau de la mer) : cf. www.mosj.no/en/climate/ocean/


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