dimanche 26 avril 2020

Déconfinement progressif des précipitations après une quarantaine de jours…

Les hautes pressions ancrées depuis la mi-mars 2020 en mer du Nord et sur l’Europe de l’Ouest laissent peu à peu la place en cette fin avril 2020 à un régime de marais barométrique avant le retour d’un flux océanique plus humide et instable au cours des prochains jours.
L’instabilité croissante de la masse d’air favorise localement la convection atmosphérique et les développements orageux, comme ce fut le cas dans la soirée du samedi 25 avril dans le centre-est de la France, sur les Alpes du Nord et le bassin genevois (Suisse) en particulier.


Après 43 jours consécutifs sans aucune goutte de pluie du 13 mars au 24 avril, la pluie a fait une timide réapparition à Genève-Cointrin dans la soirée du 25 avril avec seulement 0,1 mm entre 21h et 22h et 0,3 mm le lendemain matin entre 8h et 10h. Ces faibles précipitations mettent fin tout de même à la plus longue période sans précipitations depuis le début des mesures à Genève en 1864. Le précédent record remontait à l’hiver 1896 où il n’avait pas plu du 17 janvier au 26 février (41 jours).
En revanche, la plus longue série sans pluie au nord des Alpes suisses est toujours détenu par Neuchâtel avec 52 jours du 19 mars au 9 mai 1893. Pour info, sur le versant sud des Alpes suisses, les plus longues périodes sans pluie ont duré de 60 à près de 80 jours. La dernière en date remonte à l’hiver 1988-1989 : Locarno avait enregistré 63 jours consécutifs sans pluie (< 0,1 mm) du 21 décembre 1988 au 21 février 1989, tandis que Lugano avait comptabilisé 76 jours sans aucune goutte de pluie du 7 décembre 1988 au 20 février 1989 (81 jours avec moins de 1 mm du 3 décembre 1988 au 21 février 1989) !

Dust devil (tourbillon de poussière)
le 24/04/2020 au Versoud.
© J. Contreras via meteo-grenoble.com
En France, les précipitations orageuses du samedi 25 avril (dans la soirée) ont mis fin à une série remarquable de 43 jours consécutifs sans pluie à Grenoble-Le Versoud (il est tombé 16,8 mm dans le village des Bédouins*, contre 30,7 mm à Saint-Martin-d’Hères à 15 km au sud-ouest). Il s’agit de la plus longue série de jours sans pluie mesurable (0 mm) dans l’agglomération grenobloise depuis le début des mesures en 1946. Le précédent record était de 42 jours à la station du Versoud, du 26 novembre 2016 au 6 janvier 2017. Pour trouver un autre épisode de temps sec comparable dans l’agglomération grenobloise, il faut remonter à l’année 1953 avec seulement 0,1 mm relevé en 46 jours à l’ancienne station d’Eybens du 13 février au 30 mars (0,1 mm le 11 mars) et seulement 0,8 mm en 50 jours du 13 février au 3 avril 1953. À titre de comparaison, il n’était tombé que 0,6 mm en 45 jours à Grenoble-Le Versoud du 26 novembre 2016 au 8 janvier 2017.


Dans le nord-est de la France, en revanche, la série s’est prolongée jusqu’au 26 avril 2020 à Saint-Dizier (Haute‑Marne) où il n’a pas plu durant 44 jours consécutifs à compter du 14 mars 2020 : il s’agit de la plus longue série de jours secs tous mois confondus depuis le début des mesures en 1953 (précédent record : 35 jours du 22 août au 25 septembre 1959).

Enfin, dans la région italienne de Frioul-Vénétie julienne, la ville de Trieste a enregistré seulement 0,8 mm de pluie en 50 jours, du 7 mars au 25 avril 2020 (0,2 mm le 13 mars et 0,6 mm le 21 mars) : un record depuis le début des mesures en 1894 !


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* Bédouin est le gentilé des habitants du village du Versoud, situé dans la vallée du Grésivaudan, à 15 km de Grenoble. Pour la petite histoire, Bedouin était le nom d’un camp établi il y a plusieurs siècles au Versoud par une tribu nomade des confins de l’Asie, les Sarmates, qui auraient laissé aux habitants ce surnom. Un village au pied du Ventoux porte également ce nom, dont la même origine toponymique est prouvée.

jeudi 23 avril 2020

Précipitations en quarantaine

En raison de la persistance depuis la mi-mars de conditions anticycloniques sur une large moitié nord de la France et plus largement de l’Angleterre à l’Europe centrale*, certaines régions françaises et suisses notamment n’ont pratiquement pas reçu la moindre goutte de pluie depuis le début du confinement contre le Covid-19 et bénéficient de taux d’ensoleillement qui atteignent localement des niveaux records (comme à Dijon et Luxeuil en particulier, où le soleil a brillé près de 328 heures en 31 jours du 23 mars au 22 avril, soit bien davantage que la normale d’un mois de juillet qui s’élève à 241 heures !).


Des périodes de plus d’une trentaine de jours au moins aussi sèches que celle que nous vivons depuis la mi-mars ont déjà été enregistrées par le passé en France au printemps, notamment en 2007 (avril), 1997 (mi-mars à mi-avril) et 1961 (mars à début avril). Si le déficit pluviométrique était plus marqué dans le nord-est du pays en avril 2007, il concernait surtout le sud en 1997 et un grand tiers sud en 1961. Cette année, la sécheresse printanière touche une plus grande partie du pays et plus particulièrement les régions situées sur la façade est du territoire.


Après des précipitations particulièrement abondantes sur la France d’octobre 2019 à la mi-mars 2020, qui ont permis une recharge quasi optimale des nappes souterraines, les sols superficiels qui étaient saturés ou proches de la saturation sur la majeure partie du pays fin février se sont fortement asséchés depuis la mi-mars.
Image satellite infra-rouge du 21/04/2020 (6h UTC)
montrant une limite frontale remarquablement étendue
de la péninsule Ibérique à l’Iran, associée à un minimum
dépressionnaire près de la Sardaigne et une masse d’air sèche
d’origine continentale, drainée par une vaste cellule
anticyclonique plus au nord.
© fvalk.com
Si d’abondantes précipitations se sont abattues sur le tiers sud de la France du 19 au 22 avril 2020 (il est tombé localement l’équivalent de 1 à 2 mois de pluie dans les Pyrénées-Orientales [jusqu’à 330 mm à Néoulous] et sur la façade orientale de la Corse [jusqu’à 267 mm à Ghisoni]), la sécheresse de surface atteint un niveau préoccupant en cette fin avril 2020 sur le nord-est et le centre-est de la France, ainsi que dans toute l’Europe centrale.
Dans les Vosges par exemple, l’indice d’humidité des sols atteint les valeurs les plus basses pour la période et se situe même au niveau de la médiane de la période de plein été, tandis que dans les Pyrénées-Orientales la situation est inverse (suite au récent épisode méditerranéen) avec un indice tout proche du record absolu établi en mai 1977.

En cette fin avril 2020, le déficit pluviométrique est particulièrement marqué sur la façade est de la France, comme à Saint-Dizier (Haute-Marne) qui a d’ores et déjà enregistré sa plus longue série de jours secs, tous mois confondus, depuis le début des mesures en 1953, avec 41 jours sans pluie mesurable du 14 mars au 23 avril 2020, devant avril 2007 (28 jours), l’été 1976 (33 jours) et l’ancien record de 35 jours du 22 août au 25 septembre 1959.
Même constat à Grenoble/Le Versoud (Isère) où il n’a pas plu une goutte depuis 42 jours (du 13 mars au 23 avril 2020), égalant d’ores et déjà le record absolu enregistré du 26 novembre 2016 au 6 janvier 2017 (42 jours) et surpassant les 37 jours sans pluie du 19 octobre au 24 novembre 1978.

À Genève (Suisse), il n’a également pas plu depuis 42 jours du 13 mars au 23 avril 2020. Une période sans précipitations aussi longue n’a jamais été observée depuis le début des mesures en 1864 ! Le précédent record remontait à l’hiver 1896 où il n’avait pas plu du 17 janvier au 26 février (41 jours).

Pour info, la plus longue série sans pluie au nord des Alpes suisses est de 52 jours à Neuchâtel du 19 mars au 9 mai 1893. Sur le versant sud des Alpes suisses, les plus longues périodes sans pluie ont duré de 60 à près de 80 jours. La dernière en date a été enregistrée de décembre 1988 à février 1989 : Locarno avait enregistré 63 jours consécutifs sans pluie (< 0,1 mm) du 21 décembre 1988 au 21 février 1989, tandis que Lugano avait comptabilisé 76 jours sans aucune goutte de pluie du 7 décembre 1988 au 20 février 1989 (81 jours avec moins de 1 mm du 3 décembre 1988 au 21 février 1989) !

Aucun front pluvieux (ou de situation instable propice à des averses généralisées) n’étant prévu avant le 26 avril (au moins), les séries en cours vont donc se poursuivre durant les prochains jours et aggraver dans les régions concernées la sécheresse des sols.
En Suisse, la moyenne nationale des précipitations du 1er mars au 21 avril 2020 ne représente que 40 % environ de la normale pluviométrique (1981-2010) du bimestre mars-avril. Une moyenne pluviométrique inférieure à 50 % de la normale en mars-avril n’a été enregistrée qu’une dizaine de fois en Suisse depuis le début des mesures en 1864. La dernière en date remonte à mars-avril 2011 avec une moyenne des précipitations qui atteignait seulement 36 % de la normale. Il faut ensuite remonter à mars-avril 1955 pour trouver un déficit comparable à celui de cette année.
Anomalies pluviométriques en Suisse sur la période mars-avril de 1864 à 2020 (au 21 avril 2020)
Source : MétéoSuisse

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* Sur la carte (située en haut à droite) des anomalies de la pression (réduite au niveau de la mer) en Europe entre le 15 mars et le 23 avril, on constate que les pressions sont restées anormalement élevées de l’Angleterre à la Pologne et sur toute l’Europe de l’Ouest d’une manière générale. Cette vaste cellule anticyclonique centrée en mer du Nord a dirigé le plus souvent des vents de secteur sud sur la France et dans le couloir rhodanien en particulier, l’air froid en provenance des hautes latitudes (flux de nord) s’écoulant le plus souvent sur l’Europe centrale et plus à l’ouest sur l’Atlantique. Les données de vent (à 10 m au-dessus du sol) à Istres, Marseille-Marignane, Salon-de-Provence et Aix-en-Provence entre le 15 mars et le 25 avril 2020 sont sans équivoque : le vent a très peu soufflé et le plus souvent de secteur sud.
On considère généralement que le mistral souffle lorsque le vent atteint une vitesse maximale instantanée de 16 m/s (57,6 km/h) et qu’il est de composante nord (NW à NE). D’après les normales pour ces 4 stations, le bimestre mars‑avril est la période de l’année au cours de laquelle les jours avec mistral sont les plus fréquents (10 à 12 jours en mars, 10 à 12 jours en avril). Entre le 15 mars et le 25 avril 2020, on comptabilise seulement 1 jour avec mistral à Istres et à Salon-de-Provence (le 29 mars, avec une vitesse maxi instantanée quotidienne de 20,9 m/s [75,2 km/h] à Salon-de-Provence), aucun dans les 3 autres stations. La vitesse moyenne quotidienne du vent dans les 4 stations n’a jamais dépassé 6,5 m/s (23,4 km/h) après le 15 mars, le pic ayant été atteint au cours de la première quinzaine de mars avec seulement 12,7 m/s (45,7 km/h) le 7 mars à Istres (flux de nord). Les vents de secteur sud ont été les plus fréquents. Toutes vitesses confondues, on comptabilise entre le 15 mars et le 25 avril 2020 seulement 7 jours avec un vent de composante nord à Istres (1 NW / 4 N / 2 NE), 5 jours à Marseille-Marignane (4 NW / 1 NE), 4 jours à Aix‑en‑Provence (1 NW / 3 N) et seulement 1 jour avec un vent de secteur NE à Aix-en-Provence.
[Source des données : Météo France]

dimanche 12 avril 2020

Le golfe du Mexique en surchauffe

La température des eaux de surface dans le golfe du Mexique est anormalement élevée en ce début de mois d’avril 2020 : plus de 2°C au-dessus de la normale, soit la plus forte anomalie thermique observée depuis le début des mesures par satellite en 1981 !


La chaleur excessive enregistrée depuis plus d’un mois sur tout le pourtour du golfe du Mexique, du sud-est des États-Unis au Mexique et jusqu’en Amérique centrale, n’est pas une coïncidence.
Le sud des États-Unis (du Texas à la Floride) a déjà connu son mois de mars le plus chaud depuis le début des mesures en 1895 : en ce début avril 2020, la chaleur s’intensifie encore, Miami (Floride) vient même d’enregistrer une Tmax de 35,0°C le 10 avril, la plus précoce depuis le début des mesures.
Après un mois de mars 2020 exceptionnellement chaud au Mexique (un record dans de nombreuses villes comme Mexico City, Campeche ou encore Tapachula), le pays enregistre des températures toujours anormalement élevées en ce mois d’avril 2020, notamment dans la péninsule du Yucatán.

Depuis plus d’un mois, un dôme de hautes pressions est solidement ancré au-dessus du golfe du Mexique et les régions environnantes, maintenant des conditions particulièrement sèches et ensoleillées. À titre d’illustration, Miami (Floride) a enregistré son 2e mois de mars le plus anticyclonique depuis le début des mesures en 1951 avec une pression moyenne mensuelle de 1021,0 hPa, à 0,1 hPa de son record mensuel (1021,1 hPa en mars 2004).

La chaleur s’est étendue également à toutes les Antilles : de nombreux records de chaleur (mensuels et absolus) ont déjà été battus depuis le début du mois d’avril dans différents archipels. Cuba, en particulier, a battu son précédent record national — qui remontait seulement à l’an dernier (39,1°C le 30/06/2019 à Veguitas) — durant 3 jours consécutifs, les 10, 11 puis 12 avril 2020 (39,2°C le 10 à Palo Seco, 39,3°C le 11 à Veguitas et 39,2°C à Jucarito, 39,7°C le 12 à Veguitas et 39,3°C à Indio Hatuey) !
Des conditions plus anticycloniques, une circulation d’alizés plus faible et une chaleur maritime précoce combinées à la position zénithale du Soleil (~10°N actuellement, qui entame sa remontée vers le nord) favorisent la hausse des températures dans l’ouest des Caraïbes et toute l’Amérique centrale. Des records de chaleur ont d’ores et déjà été battus dans de nombreuses stations, au Costa Rica et au Honduras notamment.

> Plus d’infos sur les records nationaux de température dans le monde en 2020 sur notre page dédiée.

dimanche 29 mars 2020

Plus forte pression tous mois confondus dans les îles Britanniques depuis 1926 !

Après l’Islande la veille, les îles Britanniques ont enregistré des pressions historiquement élevées pour un mois de mars le dimanche 29 mars 2020. La pression au cœur du puissant anticyclone centré au sud de l’Islande s’est renforcée pour atteindre 1055 hPa le 29 matin (selon le Met Office). Pour trouver des pressions plus élevées sur le proche Atlantique, il faut remonter au 28-29 janvier 2003 (1057,2 hPa le 28 janvier à 12h UTC selon la réanalyse ERA-Interim).


Les plus fortes pressions ont été relevées par 3 bouées marines situées au large des côtes nord-occidentales britanniques : 1052,6 hPa le 29 mars à la bouée K5 (à 2h et 3h du matin) au large des côtes écossaises, 1052,6 hPa à la bouée K4 (à 13h) et 1051,9 hPa à la bouée M4 (à 12h) au large des côtes irlandaises.

Source : archives du Met Office
Au Royaume-Uni, la pression (réduite au niveau de la mer) a dépassé les 1050 hPa en de nombreux endroits, de l’Écosse à l’Irlande du Nord. On a relevé le dimanche 29 mars jusqu’à 1051,2 hPa à South Uist Range et 1051,1 hPa sur l’île Tiree en Écosse, jusqu’à 1051,0 hPa à Magilligan et 1050,5 hPa à Ballypatrick Forest en Irlande du Nord. La plus haute pression pour un mois de mars au Royaume-Uni et dans les îles Britanniques plus généralement était officiellement de 1048,6 hPa le 9 mars 1953 à Tynemouth (Angleterre). Toutefois, cette valeur paraît suspecte au regard des archives météorologiques consultées (cf. document ci-contre) et relèverait plutôt d’une erreur de transcription (la valeur exacte serait en réalité de 1043,6 hPa ce jour-là). Le précédent record le plus fiable serait ainsi de 1047,9 hPa le 3 mars 1990 à St Mary’s Airport (îles Scilly, en mer Celtique). Quoi qu’il en soit, le précédent record mensuel de haute pression pour les îles Britanniques a donc été pulvérisé ce dimanche 29 mars !

En outre, il faut remonter au 24 décembre 1926 pour trouver une pression plus élevée dans les îles Britanniques, avec 1051,9 hPa à Wick (Écosse), le record absolu étant toujours détenu par Aberdeen (Écosse) avec 1053,6 hPa le 31 janvier 1902.

En Irlande, on a relevé le dimanche 29 mars jusqu’à 1051,3 hPa à Malin Head (à 12h), pulvérisant ainsi le record mensuel national (précédent record : 1047,1 hPa le 13 mars 1900 à l’observatoire de Valentia dans le comté de Kerry). Pour trouver des pressions supérieures en Irlande tous mois confondus, il faut même remonter au 28 janvier 1905, date à laquelle l’observatoire de Valentia dans le comté de Kerry a établi le record national avec 1051,9 hPa.

Par ailleurs, notons que c’est la 2e fois cette année que la pression dépasse la barre des 1050 hPa dans les îles Britanniques : pour mémoire, la pression en surface a atteint et dépassé les 1050 hPa dans un grand nombre de stations du sud de l’Angleterre les 19 et 20 janvier dernier, établissant à cette occasion la plus haute pression tous mois confondus pour les îles Britanniques depuis le 16 janvier 1957.
Selon le spécialiste Stephen Burt, on ne comptabilisait avant 2020 que 9 autres événements comparables depuis 1800 au cours desquels des pressions supérieures ou égales à 1050 hPa ont été observées dans les îles Britanniques, ce qui souligne le caractère exceptionnel de ce début d’année 2020.

samedi 28 mars 2020

Record de haute pression en Islande pour un mois de mars depuis 1883 !

Après s’être maintenue en phase positive durant au moins 91 jours consécutifs (soit du 29 décembre 2019 au 28 mars 2020) avec des valeurs d’indice historiquement élevées en février, l’oscillation arctique (AO en anglais) évolue depuis quelques jours vers des conditions plus neutres et semble transiter vers un mode négatif (au moins temporairement).
L’oscillation nord-atlantique (qui constitue une vue régionale de l’oscillation arctique) évolue également vers un mode négatif, après avoir connu une phase positive durant quasiment tout l’hiver 2019-2020, avec de hautes pressions plus marquées des Açores à l’Afrique du Nord et des pressions anormalement basses entre le Groenland et la Scandinavie (en particulier de l’île de Jan Mayen aux îles Féroé, en passant par l’Islande).

Comme prévu il y a quelques jours, un changement s’est opéré dans la dynamique aérologique ce samedi 28 mars avec l’arrivée d’un puissant anticyclone dans l’Atlantique nord-est, centré au sud de l’Islande. La pression a atteint 1050,5 hPa dès la mi-journée à Hjarðarland í Biskupstungum et 1050,4 hPa à Eyrarbakki sur la côte sud-occidentale de l’Islande : il s’agit de la plus haute pression enregistrée en Islande pour un mois de mars depuis 137 ans ! Il faut remonter au 6 mars 1883 pour trouver des pressions plus élevées dans le pays avec 1051,7 hPa à Vestmannaeyjar (îles Vestmann) et 1050,7 hPa à Stykkishólmur. Il faut également remonter à l’année 1962 pour trouver des pressions supérieures à 1048 hPa au mois de mars en Islande (jusqu’à 1048,5 hPa à Galtarviti) et au 16 avril 1991 pour trouver des pressions plus élevées tous mois confondus (1050,8 hPa à Egilsstaðir).
Notons que certaines stations situées au-dessus de 600 m d’altitude ont enregistré des pressions réduites au niveau de la mer encore supérieures (1054,2 hPa à Setur [693 m] et 1054,1 hPa à Veiðivatnahraun [647 m]), mais l’altitude plus élevée de ces stations rend la réduction barométrique au niveau de la mer moins significative et ne permet pas véritablement les comparaisons.

Notons également que la pression a rarement atteint les 1050 hPa en Islande au cours des 200 dernières années, seulement à 8 reprises au 19e siècle et à 5 reprises depuis le début du 20e siècle (les valeurs les plus élevées sont indiquées ci-dessous pour les 13 événements répertoriés) :
  • 1058,5 hPa le 03/01/1841 à Reykjavik [1057,6 hPa le 04/01/1841] ;
  • 1051,8 hPa le 14/02/1892 à Stykkishólmur et à Akureyri ;
  • 1051,7 hPa le 11/12/1846 à Reykjavik ;
  • 1051,6 hPa le 12/01/1890 à Akureyri ;
  • 1051,1 hPa le 14/01/1892 à Vestmannaeyjar (îles Vestmann) ;
  • 1051,7 hPa le 06/03/1883 à Vestmannaeyjar (îles Vestmann) et 1050,7 hPa à Stykkishólmur ;
  • 1050,9 hPa le 23/12/1836 à Reykjavik ;
  • 1050,0 hPa le 26/02/1890 à Stykkishólmur ;
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  • 1054,2 hPa le 16/12/1917 à Stykkishólmur ;
  • 1051,7 hPa le 25/02/1962 à Dalatangi et le 26/02/1962 à Akureyri ;
  • 1051,1 hPa le 17/01/1977 à Galtarviti (Keflavik) ;
  • 1050,8 hPa le 16/04/1991 à Egilsstaðir ;
  • 1050,0 hPa le 24/02/2006 à Dalatangi et à Skjaldþingsstaðir.

Les modèles prévoient des pressions encore plus élevées le dimanche 29 mars au cœur de cet anticyclone, possiblement jusqu’à 1055 hPa. De telles valeurs sont extrêmement rares pour une fin mars sur le proche Atlantique : le record mensuel officiel de haute pression pour les îles Britanniques, vieux de 67 ans (1048,6 hPa* le 09/03/1953 à Tynemouth [Angleterre]), est d’ores et déjà battu ce samedi soir avec 1048,8 hPa à 20h à Stornoway (Écosse). Si la pression atteint 1050 hPa dimanche, ce sera aussi la 2e fois cette année que la pression dépasse la barre des 1050 hPa dans les îles Britanniques : pour mémoire, la pression en surface a atteint et dépassé les 1050 hPa dans un grand nombre de stations du sud de l’Angleterre les 19 et 20 janvier dernier, enregistrant à cette occasion la plus haute pression tous mois confondus pour les îles Britanniques depuis le 16/01/1957.

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* Ce record paraît néanmoins suspect au regard des archives météorologiques consultées et relèverait plutôt d’une erreur de transcription (la valeur exacte serait en réalité de 1043,6 hPa ce jour-là).
Nous préférons retenir ici comme record le plus fiable les 1047,9 hPa du 3 mars 1990 à St Mary’s Airport (îles Scilly, en mer Celtique).

samedi 14 mars 2020

L’Égypte en proie aux colères de Tefnout…

Source : MétéoSuisse et ECMWF
Une puissante dépression s’est formée sur le nord-est de l’Afrique le 12 mars 2020 et a provoqué durant deux jours consécutifs de fortes précipitations en Égypte, en Israël et Cisjordanie, au Liban et en Jordanie, accompagnées de fortes rafales de vent (jusqu’à 130 km/h le 13 mars en Cisjordanie) et d’intenses tempêtes de sable dans le sud de l’Égypte, le nord du Soudan et le nord-est du Tchad. Un minimum dépressionnaire particulièrement creux (994 hPa) et très inhabituel pour cette région du monde s’est positionné au-dessus du delta du Nil le 13 mars, autour duquel se sont enroulées d’imposantes formations nuageuses convectives.


En Égypte, il est tombé 64,7 mm en 2 jours les 12 et 13 mars à l’aéroport du Caire (dont 45,0 mm en 24h, un record), soit l’équivalent de plus de 2 fois la pluviométrie moyenne annuelle (25 mm/an [24,7 mm selon la moyenne 1971-2000 et 26,0 mm selon la moyenne 1961-1990]) et 16 fois la pluviométrie moyenne mensuelle (4 mm) pour la capitale égyptienne !
On a également relevé 43 mm en 24h à Port-Saïd (pour une moyenne annuelle de 83,8 mm et une moyenne mensuelle de 10 mm), 32 mm à El-Dabaa, 28 mm à Alexandrie, 18 mm à Ras Sudr à l’ouest du Sinaï et 12 mm à El‑Tor dans le sud de la péninsule égyptienne.

Les colères de Tefnout (déesse de la pluie dans la mythologie égyptienne, représentée sous la forme d’une femme avec une tête de lionne coiffée d’un disque solaire) ont fait une vingtaine de victimes en Égypte, principalement dans les inondations qui ont touché l’agglomération du Caire.

De fortes pluies se sont produites également plus à l’est dans la vallée du Jourdain, notamment à Gitit (colonie israélienne située en Cisjordanie) où il est tombé 44,0 mm en 2 jours du 12 au 14 mars (matin), dont 28,0 mm en 24h.